Audrey et David Antonique, gérants du Foyer Père Laval: retour aux sources

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Le couple gère le Foyer Père Laval depuis un peu plus d’un an.

Le couple gère le Foyer Père Laval depuis un peu plus d’un an.

Au moment où d’autres couples de leur âge s’apprêtent à fonder une famille, Audrey et David Antonique ont déjà la leur, impressionnante en nombre mais non biologique – soit les 28 enfants du Foyer Père Laval. Leur objectif : que chacun d’eux puisse se faire sa place au soleil.

On n’ira pas jusqu’à dire que le lait sort encore du nez des Antonique, mais on n’en est pas loin. Audrey a 27 ans alors que David vient d’avoir 30 ans. S’ils sont relativement jeunes, ils ont déjà une certaine expérience de l’encadrement des enfants en difficulté. Car avant d’être rappelés par le diocèse de Port-Louis pour prendre la gestion du Foyer Père Laval, il y a un peu plus d’un an, ils avaient accumulé six ans d’expérience en tant qu’éducateurs d’enfants difficiles, soit trois ans dans ce même foyer de Ste Croix et trois autres années à l’Étoile du Berger, à Pointe-aux-Sables.

Audrey est une Rodriguaise originaire de Mont Lubin. Cette troisième des six enfants Armand vient d’une famille aisée. Son père est fonctionnaire au département des Bois et Forêts. Elle opte pour les matières scientifiques au collège et se voit bien enseignante lorsqu’elle terminera sa scolarité. 

David vient d’une famille très modeste de Camp-Levieux. C’est pour cette raison que deux de ses frères et lui sont placés au Foyer Père Laval. Il apprécie énormément les activités offertes aux petits adhérents, notamment le football. Il excelle en judo et fait la fierté du foyer, car il est le champion de Maurice Junior. Il va même défendre les couleurs de l’île aux Championnats d’Afrique de judo où il se classe troisième.

Le Frère Jean-Claude Berthome de l’ordre de St Gabriel, qui dirige le foyer, l’incite à préparer le petit déjeuner des plus jeunes avant qu’il ne se rende au collège Trinity. À l’époque, le foyer accueille 45 enfants. Davantage porté vers les formations techniques, David opte pour l’apprentissage de la menuiserie au collège St Montfort. Pendant deux ans, il apprend les bases de ce métier jusqu’à ce qu’on le décourage en lui disant qu’il y a peu de débouchés en la matière.

Comme ses responsabilités au foyer le cantonnent dans la cuisine et qu’il aime ça, il décide d’apprendre à cuisiner. C’est ainsi qu’il apprend le métier à l’Industrial and Vocational Training Board, à l’école hôtelière Sir Gaëtan Duval, à la Maison familiale rurale. Il découvre aussi l’art de la table à travers des stages dans plusieurs hôtels, dont l’hôtel Trou aux Biches, La Plantation, La Pirogue, le Sugar Beach, Le St Georges.

«Nos yeux ne le voyaient pas mais c’est la volonté de Dieu...»

Fatigué, il prend trois semaines de vacances et se rend à Rodrigues, où il a un ami. C’est la première fois qu’il prend l’avion. Il adore la vie rodriguaise. L’année suivante, c’est par bateau que David fait la traversée jusqu’à Rodrigues. Invité à une soirée, il remarque une «belle jeune fille vêtue d’une robe grise», assise jambes croisées. Elle ne danse pas. Il est trop timide pour l’aborder. Il demande à son ami de la lui présenter.

Le courant passe bien entre eux et lorsqu’il repart, ils gardent contact. Quand Audrey termine sa Form VI, David lui demande de le rejoindre. Elle prend un billet – un aller simple – et ils vivent ensemble. Audrey travaille d’abord à la charcuterie Isle de France avant de trouver un emploi comme contrôleuse de qualité dans le laboratoire de couleurs de l’usine St Malo. David, qui en a marre de finir ses nuits à l’hôtel alors que sa compagne l’attend à la maison, démissionne et trouve un emploi de pâtissier à l’hôtel Labourdonnais puis dans une pâtisserie à Grand-Baie. Lorsque cet établissement ferme ses portes, il cherche du boulot.

Il réalise que, quelque part, il n’a pas achevé son temps au Foyer Père Laval, qu’il a le devoir de montrer aux enfants de cet établissement que l’on peut réussir sa vie même si l’on vient d’un foyer brisé, comme c’était son cas. «C’était comme une force qui me poussait à revenir au Foyer», avoue-t-il. David vient aux nouvelles et réalise que l’établissement, qui n’héberge plus que 28 enfants de cinq à 17 ans, cherche des éducateurs.

Il est recruté. Les conditions sont pourtant difficiles mais il s’y fait. Sa journée commence à 7 heures et prend fin à 21 heures. Ils ne sont que trois éducateurs. Lui et un des Frères mettent un programme d’activités en place. David enseigne le judo pour aider les petits à gérer leur colère et à être stratégiques. Il leur apprend à fabriquer des cannes à pêche pour prendre des appâts et capturer des tilapias. Audrey l’aide à encadrer les enfants. Une divergence de vue entre le Frère Robert, qui gère le Foyer à l’époque, et David pousse ce dernier à jeter l’éponge. Ils s’en vont la mort dans l’âme.

Audrey qui s’est découvert une passion pour le travail social, et David ne chôment pas longtemps. Ils sont recrutés comme éducateurs pour la gestion d’une maison de cinq enfants de sept à 13 ans à l’abri l’Étoile du Berger, à Pointe-aux-Sables. Gilbert Lebreux, le responsable, sent qu’ils sont prêts pour des cours de renforcement de capacités et les envoie suivre des formations auprès de l’Institut Cardinal Margéot. C’est ainsi qu’ils sont initiés à l’écoute active, à l’estime de soi, à la gestion des conflits. Ils suivent aussi un cours sur l’adolescence, sur la sexualité et le leadership social.

«Je veux montrer à ces enfants qu’ils peuvent, comme moi, faire quelque chose de leur vie. Je veux qu’ils sortent d’ici épanouis, armés pour la vie.»

De temps à autre, ils entendent dire qu’il y a des conflits entre enfants et éducateurs au Foyer Père Laval. Ils en sont attristés mais poursuivent leur bonhomme de chemin. Le Frère responsable du Foyer décide de regagner son pays à l’issue d’un audit commandité par le Diocèse de Port-Louis. Un émissaire du Diocèse est envoyé auprès de David pour le sonder et voir s’il voudrait y retourner, mais cette fois en tant que gérant.

Après discussion avec Audrey, les deux acceptent. Dès leur arrivée, ils mettent l’accent sur la communication et apportent des changements en créant deux salles à manger, une pour les adolescents, l’autre pour les petits. Les plus grands sont envoyés dans une maison que le Foyer a toujours louée à Roche-Bois et qui était inoccupée jusque-là. Ils réinstaurent les sorties pour les petits. 

Ils se sont également adjoint les services d’un psychologue afin d’éliminer tout blocage dans la communication. Ils font les éducateurs suivre des cours et étoffent l’agenda des activités, ajoutant le volley-ball, le basket-ball et le vélo à celles existantes. Ils ont relancé la salle de jeu et la lecture en bibliothèque le dimanche après-midi et ont permis aux petits d’avoir accès à la salle informatique. Ils vont créer une nouvelle maison au sein du Foyer pour les plus petits qui ont, disent-ils, «besoin d’une attention spécialisée».

Ils vivent dans un appartement audessus du Foyer. Cela ne les dérange pas. «C’est un peu ma maison ici», dit David. «On habitait aussi dans la maison à l’Étoile du Berger», ajoute Audrey qui n’y voit pas d’inconvénient. 

«C’est une vocation que nous vivons. Ce n’est pas un hasard que nous soyons revenus au Foyer. Nos yeux ne le voyaient pas mais c’est la volonté de Dieu. Lorsque nous sommes partis d’ici, nous étions tristes. Nous sommes retournés en force. Bien que je regrette de n’avoir pu pousser plus loin les études, je suis fier de ce que j’ai accompli jusqu’ici, dit David. Je veux montrer à ces enfants qu’ils peuvent, comme moi, faire quelque chose de leur vie. Je veux qu’ils sortent d’ici épanouis, armés pour la vie, qu’ils se tiennent à l’écart des mauvais chemins, qu’ils soient financièrement indépendants et fondent une famille.»

Et Audrey et lui, quand fonderont-ils la leur ? «Il faudra nous préparer pour la venue d’un enfant et il nous faudra aussi du temps pour l’élever et l’encadrer. Si ça vient, ça vient mais pour l’instant, les enfants du Foyer sont notre priorité…»

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