Tourisme: les Seychelles pas un danger pour Maurice

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L’hôtel Berjaya, à Beau Vallon, sur l’île de Mahé.

L’hôtel Berjaya, à Beau Vallon, sur l’île de Mahé.

Comme pour Maurice, le tourisme est un des piliers principaux de l’économie seychelloise. Certes, l’archipel est plus petit que Maurice, mais les Seychelles offrent une expérience touristique haut de gamme, laissent entendre les parties prenantes du tourisme mauricien. Toutefois, elles s’accordent à dire que les deux destinations sont très différentes et complémentaires.

«On a tendance à comparer les Seychelles, Sri Lanka, les Maldives et Maurice quand on parle du tourisme dans l’océan Indien. Mais ces destinations sont différentes», soutient JeanLouis Pismont, directeur de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice. D’ailleurs, il explique que même si Maurice et les Seychelles sont toutes deux des destinations balnéaires, elles ont chacune leur particularité. Par exemple, affirme-t-il, les Seychelles sont beaucoup plus proches de la nature que nous.

Comparaison

Pour Sen Ramsamy, Managing Director de Tourism Business Intelligence, le tourisme aux Seychelles est aussi haut de gamme. «C’est une destination cinq étoiles et les Seychellois misent sur la qualité. D’ailleurs, ils n’ont qu’environ 300 000 touristes par an», souligne-t-il.

D’un autre côté, on indique que l’île Maurice, avec ses quelque 1,3 million d’arrivées par an, mise plus sur la quantité et la variété. «Les Seychelles se concentrent énormément sur les hôtels de luxe. Ici, nous avons des hôtels de luxe, mais aussi des auberges, des campements, entre autres.»

Coût des opérations

Le coût d’un voyage aux Seychelles et à Maurice n’est, de plus, pas comparable, selon Jean-Louis Pismont. «Les Seychelles ne produisent pas autant que nous, ils importent. À cause de cela, les coûts des opérations sont énormes. Pour le touriste, Maurice a un meilleur rapport qualité-prix», avance-t-il.

De préciser tout de même que les deux destinations se complètent. «On peut passer quelques jours là-bas et quelques jours à Maurice. C’est pour cela que le programme des îles Vanilles existe.»

En chiffres

13

Nombre d’entreprises mauriciennes établies aux Seychelles. Elles comptent de grands noms du secteur privé mauricien, dont la SWAN, la Mauritius Commer- cial Bank, ou encore le groupe hôtelier Beachcomber

164

Nombre de Seychellois résidant à Maurice, dont 33 sont des étudiants.

Rs 2,6 milliards

Taux auquel s’élève nos importations des Seychelles. Majoritairement des produits de la mer.

Rs 987,9 millions

Argent que nous gagnons des produits que nous exportons vers les Seychelles, surtout de la nourriture pour animaux et de la farine.

49 049

Nombre de Mauriciens qui s’envolent vers les Seychelles chaque année.

33 952

Nombre de Seychellois foulant le sol mauricien chaque année.

Sources : Detailed Trade Data 2016 (Imports and Exports), Digest of Travel and Tourism 2016, Statistics Mauritius

Échange culturel sur fond de musique et de gastronomie

Comme un hymne. La chanson de Patrick Victor, «Koste pep losean indien» est emblématique des liens qui unissent Maurice et les Seychelles. D’ailleurs, c’est à Maurice que Patrick Victor était venu recevoir le prix des auditeurs que Radio France avait décerné à cette chanson, en 1983. Il était de passage chez nous en 2015, avec le spectacle musical océan Indien, «Li Te Ve Vwar».

Chansons et gastronomie des Seychelles, cela fait 30 ans que Lamikal Moris-Sesel en fait la promotion. L’association dont est responsable Daniel Delord a fêté ses trois décennies d’existence le mois dernier. «À mesure que nous organisions des soirées, nous avons commencé à proposer des plats seychellois, à Roches-Brunes. Les Mauriciens ont mis du temps à s’y habituer», se souvient Daniel Delord. Il n’est pas peu fier d’avoir contribué à faire connaître Joennise Juliette, Jenny Le- tourdie qui a chanté en duo avec Désiré François, mais surtout Jean-Marc Volcy, auteur du populaire «Bake Yaya».

Sur le plan institutionnel, le programme d’échange culturel MauriceSeychelles est renouvelé tous les trois ans. La prochaine échéance est pour 2018. L’accord porte sur cinq points : les échanges en matière de recherche et de formation. Il concerne aussi la coopération en matière de patrimoine, entre autres.

Entre 2015 et 2017, la collaboration concernait la participation d’artistes seychellois au Festival International Kreol, ainsi qu’au festival de «sega typik» 6/8, organisé par Bruno Raya. Les danseurs Mathieu et Samuel Joseph (médaillés d’or aux récents Jeux de la francophonie) ont participé à la 9e édition de la Biennale de danse aux Seychelles, en août de cette année.

Trois plasticiens Mauriciens, Nirveda Alleck, Jean-Yves L’Onflé et Pamela Sunee, sont actuellement visibles à la Biennale des Seychelles. Cette exposition d’art contemporain est organisée tous les deux ans. À Maurice, la dernière triennale (exposition d’art contemporain organisée tous les trois ans) remonte à 2005.

Pour ce qui est du patrimoine, le ministère des Arts et de la culture confirme que les Seychelles ont sollicité l’aide du National Heritage Fund pour l’inscription de la danse traditionnelle «moutia» sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans ce domaine, Maurice a déjà fait inscrire le sega typik en 2014 et le «geet gawai» (chants et danses folkloriques en bhojpuri) en 2016.

Le National Heritage Fund a également été sollicité dans le cadre de l’éventuelle demande d’inscription sur la liste du patrimoine mondial, de la «Mission Lodge». Il s’agit des ruines d’une école où des missionnaires ont accueilli des esclaves libérés, après 1861.

Bernard Jackson : «Accueil chaleureux des Seychellois»

Bernard Jackson, directeur général, de la branche seychelloise de la Mau- ritius Commercial Bank, vit dans l’archipel depuis dix ans. Et c’est d’ailleurs à cause du travail, qu’il a fait le grand saut. Et il ne le regrette pas.

«C’est la vie créole. Les Seychellois sont extrêmement accueillants. Donc ce n’est pas difficile de s’y adapter», soutient Bernard Jackson, visiblement épanoui dans l’archipel.

Les trois enfants du couple sont aussi scolarisés aux Seychelles. Ils y ont d’ailleurs suivi toute leur scolarisation.

«Ils sont à l’école française des Seychelles qui est une école privée. Il y a beaucoup d’autres écoles aux Seychelles et même des écoles internationales. Mais nous avons opté pour une école française parce que les Seychellois sont plus anglophones. Nous voulions qu’ils apprennent le français parce qu’à Maurice c’est ce qu’on parle.»

Guy Fok: «Maurice a beaucoup à apprendre de l’archipel»

Guy Fok, consul honoraire des Seychelles à Maurice.

Guy Fok est consul honoraire des Seychelles à Maurice. Il nous livre sa vision des relations entre Maurice et les Seychelles.

En quoi Maurice sort gagnant en signant ces accords ?

Il est bon de rappeler que Maurice et les Seychelles gèrent conjointement une superficie de 396 000 km2 depuis 2011. Une bonne gestion de cette zone ouvre la voie au développement dans le futur. Cette zone est exploitable. Ces deux pays sont les plus dynamiques de l’océan Indien. Ils demeurent les moteurs de la CoI. Ils ont beaucoup à gagner ensemble s’ils continuent à travailler dans la coopération et avec une vision commune.

Maurice peut-il également compter sur le soutien des Seychelles dans le combat pour les Chagos ?

Bien sûr. Ce sont des pays frères et nous marchons ensemble pour beaucoup de résolutions. La preuve avec le vote en faveur de la résolution de Maurice aux Nations unies, en juin. Les Seychelles continueront à apporter leur soutien à Maurice dans sa lutte pour la reconnaissance de sa souveraineté sur les Chagos.

L’archipel ne représente-t-il pas de la concurrence dans le secteur touristique ?

Les Seychelles n’ont jamais été un concurrent et ce ne sera pas le cas. Au contraire, nous sommes complémentaires. Les Seychellois visent un autre type de clientèle. Elles accueillent environ 250 000 touristes et ne pourront pas en absorber davantage, contrairement à Maurice.

Les deux pays partagent-ils la même vision en ce qui concerne la protection de la faune et de la flore ?

Ils se concentrent sur la protection de différentes ressources voire de produits différents. Les approches diffèrent aussi. Maurice a beaucoup à apprendre des Seychelles. Il y faut demander la permission avant de couper un arbre ou de prendre des cocos de mer. À Maurice, les gens peuvent le faire sans forcément être inquiétés.

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