Rivière-Noire: le cimetière terrain de jeux des vandales

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La tombe du Colonel Draper (premier plan à g.), qui fonda le MTC.

La tombe du Colonel Draper (premier plan à g.), qui fonda le MTC.

Elles sont là à quelques mètres de l’entrée du cimetière, exposées au soleil, aux vents et à la pluie. Ce sont des pierres tombales taillés dans de la roche noire qui sont aussi vieilles que le cimetière lui-même. Elles sont si anciennes que sur certaines, les inscriptions se sont effacées. Celles encore lisibles font voir que les tombes datent du XIXème siècle et que par exemple, le fondateur du Mauritius Turf Club, le colonel anglais Edward A. Draper, y repose depuis 1841.

Dans un document qu’il a rédigé et qui s’intitule Mort en Paix, Philippe la Hausse de La Louvière, explique que ce cimetière anciennement appelé La Mivoie était à l’origine le lieu d’enterrement privé des Genève.

«En 1841, les autorités demandèrent aux habitants de la Rivière Noire de clôturer leur lieu d’enterrement car il était accessible au bétail. D’autres familles de la localité avaient commencé à enterrer leurs morts dans ce lieu et en 1878, Janvier Monneron, gendre d’Auguste Genève, tout en retenant la propriété des trois enceintes de famille, passa le cimetière aux mains du gouvernement. Les autorités installèrent un gardien, dont la moitié de la case fut dans le cimetière et l’autre moitié sur la route», explique-t-il dans son écrit.

«Comme déjà mentionné, Rivière Noire est connu comme refuge d’esclaves marrons. C’est aussi un endroit où les esclaves affranchis ont créé leurs habitations. La population d’aujourd’hui est en majorité descendante d’esclaves. Les noms qu’ils portent ont été donnés par leurs maîtres entre 1825 et l’abolition de l’esclavage en 1835. Beaucoup de ces noms reflètent les caractéristiques physiques ou de comportements des gens», peut-on y lire encore dans Mort en Paix.

Vandalisme

Dû à la façon dont étaient nommés les esclaves à Maurice durant la colonisation française, soit des noms venant de la mythologie gréco-romaine, certains des patronymes que l’on retrouve dans ce cimetière sont Apollon, Jupiter et Reine de Carthage.

Malheureusement, malgré la richesse de son histoire, le cimetière est en piteux état. Des feuilles jonchent le sol entre les plus anciennes tombes et il est clair qu’on a mis le feu dans certains tas dans une tentative de les faire disparaître.

Des tas de feuilles brûlées entre les tombes sont partout.

«Quand l’Etat est propriétaire, il doit faire entretenir les cimetières, surtout quand elles sont chargées d’histoire. Peu importe l’appartenance communautaire, les sépultures de toutes religions sont des pans de notre histoire. Malheureusement, certains cimetières comme celui de Rivière-Noire sont mal entretenus», lance Thierry Le Breton de SOS Patrimoine en péril. «Des vandales sont souvent venus voler de la pierre ou des pièces de ferraille sur les tombes les plus anciennes. C’est de la profanation pure et simple.»

De son côté, Philippe La Hausse de La Louvière ajoute que dans le cimetière de Rivière-Noire, «beaucoup de sépultures en pierre et en marbre ont été volées, de même que des clôtures en métal pour être vendues comme scrap. C’est un scandale et le conseil de district en est responsable.»

Autre point mis en avant est le fait que certaines familles toujours en vie ne prennent plus soin des sépultures et ces dernières sont oubliées. Dommage car c’est un peu plus de 150 ans d’histoire que contient ce cimetière.

Interrogé sur la responsabilité du conseil de district de Rivière-Noire par rapport à l’entretien de ce cimetière, Steve Magdeleine, président du conseil, a déclaré ne pas être au courant de l’état du cimetière. «J’en prends bonne note. Je soulèverai la question cet après-midi (NdlR : jeudi après-midi) lors de la réunion du conseil et le nécessaire sera fait au plus vite.»

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