Steve Obeegadoo: «Je reste membre actif du MMM»

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Steve Obeegadoo, président de la commission éducation et culture du Mouvement militant mauricien.

Steve Obeegadoo, président de la commission éducation et culture du Mouvement militant mauricien.

Steve Obeegadoo, ancien ministre de l'Education, est revenu sur la scène publique après une absence remarquée. Le membre du Mouvement militant mauricien (MMM) était à couteaux tirés avec la direction de son parti suivant la défaite électorale de 2014. Dans cette interview qu'il nous a accordée, il pèse ses mots en prenant le temps de réfléchir avant chaque réponse. 

Expliquez-nous votre absence de la scène politique et publique ces derniers temps.

Je ne pense pas que j’étais absent de la scène. J’ai été élu au sein du comité central et bureau politique du MMM. Je participe à toutes les réunions de ces instances.

C’est vrai qu’après les élections de 2014, je n’ai pas été inclus dans la nouvelle direction du MMM, mais je demeure président de la commission éducation et culture du parti. Je m’exprime régulièrement sur toutes les questions qui y sont liées.

Je suis aussi l’animateur du comité régional du MMM au sein de la circonscription Curepipe–Midlands. Nous avons tenu 24 réunions de la branche régionale du MMM dans cette circonscription. Il est vrai que je continue à travailler à l’international dans le domaine de l’éducation, ce qui m’amène à m’absenter du pays

On laisse entendre que vous allez abandonner la politique pour émigrer. Est-ce vrai ?

Ce n’est pas vrai. J’ai eu l’occasion de travailler à l’étranger pour la Banque mondiale et pour l’UNESCO. J’ai une vision mondiale de mon engagement politique. Je conçois ma contribution pour offrir l’éducation à tous.

Aujourd’hui, comme hier et sans doute demain, je continuerai à être très actif sur les plans africain et international. Mes trois filles étudient à l’étranger, je saisis chaque occasion pour leur rendre visite. C’est sans doute cela qui a contribué à cette rumeur. Je suis plus que jamais présent à Maurice et je participe à la lutte sociale.

«Certaines de nos propositions ont été retenues pour être l’ossature de la nouvelle constitution du parti. Cela n’a pas été le big-bang que j’espérais.»

Quel genre de relations avez-vous avec la direction du MMM? Sont-elles toujours tendues ?

(Réflexion) Voyons ce qui s’est passé. Après la défaite de 2014, j’avais fait un appel à la réforme du MMM en demandant de tout mettre à plat pour le transformer en un parti qui gagne. Avec l’accord de la direction du MMM, j’ai présidé une commission de travail qui a déposé un rapport, lequel a fait l’objet de débats.

Certaines de nos propositions ont été retenues pour être l’ossature de la nouvelle constitution du parti. Cela n’a pas été le big-bang que j’espérais. Néanmoins, si les propositions retenues étaient mises en pratique, ce serait un pas en avant pour le MMM et le pays

Après les élections, mes idées étaient largement plébiscitées, même si je n’étais pas inclus au sein de la direction. Malgré cela, j’ai fait le choix de rester au sein du parti pour défendre les idées comme je le fais chaque semaine.

Je reste membre actif du MMM, je contribue pour une île Maurice meilleure. Nous sommes en campagne électorale ; je contribue de toutes mes forces pour assurer le succès du MMM.

Il n’y a pas eu de big-bang et vos recommandations n’ont pas été appliquées ?

Cela se vérifiera dans le temps. La priorité n’est pas d’appliquer les recommandations de la task force, mais de se concentrer sur l’élection partielle de Belle-Rose–Quatre-Bornes.

«Cette partielle aura un impact capital pour la configuration politique de demain.»

Êtes-vous satisfait de l’application de la nouvelle constitution du MMM?

C’est un processus. La constitution n’est qu’une partie des recommandations. La mise en œuvre de la nouvelle constitution a débuté. Certains points vont très vite.

À titre d’exemple, il y a beaucoup plus de femmes au sein du comité central et des comités régionaux du parti. Nous parlons d’un tiers de femmes. C’est visible.

D’autres choses ont été appliquées plus lentement. C’est un processus qui doit se poursuivre. Je le répète : le plus important aujourd’hui, c’est l’élection. Toute l’attention et l’énergie au MMM doivent se porter sur cette partielle.

Pourquoi faut-il se concentrer uniquement sur ce scrutin?

Cette partielle a une importance capitale avec des retombées très importantes, même si le gouvernement a décidé de ne pas y participer. Cette partielle donne une idée immédiate de l’état de l’opinion publique. Elle indiquera l’attitude du public envers la chose politique.

Cette partielle aura une valeur de test. Elle aura un impact capital pour la configuration politique de demain. L’histoire nous a appris que souvent le résultat d’une partielle à mi-mandat indique d’abord le rapport de forces sur le terrain et déterminera ensuite la configuration politique pour les élections générales. C’est pour cette raison que tous les partis qui y participent y jettent leurs forces.

Ce sera donc le facteur qui déterminera les alliances ?

(Réflexion) La question d’alliances est secondaire. Il faut un espoir nouveau pour les Mauriciens avec des idées nouvelles et un programme qui nous permettent de confronter les problèmes du quotidien et de demain en prenant appui sur la formidable avancée des technologies de l’information et de la communication.

Cela doit être un programme préparé avec la société en prenant en considération la jeunesse qui croit à un lendemain meilleur. Il faut une autre façon de faire la politique sans insulte au quotidien, sans arrogance et sans une attitude de macho.

J’insiste sur trois concepts : la justice écologique, la justice sociale et le mauricianisme. En 2017, le destin individuel de chacun ne peut pas être déterminé par son appartenance communale ou son identité sexuelle.

«L’équipe des ministres et des députés, sauf quelques exceptions, n’a ni l’expérience ni la compétence pour assurer le progrès du pays.»

Vous voulez dire qu’il ne faut pas juger votre leader par ses origines afin de lui donner, une fois encore, la chance d’être Premier ministre ?

Tout le monde a la chance de devenir Premier ministre. L’ascension de Paul Bérenger à ce poste en 2003 est un symbole. Tout Mauricien ou toute Mauricienne, quelles que soient sa couleur de peau, ses origines, sa classe et son identité sexuelle, devra avoir la possibilité d’accéder aux plus hautes fonctions, comme Premier ministre, chef juge et commissaire de police.

Vous pensez que le gouvernement ne fait pas bien son travail ?

Tout le monde est d’accord sur le fait qu’il y a une déception énorme après les espoirs suscités par l’alliance Lepep. Aujourd’hui, il y a un problème. D’abord, les choses n’ont pas changé malgré toutes les promesses.

L’arrogance du pouvoir et la pratique politique, qui est moralement corrompue, n’ont pas cessé. Ils sont les mêmes comme dans le passé. La façon de faire de ceux qui gouvernent a désillusionné tous les Mauriciens.

De plus, le public réalise chaque jour que l’équipe des ministres et des députés, sauf quelques exceptions, n’a ni l’expérience ni la compétence pour assurer le progrès du pays. Malgré toutes les promesses, l’économie mauricienne est en panne. Le fameux «feel good factor» dont Vishnu Lutchmeenaraidoo nous parlait au début de son mandat n’existe ni chez les investisseurs ni chez les consommateurs.

La vie sociale est caractérisée par quoi ? Il suffit d’ouvrir l’express. C’est la violence, la fraude et la corruption, des passe-droits et des injustices. C’est un sentiment de ras-le-bol.

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