Satish Faugoo: «Aucune volonté pour une réforme électorale»

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Satish Faugoo, ancien Attorney General

Satish Faugoo, ancien Attorney General

La réforme électorale revient sur le tapis. Le Premier ministre a été interrogé, mardi au Parlement, sur le comité chargé de se pencher sur ce dossier, mais ses réponses n’ont pas été claires. L’occasion de creuser le sujet avec Satish Faugoo qui a déjà présidé un comité y relatif.

Vous étiez chargé, en tant que président d’un comité technique, de trouver une solution à la déclaration de l’appartenance ethnique pour des élections générales. Il n’y a eu qu’une solution temporaire. Pourquoi ? 

Effectivement, en tant qu’Attorney General, j’ai présidé cette instance connue comme le comité Faugoo. Il y avait Alan Ganoo, alors du Mouvement militant mauricien, l’ex-juge sir Victor Glover, ainsi que des représentants du State Law Office et de la commission électorale. 

Les Nations unies avaient stipulé que c’était illégal d’obliger un candidat de déclarer son appartenance ethnique pour des élections générales. Donc, il fallait trouver une solution. D’autant plus que Rezistans ek Alternativ avait saisi la Cour suprême.

Donc, un comité a été mis sur pied juste pour contourner le problème ? 

Non. Le comité avait aussi comme attribution de mettre sur pied un système de représentation proportionnelle à long terme, pour en finir avec le système de Best Loser… 

Qui n’a pas réussi. Pourquoi donc ? 

C’est un sujet très complexe. Il y a eu la tenue d’une dizaine de réunions, mais c’était difficile de trouver une solution acceptable. À chaque fois qu’on a essayé de trouver une solution, on a remarqué des failles. Finalement, on a proposé cette solution temporaire. 

Il y a eu un amendement constitutionnel et le gouvernement d’alors a introduit le Constitution (Declaration of Community) (Temporary Provisions) Bill qui permettait à un candidat aux élections générales de décembre 2014 de déclarer ou non son appartenance communale. Et là, je dois saluer la contribution de Rama Sithanen. Il a une grande expertise en matière de réforme électorale.

Mais ne saviez-vous pas qu’une fois les élections terminées, on allait retourner au point de départ ? 

Comme je vous l’ai dit, il y avait urgence. Le temps faisait défaut. Les élections générales étaient derrière la porte. Il fallait trouver une solution après ce ruling des Nations unies. 

Notre tâche était d’autant plus compliquée qu’avec un système de représentation proportionnelle, il aurait fallu faire voter une loi anti transfuge car on doit éviter qu’une personne élue sur la liste de proportionnelle fausse les résultats d’une élection. 

Bref, c’était une tâche herculéenne en si peu de temps. Mais si nous avions été élus, nous nous serions déjà attaqués à ce problème.

On ne peut donc reprocher à ce gouvernement le retard pour trouver une solution à la réforme électorale si le problème est aussi complexe que vous le dites ? 

Ce gouvernement est en place depuis trois ans. Mais jusqu’ici, il semble qu’il n’a aucune volonté politique pour une réforme électorale. Je croyais que quand on avait nommé Xavier- Luc Duval pour présider ce comité ministériel, on allait trouver des solutions, mais je suis déçu. 

À part Rodrigues et les recommandations faites sur le financement des partis politiques, on n’a pas pu régler le vrai problème, celui du Best Loser System. J’ai dit cela car j’ai travaillé avec Xavier-Luc Duval pendant près de neuf ans et je sais qu’il était capable, avec les autres ministres, de proposer une bonne réforme électorale. 

Ne pensez-vous pas qu’il faille mettre sur pied un comité regroupant des politiciens de tous bords avec l’inclusion d’experts en matière constitutionnelle ? 

Absolument ! Vous avez parfaitement raison. On est à la veille des célébrations des 50 ans de l’Indépendance et il faut que nous, Mauriciens, trouvions une solution à ce problème.

Pourquoi alors ne pas avoir mis sur pied un tel comité en 2014 ? 

Nous avions peu de temps.

Êtes-vous pour ou contre le système de «Best Loser» ? 

Je suis 100 % contre. On va célébrer les 50 ans de notre Indépendance et on ne peut pas continuer avec ce système. On ne peut pas avoir un système de représentation proportionnelle tout en gardant le système de Best Loser. 

Beaucoup de politiciens, peut-être au sein même de mon parti, ne sont pas d’accord avec moi, mais les deux systèmes ne font pas bon ménage. À mon avis, avec une bonne dose de représentation proportionnelle, le système de Best Loser sera éliminé.

Il y a également différentes opinions sur le nombre de nominés au système proportionnel… 

Je suis en faveur de 16 nominés. Cela portera le nombre de parlementaires à 78, en plus des deux à Rodrigues. Je suis contre un plus grand nombre.

Quel pourcentage de voix suggérezvous pour qu’un parti obtienne un siège à la proportionnelle ? 

Entre 7 et 10 %. J’aurais aimé que tous les partis alignant 60 candidats soient représentés au Parlement, mais on doit avoir un seuil quand même.

Revenons au problème de financement politique. Rien ne s’est passé après le rapport du comité Duval. Est-ce si difficile de trouver une solution ? 

Il y a beaucoup d’hypocrisie autour de cette question. Le rapport contient des recommandations, mais après près de 18 mois, le gouvernement tarde à venir avec un projet de loi. Pour quelles raisons ? 

Le Premier ministre n’a pas été clair non plus dans sa réponse lors de la question parlementaire à l’Assemblée, mardi. Je suis régulièrement sur le terrain au no18. Venez constater la somme d’argent qui y est utilisée. Il faut vite introduire un projet de loi.

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