Azmir Oogun: l’homme derrière le «Rs 50 enn galon, kres-la 50…»

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Azmir Oogun s’est lancé dans cette aventure après avoir perdu son travail.

Azmir Oogun s’est lancé dans cette aventure après avoir perdu son travail.

«Rs 50 enn galon kres, 50! Éna Omo, lapoud masinn, air freshner, Soupline, zavel, madam prop…» Qui n’a jamais entendu retentir cette phrase entraînante, – souvent énervante –, tournée en boucle dans le haut-parleur d’une fourgonnette ? Mais qui se cache derrière le «véhicule sonore» qui est presque devenu le réveille-matin des samedis ? La première chose à savoir, c’est qu’il n’y en a pas qu’un seul et même van qui sillonne l’île. Ils sont à plusieurs. Nous avons rencontré l’un d’eux et nous avons embarqué à bord de sa fourgonnette.

Lui, c’est Azmir Oogun. Un jeune homme fort sympathique à l’allure frêle qui sourit… tout le temps. À bord de son véhicule, il est accompagné de deux de ses proches. Il faut bien de l’aide pour enchaîner des virages, des arrêts et des démarrages dans les petites ruelles. Et c’est dans ces petites allées qu’il déniche ses clients. Principalement des femmes au foyer. On pourrait même dire que ces dernières l’attendent. Certaines font la causette, d’autres des blagues…

«Aryo get dimounn ki ladan! Ou’nn koumans vann dimounn tou aster!» rigolera une des fidèles clientes d’Azmir, étonnée de voir autant de monde à bord de la fourgonnette. Ce genre de commentaires, Azmir en reçoit beaucoup. C’est d’ailleurs ce qu’il préfère dans ses longues journées. Le jeune homme mise énormément sur le service. «Nous faisons tout pour nos clients. Nous connaissons leurs habitudes. Et je fais en sorte de ne pas passer trop tôt parce que les gens dorment ! C’est la moindre des choses», souligne Azmir Oogun en… souriant. Et ses clientes le lui rendent bien. Elles n’achètent pas de produits avec d’autres marchands mais attendent patiemment le passage d’Azmir. Enfin, c’est du moins ce qu’elles diront devant lui.

Azmir Oogun s’est lancé dans cette aventure après avoir perdu son travail.

«Donn mwa enn bon Soupline ar twa ! Mo ti dwa twa Rs 110 lot zour-la, alalila ! Kan to pasé prosenn kout, mo donn twa pou Soupline-la», dira une des clientes. Si aujourd’hui, le «traser» s’est fait un nom dans la région d’Eau-Coulée ou à Allée-Brillant où nous l’avons accompagné, les choses ne se sont pas toujours passées comme sur des roulettes.

L’amour le conduit à bon port

Si Azmir est aujourd’hui livreur de produits d’entretien, c’est qu’un beau jour, il s’est retrouvé sans emploi. Cela remonte à quatre ans. Azmir venait de perdre son travail comme chauffeur dans une entreprise privée. Il ne savait plus à quel saint se vouer. Il était tellement déprimé qu’Isabelle, celle qui a pris son coeur, voulait à tout prix faire quelque chose pour l’aider.

«Je ne pouvais plus le voir dans cet état. Il m’a alors annoncé qu’il voulait être livreur de produits pour le ménage. Je lui ai d’abord répondu que ça ne marcherait pas, puisqu’il y avait déjà beaucoup de gens qui s’adonnent à cette activité. Mais il n’avait pas d’autre choix et je me suis dit qu’il fallait au moins essayer», confie la jeune femme. Après quelques démarches, Isabelle parvient à obtenir un emprunt pour Azmir. Ce dernier s’achète une petite fourgonnette «krazkrazé» pour commencer à «tras-trasé».

Azmir Oogun s’est lancé dans cette aventure après avoir perdu son travail.

«Au début, personne ne voulait acheter mes produits parce qu’il est difficile pour une femme de sortir de chez elle et en acheter avec n’importe qui. Mais, au fil du temps, elles se sont habituées», fait ressortir Azmir.

Pour plaire à sa clientèle, il va encore plus loin. Comme tout bon vendeur, il sonde ses clientes. Il leur demande ce qu’elles voudraient bien avoir comme produits outre les produits nettoyants. Ces dernières commandent des pinces à linge, des cordes, des tabliers, des paniers… Et hop, Azmir embarque le tout cela à bord de la fourgonnette un peu mal en point et sillonne les rues. «En décembre, je peux faire quatre voyages pour remplir la fourgonnette. Mais tout au long de l’année, ce n’est pas toujours évident. Les week-ends ça va encore mais en semaine, nous avons des heures creuses», poursuit le vendeur, maniant le bouton de volume de son autoradio de temps à autre.


Un laisser-passer de Rose-Hill à Curepipe

Le travail d’Azmir à l’air d’être simple… Mais il ne suffit pas de se réveiller un matin et se dire qu’on ira livrer des produits nettoyants ! «Il faut un permis de livreur auprès de la mairie des villes où l’on opère. Moi, je peux sillonner les rues de Rose-Hill à Curepipe», explique-t-il. Le livreur raconte qu’il n’insiste jamais auprès d’un client qu’il ne connaît pas. «Parfwa dimounn sorti apré zot dir ki zot pas habitié asté avec nou é zot pou atann zot marsan. Bé mo pa persisté, mo kompran! Sakenn pou li!» dira-t-il avec le plus grand calme. Cela, après qu’une cliente ait fait arrêter la fourgonnette pour acheter un sachet de poudre à laver le linge mais qui s’est désistée parce qu’elle a l’habitude d’acheter un plus petit paquet chez un autre vendeur.


Méticuleux sur les produits qu’il vend

Il a eu vent des produits qui ont suscité la grogne chez les ménagères. Du coup, Azmir fait en sorte de respecter certaines normes qu’il s’est imposées à lui-même. «Je ne prends pas de produits chez des fournisseurs qui n’affichent ni leur numéro, ni leur nom sur les étiquettes. Il faut que l’on puisse les retracer si les produits ne plaisent pas», dit-il d’un ton ferme. Il explique que des clients lui ont déjà parlé de produits achetés qui étaient soit trop concentrés ou trop dilués. «Je prends les produits chez différents fournisseurs mais ils sont tous enregistrés», maintient-il. Sait-il pour autant comment sont faits ces produits ? «Ils les fabriquent dans leur entreprise. Je suis allé voir comment ils procèdent et je m’assure que les produits sont de bonne qualité.» Comment être sûrs du dosage ? «Zot éna zot bann ékipman! Pou mwa séki importan séki kapav rétras zot.» Azmir s’arrêtera à sa tabagie habituelle, histoire de faire une petite pause avant de continuer sa longue route.


Une publication du quotidien BonZour !

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