Gérard Grivon: «Les jeunes démunis n’ont pas de référents. Il y a un manque de role models»

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Gérard Grivon, ancien lord-maire et ancien député.

Gérard Grivon, ancien lord-maire et ancien député.

L’ancien lord-maire Gérard Grivon siège à nouveau au conseil municipal de Port- Louis. Élu aux élections municipales de juin 2015, sur la liste de l’alliance Lepep dans l’arrondissement no7, l’ex-député et secrétaire parlementaire privé (PPS) se fait discret. «Je mène surtout une action sociale au niveau de mon quartier de Sainte-Croix et Briquetterie», dit-il.

Celui qui a été premier magistrat de la capitale, en 1999, préfère rester à l’arrière-plan et mettre sa longue expérience à la disposition de ses jeunes collègues. Gérard Grivon a siégé au conseil municipal, sans interruption, de 1987 à 2000 quand il démissionna pour assumer les fonctions de PPS.

En retrait de la politique, Gérard Grivon s’est activé au sein des mouvements diocésains et auprès des travailleurs sociaux de son quartier. Il a également fait une brève apparition au Parti travailliste.

Avec la collaboration de quelques mères de famille, l’ancien élu anime l’association Nouvo Baz. Celle-ci oeuvre surtout pour l’encadrement des jeunes en difficulté. «La situation à certains endroits est inquiétante. Les garçons sont victimes de la toxicomanie et les filles connaissent des grossesses précoces», constate l’ex-député de la circonscription n°4 (Port-Louis-Nord–Montagne-Longue). Il réside d’ailleurs à Le Cornu, Sainte-Croix.

Gérard Grivon se dit consterné par les actes de délinquance qu’il voit au quotidien. «La transition sociale mal entamée est visible dans nos quartiers. Les parents n’ont pas le temps de s’occuper de leurs enfants, qui se renferment sur eux-mêmes avec leurs ordinateurs et téléphones portables», se plaint le politicien-travailleur social.

La situation dans certains quartiers de son arrondissement est alarmante, souligne le conseiller municipal. Il constate avec désarroi qu’il n’y a plus de vie communautaire. «Les habitants n’adhèrent pas aux associations, les infrastructures sociales et sportives restent sousutilisées et les voisins ne se fréquentent presque plus», se désole-t-il.

Pourtant, le quartier produit des professionnels. «De nombreux jeunes de nos quartiers ont pu connaître une ascension sociale. On trouve chez nous des médecins, des banquiers et des universitaires», dit l’ex-parlementaire. «Sauf que ceux qui réussissent quittent la région ou s’ils restent, ils vivent en isolement chez eux et ne côtoient pas les autres habitants. Ils sont là sans être là», admet-il.

Gérard Grivon trouve que c’est une tendance à risque que l’on retrouve aussi ailleurs. Le tissu social s’effiloche. «Les jeunes démunis n’ont pas de référents. Il y a une absence cruelle de role models dans des quartiers de Port-Louis.»

L’habitant de Sainte-Croix se remémore sa jeunesse, l’époque où «des Youth Officers et des Welfare Officers venaient faire de l’animation sociale dans les quartiers». Pourquoi n’en fait-on pas aujourd’hui ? L’élu local répond que la mairie ne dispose plus des compétences requises. «Le personnel municipal a aujourd’hui des conditions de travail différentes de celles d’antan.»

Cette belle époque, il la connaît bien car l’ex-lord-maire est venu très jeune à la politique. Celle-ci est par ailleurs une histoire de famille. Son père Régis Grivon, travailleur au port, était parmi les premiers lieutenants de Paul Bérenger «dan bor lamer», comme disent les dockers.

Notre interlocuteur est fier d’avoir été le deuxième Grivon à occuper un poste de commandement à la mairie de la capitale. Avant lui, son père a occupé la fonction du premier adjoint au lord-maire, en 1977, sous la bannière du Mouvement militant mauricien.

Quels souvenirs Gérard Grivon garde-til de son mairat ? Surtout ceux des périodes agitées. «1999 a été une année douloureuse. Elle a été marquée par deux événements tragiques : les émeutes Kaya à Roche-Bois et l’incendie de l’Amicale de Port-Louis.»

Il salue la disponibilité de Paul Bérenger et a une pensée spéciale pour l’ex-président Cassam Uteem qui, selon lui, a joué un rôle crucial pour apaiser les tensions. «Je ne sais pas ce qui aurait pu arriver si on n’avait pas eu un homme de son calibre à la tête de l’État à ce moment-là.»


Son parcours 

  • 1987 – Première élection au conseil municipal de Port-Louis.
  • 1991, 94, 96 – Réélu au conseil municipal.
  • 2000 – Élu député de la circonscription no 4.
  • 2005 – Battu aux élections générales.
  • 2015 – Élu conseiller municipal
     
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