«Maigres» per diem: quand le Deputy Speaker s’en prend à la Speaker

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Selon Sanjeev Teeluckdharry, il subit un «traitement injuste» de la part  de Maya Hanoomanjee et demande qu’on lui accorde un per diem «raisonnable».

Selon Sanjeev Teeluckdharry, il subit un «traitement injuste» de la part  de Maya Hanoomanjee et demande qu’on lui accorde un per diem «raisonnable».

Du jamais-vu dans les annales du Parlement. Un Deputy Speaker se plaint, dans une lettre officielle, que le montant de ses per diem n’est pas assez conséquent… C’est pourtant ce qu’a fait Sanjeev Teeluckdharry, avocat de surcroît. Dans la foulée, il se lamente d’être envoyé dans des pays «sous-développés / dangereux». Dans une missive, il demande à la Speaker de prendre des mesures correctives.

La lettre, datée du 16 octobre, est motivée par le voyage que Sanjeev Teeluckdharry devait entreprendre au Nigeria pour assister à la 48e édition de la Commonwealth Parliamentary Association, qui a eu lieu du 20 au 26 octobre. Dans une parenthèse, il s’offusque même d’avoir à quitter Maurice tôt le matin du 19 octobre, soit le jour de Divali, pour retourner tard le 27 octobre.

Mais ce qui irrite le plus Sanjeev Teeluckdharry, c’est le per diem «de seulement Rs 69 000» perçu pour cette mission. À titre comparatif, le Deputy Speaker touche mensuellement un salaire total brut de Rs 234 000…

Parent pauvre des parlementaires

«C’est avec beaucoup de regrets», débute-t-il sa lettre, qu’il a pris connaissance du montant de ce per diem. Cette somme lui est restée en travers de la gorge car il a pris la peine de compiler une liste comparative de parlementaires ayant effectué des voyages à l’étranger, le total de leur per diem et les dates ainsi que la durée de leur séjour. «Cette liste paraît assez exhaustive», indique-t-il.

Sanjeev Teeluckdharry trouve qu’il est le parent pauvre des parlementaires. «I hate to say that under the present constitutional framework, the Deputy Speaker is supposed to be the n° 2 of the Legislature though it appears that he is being treated worse than backbenchers, when it comes to per diem and the choice of venue of missions and even worse when it comes to protocol.»

En sus de cela, Sanjeev Teeluckdharry s’insurge contre le fait de n’avoir eu qu’un «maigre per diem d’environ 900 USD» (Rs 31 509) pour se rendre en Ouganda, en mars 2015. Les 518 USD (Rs 18 135) que lui a rapportés son voyage aux Comores, en avril / mai, lui font encore plus mal.

«Pays sous-développés / dangereux»

Mais pas que. L’adjoint à la présidente de l’Assemblée nationale qualifie ces pays de «sous-développés / dangereux». Il déplore le fait d’avoir été choisi «à la dernière minute» pour s’y rendre. Il exige un préavis d’un mois. Il réclame aussi d’être envoyé à «des destinations qui ne soient pas limitées aux pays sous-développés».

Sanjeev Teeluckdharry pousse le bouchon un peu plus loin. Celui qui dirige les Teeluckdharry Chambers trouve moyen de déplorer que ses missions à l’étranger lui causent «un préjudice financier important en tant qu’avocat expérimenté».

Pourtant, n’est-ce pas lui qui a choisi de se porter candidat aux élections générales pour siéger à l’Assemblée nationale, avec tout ce que cela implique ? Il justifie ses propos en indiquant qu’il doit rembourser ses clients car il ne peut être présent personnellement en cour pour défendre leur cas. Il doit, en outre, décaisser des sommes d’argent conséquentes pour retenir les services des avocats de sa trempe pour le remplacer. Il faut aussi y ajouter le «désagrément» et la «perte de revenus» occasionnés par son absence.

Dédommagements adéquats

Toutefois, s’empresse de nuancer le Deputy Speaker, il est disposé à faire ce «sacrifice» pourvu qu’il soit adéquatement dédommagé. Ce qu’il demande, dit-il, c’est un per diem qui soit «raisonnable» et aligné sur celui qui est payé aux autres parlementaires.

Sanjeev Teeluckdharry précise qu’il n’est pas à la recherche d’un per diem comme celui que touchait un ancien député de la majorité, passé dans l’opposition en début d’année. Il demande simplement un per diem «raisonnable», insiste-t-il, sans néanmoins avancer de chiffre.

En tout cas, si l’on en croit sa logique, celui-ci devrait être supérieur à Rs 69 000. Il espère surtout que Maya Hanoomanjee mette un terme au «traitement injuste» qu’il subit. Selon lui, du moins.

Rs 3 millions d’allocations pour les élus

Les membres de la majorité comme ceux de l’opposition ont tous profité de divers voyages. Si l’on se fie à la liste de Sanjeev Teeluckdharry, des députés ont touché Rs 3 082 642 comme per diem d’août 2015 à octobre de cette année.

À titre d’exemple, Adrien Duval, qui a passé cinq jours à Rodrigues, a touché Rs 76 000. La députée Roubina Jadoo-Jaunbocus était, elle, en mission en Namibie du 17 au 26 novembre 2016. Le gouvernement lui a versé Rs 215 460 pour ce déplacement.

Le nom de cette élue du MSM apparaît d’ailleurs à quatre reprises sur cette liste. En deux occasions, elle s’est rendue seule en Namibie ainsi qu’aux Seychelles, en juillet de cette année. L’allocation que le gouvernement lui a accordée pour ce voyage de deux jours est de Rs 75 578.

Des députés sont également partis en groupe de deux. Cependant, le document ne mentionne pas si la somme mentionnée a été accordée aux deux personnes ou à chaque individu. À titre d’exemple, Kalyan Tarolah et Aadil Ameer Meea se sont rendus à Tokyo, l’année dernière. Leur per diem s’est élevé à Rs 353 400 pour deux jours.

Bobby Hurreeram et Patrice Armance se sont, eux, rendus en voyage en Afrique du Sud pendant neuf jours, en mars. Leur allocation s’est élevée à Rs 320 568.

Des élus du PTr en ont profité aussi. Osman Mahomed a été au Bangladesh pendant cinq jours. Il a touché un per diem de Rs 123 310 tandis qu’Ezra Jhuboo et Alain Aliphon sont partis ensemble en voyage. Aucune destination n’est toutefois mentionnée. L’allocation touchée pour deux jours : Rs 150 922.

Selon un ancien Speaker, nommé sous un gouvernement travailliste, chaque membre de l’Assemblée nationale a le droit de toucher une allocation selon son statut. «Le per diem d’un Speaker est pratiquement similaire à celui d’un Premier ministre, dit-il. De plus, le ministre des Finances a un barème à respecter.»

L’ancien Speaker ajoute que le Premier ministre approuve tout déplacement. Souvent la délégation est composée d’élus de l’opposition et de la majorité.

Les conditions rattachées

Groupe A

Algérie (Alger), Angola (Luanda), Argentine, Bahamas, Barbade, Belgique, Bermuda, Canada, Danemark, France, Polynésie française, Ghana, Allemagne (Berlin et Hambourg), Gibraltar, Guadeloupe, Hong Kong, Israël, Italie, Corée (Seoul/Sud), Koweït, Liechtensein, Nigeria, Papouasie Nouvelle Guinée, Qatar (Doha), Réunion, Russie, Arabie saoudite, Sinagapour, Suède, Suisse, Royaume-Uni (Londres), Emirats arabes unis, Etats-Unis (New York), Venezuela, Zambie.

Groupe B

Aruba, Australie, Bahreïn, Chne (Shanghai), Côte d’Ivoire, Guinée équatoriale, Finlande, Gabon, Irlande, Luxembourg, Mexique (City et Cancun), Monaco, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Trinité-et-Tobago, Sénégal, Seychelles, Ukraine, Royaume-Uni (autre que Londres), Etats-Unis (autre que New York).

Groupe C

Autriche, Botswana, Cap-Vert, Chili, Chine (autre que Shanghai), Comores, Congo (Brazzaville), République démocratique du Congo (Kinshasa), République tchèque, Estonie, Egypte, Fidji, Grèce, Allemagne (autre que Berlin et Hambourg), Guyane, Hongrie, Inde, Indonésie, Jamaïque, Japon, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Liban, Malte, Mozambique, Pologne, Oman, Samoa, Afrique du Sud, Ste Lucie, Espagne, Uruguay, Turquie (Istanbul).

Groupe D

Angola (autre que Luanda), Brésil, Bulgarie, Brunei, Burundi, Cameroun, Tchad, Colombie, Costa Rica, Croatie, République dominicaine, Liberia, Macédoine, Malawi, Maldives, Mali, Malaisie, Maroc, Nigeria (Lagos et autres), Panama, Pérou, Philippines, Sierra Leone, Slovénie, Syrie, Soudan, Vanuatu.

Groupe E

Afghanistan, Burkina Faso, Congo (autre que Brazzaville), Cuba, Chypre, El Salvador, Libye, Madagascar, Niger, Rwanda, Serbie, Sri Lanka, Thaïlande, Tanzanie, Togo, Zimbabwe.

Groupe F

Algérie (autre qu’Alger), Bangladesh, Bénin, Bosnie et Herzégovine, Cambodge, République centrafricaine, République démocratique du Congo (autre que Kinshasa), Djibouti, Equateur, Ethiopie, Guatemala, Haïti, Iran, Corée (du Nord), Laos, Lesotho, Mauritanie, Namibie, Népal, Pakistan, Roumanie, Somalie, Swaziland, Timor oriental, Tunisie, Turquie (autre qu’Istanbul), Ouganda, Vietnam

La décision d’accorder ou pas des «per diem» revient avant tout à la Speaker. Le montant de la somme est ensuite approuvé par le Premier ministre et le ministre des Finances.

Le député Aadil Ameer Meea explique que le montant varie en fonction de la durée du voyage et de la catégorie de la destination. L’Amérique et les pays d’Europe sont, à titre d’exemple, dans la catégorie A, le coût de la vie y étant plus élevé. Les pays de l’Asie se trouvent dans la catégorie B alors que ceux d’Afrique sont dans la catégorie C.

La secrétaire parlementaire privée Roubina Jadoo-Jaunboccus avance que le montant du «per diem» a, de façon générale, été revu à la baisse depuis que Pravind Jugnauth est ministre des Finances. «L’ancien gouvernement a fait trop d’abus dans le passé. D’ailleurs, le Premier ministre encourage le recours à la visioconférence dans la mesure du possible.»

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