Yerrigadoogate: la vérité sur la rédaction de l’affidavit

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Husein Abdool Rahim jurant son affidavit le 12 septembre dernier. La «séquestration» et les «pressions» semblent évidentes sur cette photo...

Husein Abdool Rahim jurant son affidavit le 12 septembre dernier. La «séquestration» et les «pressions» semblent évidentes sur cette photo...

Il faut d’abord séparer ce que nous appelons le Yerrigadoogate – c’est-à- dire la publication, dans nos colonnes, des documents (dont l’affidavit et ses 33 annexes) qui ont mené à la démission de l’ancien Attorney General et les allégations subséquentes contre le «whistle-blower», dont l’affaire de sextorsion, après qu’il a juré l’affidavit. «L’express» a révélé le scandale en se fondant sur les documents qui nous ont choqués, mais a choisi de prendre ses distances du dénonciateur quand il n’a pas pu nous convaincre, mercredi soir, de son innocence dans l’affaire de sextorsion.

Dès lors, Husein Abdool Rahim a choisi de retourner sa veste et s’est lancé, avec la complicité de certains journalistes, dans une ridicule opération de cover-up, visant à blanchir ses ex-nouveaux accolytes, Ravi Yerrigadoo, Sylvio Sundanum et Dick Kwan Tat. Preuves irréfutables à l’appui, nous ne comptons nullement rester les bras croisés et entendons défendre notre professionnalisme, dont le rôle que nous avons joué dans la rédaction de l’affidavit, dans toute cette affaire qui ne cesse de défrayer la chronique...

Hier, jeudi 21 septembre, sur Radio Plus, le directeur de l’information et son chef d’édition – qui est assis sur le board du Media Trust en tant que rédacteur en chef (ce qu’il n’est pas dans son organisation) – ont participé au show Rahim en s’offusquant tel Tartuffe de ce que venait de dire Husein Abdool Rahim. Soit : «L’affidavit a été rédigé par Axcel Chenney.» L’os à mordiller était tout trouvé. «Avez-vous rédigé cet affidavit Axcel Chenney ?» ont-ils martelé une fois que j’étais à l’antenne.

Je dois avouer que cette question m’a pris de court, sur le coup, sans savoir vraiment pourquoi. Mais à tête reposée, j’ai compris pourquoi une telle question m’a déstabilisé. En fait, il était évident que nous avions affaire à deux journalistes qui étaient soit de mauvaise foi, soit qui, aussi grotesque que cela puisse paraître, n’ont pas lu les journaux.

Les coulisses de la rédaction de cet affidavit ont été racontées dans les moindres détails aux lecteurs de l’express dès le lendemain de la démission de Ravi Yerrigadoo, soit le jeudi 14 septembre, dans l’article Les coulisses d’un interminable sprint

Au final, ma réponse à cette question, «j’y ai contribué», a été la seule phrase à faire les headlines des points infos suivants. Quelle mauvaise foi ! À moins que ces deux journalistes n’aient pas lu ce qui avait été publié le 14 septembre, ce qui serait à mon avis, – un journaliste qui ne lit pas les journaux – encore plus grave pour les lecteurs et les auditeurs qu’ils desservent.

Puisque ma contribution au scandale Yerrigadoo est machiavéliquement tournée en polémique – ça l’est encore aujourd’hui malgré le film bollywoodien joué par Ravi Yerrigadoo et Husein Abdool Rahim hier – il est important de rappeler, pour la deuxième fois, comment nous avons travaillé sur l’affidavit. Les phrases suivantes ne sont que des extraits d’un article publié la 1ère fois le 14 septembre.

(...) Dimanche soir. Il faut alors faire appel à un autre journaliste. Tandis que le duo qui était chez Roshi Bhadain retourne à la rédaction pour rédiger l’article de lundi matin, Husein Abdool Rahim est conduit au domicile de cet autre journaliste dans l’Ouest. Il a pour tâche de faciliter le travail de l’avoué en rédigeant la chronologie des événements tout en contre-vérifiant les faits. Mais le travail est titanesque. Il faut que toute l’équipe soit là. Au milieu de la nuit, ils partent alors rejoindre le duo de Port-Louis.

Lundi 1 heure du matin. C’est dans l’appartement d’un des journalistes de Port-Louis que commence le véritable travail de fourmi. Il faut écouter, noter, vérifier les documents et les portables. Cela n’en finit pas.

Lundi 5 heures du matin. L’équipe a un coup de mou. Difficile de tenir le rythme. Une heure de sommeil, petit-déjeuner acheté à Plaine-Verte. Puis on reprend.

Lundi 8 heures.Ashley Hurhangee, qui avait aussi été contacté, est à l’heure. Il frappe à la porte. Il faut tout lui expliquer. Tirant sur sa cigarette, il se montre par moments convaincu, par moments incrédule. Roshi Bhadain arrive aussi. Les deux avocats estiment qu’il vaut mieux attendre mardi pour jurer l’affidavit. Les deux hommes repartent après quelques heures. Ils repasseront plus tard. Le duo de journalistes et Nad Sivaramen reprennent le travail. Il faut aussi travailler sur l’article de mardi, celui consacré à la lettre manuscrite, tout en continuant les vérifications et la rédaction des dires de Husein Abdool Rahim.

Lundi 19 heures. Roshi Bhadain et Ashley Hurhangee sont de retour. Tout est beaucoup plus calme car on approche la fin de la rédaction et la vérification de l’histoire. Chacun prend le soin d’examiner ce qui a été rédigé. On discute, on n’est pas d’accord, il y a des zones d’ombre. On contre-interroge encore Husein Abdool Rahim. Cette séance de travail va se terminer à minuit pile ! Chacun – sauf Husein Abdool Rahim à qui nous avons promis notre soutien et notre sécurité – rentre chez soi, pour enfin un peu de sommeil. Rendez-vous à 9 heures mardi au bureau d’Ashley Hurhangee pour tout repasser au peigne fin, finaliser la rédaction de l’affidavit et vérifier les annexes.

Mardi. Alors que le pays est stupéfait par la note manuscrite, il n’y a pas de temps pour pavoiser. Le travail se poursuit au bureau de l’avoué. C’est à 13 heures que l’affidavit est finalement juré. Husein Abdool Rahim passe chez lui, rencontre ses proches un instant, mais pas question de le laisser là-bas. Il faut sauvegarder les preuves. (Cet exercice n’a finalement été complété qu’hier soir.) Il faut aussi qu’il accorde une interview à présent. (...) (NdlR, fin de l’extrait)

 Voici donc ce qui est aujourd’hui qualifié de séquestration ! Une séquestration que nous avons nous-mêmes racontée dans les journaux sept jours avant que Husein Abdool Rahim ne tourne avec le vent.

Voici donc comment on a «dékuver lamérik lor map» et la phrase «j’ai participé à la rédaction de l’affidavit» est devenue le headline de la soirée. Cela bien que mon rôle comme expliqué dans l’article du 14 septembre a été de faciliter le travail de l’avoué.

La vérification et la contre-vérification des faits, c’est mon métier, et mon champ d’expertise. Demandez à Vishnu Lutchmeenaraidoo et Youshreen Choomka, et ils vous le diront. Cette partie du travail, comme tout le reste d’ailleurs, je l’assume avec fierté.

Ce vilain jeu de nos confrères se poursuit encore sans doute ce matin chez eux. Hier alors que nous étions chez Ashley Hurhangee, à 20 h 23, il reçoit un appel de la journaliste, Adila Mohit. Celle-ci insiste plusieurs fois pour avoir une bande sonore enregistrée : «Mais dites qu’ils sont venus chez vous avec les documents déjà imprimés et que vous n’avez fait que ratifier.» Ashley Hurhangee refuse. Car la vérité, comme nous, il la connaît. Il a participé à la rédaction de cette chronologie qui allait devenir un affidavit. Mardi, au milieu de la nuit, elle a été envoyée – de mon e-mail – à tous ceux qui y ont participé. Mercredi, les annexes ont été imprimées au siège de La Sentinelle, à Riche-Terre. L’affidavit a, lui, été imprimé au bureau de l’avouée Nanda Hurhangee. Il a été lu, relu, corrigé, réécrit, durant toute la matinée par l’avouée et ses assistantes en présence de Husein Abdool Rahim qui a été invité à fournir des détails supplémentaires.

Ce dernier a ensuite passé une heure dans le petit bureau des affidavits. Pourquoi une heure ? Parce qu’à la demande d’Ashley Hurhangee, chaque paragraphe de ce document, lui a été minutieusement traduit en Kreol. Il s’est retrouvé seul pendant de longues minutes devant le Chief Court Officer (CCO) qui lui lisait ligne par ligne de cet affidavit. Même seul face au CCO, il a acquiescé et signé l’affidavit.

Lutter contre ceux qui abusent de notre État est déjà difficile. Quand ils s’allient aujourd’hui à ceux qui sont censés vous faire entendre la vérité, c’est encore plus difficile. Mais ensemble, #NousVaincrons et #LaVéritéTriomphera.

Pourquoi un affidavit ?

Se limiter à essayer de comprendre comment «l’express», son directeur de publications, et les avocats Bhadain et Hurhangee ont contribué à la rédaction de la chronologie qui allait servir d’affidavit, hélas, nous fait passer à côté de l’essentiel. Pourquoi un affidavit ? Imaginez si Husein Abdool Rahim avait retourné sa veste sans jurer cet affidavit ? Alors on aurait pu parler de Sheik Hossen bis. Mais pas aujourd’hui. L’affidavit a été dicté par Husein Abdool Rahim. Il a été rédigé, lu, relu, corrigé, recorrigé, relu et interprété par le Chief Court Officer, devant Husein Abdool Rahim. C’est l’une des rares fois où un journal décide de placer son «whistleblower» sous la canopée de la justice avec les responsabilités individuelles qui accompagnent un affidavit. On ne pouvait pas être plus prudent vis-à-vis d’un individu qui avait en sa possession des «undeniable evidences» alors que lui-même est «unreliable».

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Il s'est retrouvé impliqué dans une affaire de blanchiment d'argent allégué. En trois jours, les révélations de Husein Abdool Rahim ont eu raison de Ravi Yerrigadoo. Le Premier ministre n'a pas eu d'autre choix que de demander à l'Attorney General de step down, le mercredi 13 septembre. Mais le «dénonciateur» est revenu sur ces propos accusant l'express et Roshi Bhadain d'avoir initié un complot pour faire tomber Ravi Yerrigadoo.

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