Arnaques au marché de Port-Louis: dans la peau d’un touriste

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Au marché de Port-Louis, «rantré touris, sorti mizer».

Au marché de Port-Louis, «rantré touris, sorti mizer».

Il y a quelques jours, une touriste révélait qu’elle avait payé Rs 8 000 pour un tatouage au mehendi, au marché central. Malgré les mises en garde et la présence de policiers, les arnaques dont sont victimes les touristes sont légion. Ludovic, un Belge, était en immersion pour nous, au bazar de Port-Louis.

Vendredi matin, 11 heures. L’endroit grouille de monde. Les marchands de légumes ont la patate, les clients affluent. Les tomates, piments, brèdes et autres giraumons ont fière allure. Dans cette partie du marché de Port-Louis, c’est le climat qui fait la pluie et le beau temps dans le porte-monnaie. Mais en face, c’est une tout autre histoire…

La partie réservée aux souvenirs est plus calme, il y a moins d’agitation. Les marchands attendent, ils font les cent pas. Dès qu’un visiteur pointe le bout de son nez, on lui saute dessus. Sur les étals ou accrochés à des cintres, des vêtements, des sachets d’épices comme on en voit dans les boutiques. Des sculptures pas toujours locales, des coquilles et des fioles contenant de «la terre colorée». À quoi, on ne sait pas trop.

Rs 1 200 pour dix gousses de vanille

Ici, les prix des épices, à Rs 300 le sachet, piquent le nez. Comptez Rs 550 pour huit petits paquets dans un panier quelque peu décoré. Le prix de dix gousses de vanille laisse un goût amer : Rs 1 200. Son collègue nous fait un signe discret. Il propose cinq bâtonnets, de vanille toujours, à Rs 250. «Vous êtes mon premier client. Vous avez l’air ‘d’avoir une bonne main’, comme on dit chez nous. Ça nous portera chance….»

Pourquoi une telle différence entre les prix ? «Ici, tout ce qu’on vend est fabriqué ‘naturellement’. Le goût est meilleur», argue un marchand avec conviction.

Direction le rayon vêtements. Et il y a de quoi y laisser son pantalon et son slip. Une chemise en lin coûte Rs 2 900 et le short qui va avec Rs 1 800, soit la bagatelle de Rs 4 700 pour les deux. Des négociations ardues plus tard, on tombe d’accord sur Rs 3 100. Oui, on nous fait encore une fleur parce qu’on est le premier client…

«Vous n’aurez un tel prix nulle part ailleurs…»

Ailleurs, ça coûte combien ? «Rs 2 800 pour la chemise et Rs 1 200 pour le short», nous apprend-on. Il suffit de faire mine de tourner les talons pour que le prix baisse aussi vite que le niveau dans les robinets en été. «Je vous donne les deux à Rs 1 300 au lieu de Rs 4 000. Les clients se font rares en ce moment. C’est une occasion, la période des fêtes approche et vous n’aurez un tel prix nulle part ailleurs…»

Dans les centres commerciaux, la même chemise et le même short reviennent à Rs 2 500 (voir tableau comparatif). Direction ensuite les stands de souvenir. Parmi les produits, les traditionnels T-shirts arborant «map Moris», dodos et cocotiers. Pour s’en procurer il faut débourser Rs 750. Et Rs 450 pour un chapeau de paille ou encore Rs 800 pour un paréo. La faute à la qualité de l’impression.

L’impression générale, elle, se confirme. Ici, rantré touris, sorti mizer. Qu’en est-il du mehendi, alors ? La boîte coûte Rs 300. N’y a-t-il personne pour sauver les plumes des touris-#tes et notre réputation par la même occasion ? «Il y a des décisions qui ont été prises mais personne pour les appliquer», déplore Varuna Runghen, secrétaire de la Market Traders Association. Par exemple, des amendes sont prévues pour les marchands qui pratiquent ces prix excessifs.

Pas que de bons souvenirs

Malheureusement, ni la police ni les inspecteurs de la municipalité n’effectuent de contrôle. Certes, une fois par semaine, il y a des «visites» au marché mais comme tout le monde le sait, cela ne sert pas à grand-chose. Sans parler des «rabatteurs» qui «harcèlent» les clients. «Il est possible de les interdire du marché. Ils vont certes dire que c’est un endroit public et qu’ils ont le droit d’y être, mais lorsque leur liberté commence à affecter celle des autres, il faut prendre des sanctions.»

En tout cas, les étrangers ne ramènent pas que de bons souvenirs dans leurs bagages après une virée au marché central.

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