Que sont-ils devenus ? Swalay Kasenally: «On ne peut pas être un politicien virtuel et n’agir que sur Facebook»

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Swalay Kasenally, ancien ministre et chargé de cours.

Swalay Kasenally, ancien ministre et chargé de cours.

Cela fait 22 ans depuis que l’ancien ministre de l’Énergie s’est éloigné de la scène politique. Cependant, le très respecté scientifique et universitaire a gardé intact l’intérêt et la passion qu’il porte au pays depuis son retour à Maurice au début des années 70.

«Je suis revenu quand le pays, fraîchement indépendant, était en transition. Dès lors, je me suis engagé pour son développement et j’ai continué jusqu’à la fin du siècle», déclare le professeur Kasenally. Une expérience très enrichissante qu’il continue à partager avec ses amis proches. «Quand je constate qu’il y a des excès, je prends ma plume ou je vais m’exprimer au micro d’une radio privée», affirme-t-il.

À 80 ans, l’éminent intellectuel est toujours actif. Il continue d’animer des conférences à la demande des universités étrangères ou des organisations internationales. La question de l’énergie demeure son sujet de prédilection. Pour le professeur Kasenally, l’énergie est la clé du développement d’un pays. «C’est un secteur central dans un pays. Sans énergie, l’économie est en panne», fait-il valoir.

Comment l’ancien ministre de l’Énergie voit-il la situation dans ce secteur à Maurice ? «Il faut se demander ce que le Central Electricity Board compte faire de cette manne financière s’élevant à Rs 5 ou 6 milliards engrangées dans la foulée de la chute du prix du pétrole», soutient Swalay Kasenally.

Il est d’avis que c’est l’occasion pour un politicien conscient des enjeux économiques de demander la préparation d’un plan énergétique qui permettra au pays de faire face aux défis des années 2030–2040. «Le CEB connaît une situation financière unique. C’est le moment d’investir pour moderniser le réseau de transmission et de distribution afin de réduire les pertes et développer une politique d’efficience énergétique.»

Le professeur Kasenally rappelle également que le pétrole est un produit géopolitique avec une grande volatilité. D’où la nécessité d’avoir un équilibre afin que le pays n’en soit pas tellement dépendant. Faut-il passer exclusivement aux énergies renouvelables ? «Non ! Aucun pays ne peut dépendre totalement des énergies renouvelables. Celles-ci sont intermittentes», répond le scientifique.

Faire place à la relève

Durant son passage à l’Assemblée nationale, Swalay Kasenally s’est surtout fait remarquer pour sa maîtrise des procédures parlementaires. Il se désole du niveau des débats qui s’y déroulent aujourd’hui et n’accepte pas le fait que le Public Accounts Committee (PAC) soit inutile. «Le PAC est une institution cruciale de la démocratie. Il permet au Parlement de jouer son rôle de chien de garde des finances publiques», dit-il.

Le politicien à la retraite regarde avec philosophie les agitations de certains jeunes qui se lancent dans la politique actuellement. «Nous avons fait notre temps. Il faut accepter le fait que les jeunes prennent la relève. Toutefois, ils doivent savoir qu’on ne peut pas être un politicien virtuel et n’agir que sur Facebook. On n’atteint qu’une petite partie de la population à travers cette plateforme», déclare Swalay Kasenally.

Pour celui qui a été un militant de la première heure, les temps ont certes changé, mais rien ne peut remplacer le travail de terrain et le contact humain. L’intellectuel engagé confie qu’il a beaucoup appris de ceux qui vivaient avec des problèmes au quotidien. «Des travailleurs siégeaient aux côtés des universitaires au sein des commissions de travail du Mouvement militant mauricien. Je peux encore témoigner de la contribution de Lutchmeeparsad Ramsahok et de Siven Chinien quand on discutait agriculture et économie.»

Cette manière de faire de la politique implique des sacrifices. Le professeur Kasenally se souvient des conditions difficiles de ses débuts. «Je préfère ne pas revenir dans les détails sur toutes les humiliations que ma collègue Vidula Nababsing et moi avons subies quand nous nous préparions à être candidats aux élections générales de 1976. C’était le retrait ou le limogeage. Mais nous avons maintenu nos candidatures, prenant des risques énormes pour nos familles», admet notre interlocuteur.

Swalay Kasenally reconnaît qu’on prend des risques quand on s’engage en politique. Mais cela ne l’empêche pas d’inviter les jeunes à s’engager. «Impliquez-vous avec abnégation. Il y a des risques, mais l’expérience est exaltante. Les dépenses faramineuses pour le lancement d’un parti n’impressionnent pas. Ce sont la richesse des idées, les convictions et les sacrifices consentis qui retiennent l’attention», argue le politicien d’expérience.


Son parcours

1960-1969 : études en Angleterre et études postdoctorales aux États-Unis
1969-1971 : professeur d’université au Moyen-Orient
1971 : rejoint l’université de Maurice
1976, 87 et 91 : élu à Rivièredes- Anguilles–Souillac
1982 : ministre de l’Énergie 1991 : ministre de l’Environnement
1993 : ministre des Affaires étrangères
1995 : ministre de l’Énergie

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