Sunil Bholah : «Le secteur est beaucoup plus visible aujourd’hui»

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Sunil Bholah,ministre des Coopératives.

Sunil Bholah,ministre des Coopératives.

Le mouvement coopératif constitue un pilier important de l’économie. Pour assurer sa survie, il faut le redynamiser, vulgariser ses bienfaits, inciter les jeunes à s’y joindre, au dire du ministre.

Après deux ans et demi, quel bilan faites-vous du secteur des coopératives aujourd’hui ?

Le bilan est positif. Tout d’abord, on a un personnel très motivé de 13 officiers. Que ce soit au siège du ministère ou aux Regional Cooperative Sectors. Ensuite, le secteur a une visibilité complète de ce que fait le ministère. Et finalement, nous avons une nouvelle loi. Celle-ci, qui est en vigueur depuis huit mois, adresse les problèmes auxquels le mouvement coopératif a fait face durant les années écoulées.

Il y a une restructuration complète du mouvement sur trois niveaux. Premièrement, la société primaire où cinq personnes se réunissent pour former une coopérative. Deuxièmement, des coopératives dans le même créneau peuvent se fédérer. Et le troisième niveau est le «apex body», ou organe suprême qui est le porte-parole du mouvement coopératif au niveau national ou international. Il n’y en avait pas. C’est la Mauritius Cooperative Alliance. Cette pyramide vient compléter le mouvement qui est bien structuré.

Depuis que vous avez pris les rênes de ce secteur, il ne cesse d’innover. Serait-ce pour prouver que vous voulez bien faire ?

Non ce n’est pas un acharnement mais le désir de réaliser des choses. Il y avait un retard en ce qui concerne les coopératives. Il fallait s’attaquer à ce retard. Il faut justifier le budget que le gouvernement nous a accordé. Il faut redynamiser le mouvement coopératif. Puisque le mouvement recoupe plusieurs secteurs, notamment le lait, la canne à sucre, l’agriculture, la pêche, il y a tout le temps des choses qui se passent au niveau des coopératives.

Avec autant d’aide aux coopératives, Y a-t-il eu un ‘boost’ dans ce secteur ?

Il y a eu une reconnaissance du mouvement. Il est beaucoup plus visible et le pays reconnaît sa contribution. Nous avons fait un effort pour récompenser les 100 meilleures coopératives. On est sur la bonne voie.

Vous venez de lancer l’enregistrement en ligne. Quelle est l’idée derrière ?

Il faut marcher avec le temps. Tout était fait sur le papier alors qu’on vit dans l’ère digitale. Il y avait ce besoin d’informatisation. Celle-ci peut inciter les jeunes à se joindre au mouvement coopératif. Les jeunes sont de plus en plus intéressés. Il y a pas mal de sociétés coopératives enregistrées dans le secteur de l’élevage, l’hydroponique et les credit unions (NdlR, société de crédit). Il faut vulgariser DAVANTAGE les bienfaits du mouvement coopératif. Je suis optimiste que les jeunes et les femmes vont former des coopératives et prendre avantage de tout ce qu’offre le mouvement.

Justement, quel secteur conseillerez-vous à ces jeunes ?

Et pourquoi ? Il y a une certaine croyance que le secteur coopératif est réservé à l’agriculture et à l’élevage. Une société coopérative est un modèle d’entité qui peut être utilisé pour n’importe quel business. Il y a plein d’opportunités notamment dans les TIC, le service financier, les centres d’appels, l’énergie verte.

Lors du lancement du Cooperative Development Fund, vous avez qualifié les quatre différents plans d’aide de «du jamais-vu». Pourquoi ?

Le Cooperative Development Fund est un fonds géré par le ministère dans lequel sont versées les contributions annuelles et la contribution quand une coopérative est créée. Ce fonds a accumulé des sommes importantes. C’est très rare qu’on utilise cet argent puisque ce fonds appartient à ces différentes sociétés coopératives. C’est pour cela qu’on a mis en place quatre plans pour venir en aide aux sociétés de manière responsable. On dépense judicieusement pour l’ensemble du mouvement coopératif.

Pourtant, récemment, on a vu que des coopératives ont été placées sous administration judiciaire ou mises en liquidation…

En effet. Certaines sociétés ont été mises sous administration à cause d’une mauvaise gestion. Le Registrar of Cooperatives peut nommer un Caretaker Board (NdlR, comite intérimaire). Si une société n’envoie pas ses comptes, ses returns (rapports), n’est jamais présent, le Registrar peut enlever cette société du registre. Si jamais elle a des actifs notamment un bâtiment ou une portion de terrain, on les vend. Tout l’argent récolté après la vente est versé dans le Cooperative Development Fund. La loi est claire. On respecte la loi dans sa rigueur.

Le scandale à la Vacoas Popular Multipurpose Cooperative Society n’a-t-il pas fragilisé ce secteur ?

On a modifié la loi afin que tous ceux qui dirigent les sociétés de crédit soient plus responsables. S’il y a maldonne, ils seront appelés à répondre devant une cour de justice. Il y a pas mal de ces sociétés qui ont été créées. Une recommandation de la Commission Justice et Paix est d’en mettre en place dans les poches de pauvreté. Le but est d’aider les gens qui n’ont pas les moyens d’emprunter à la banque. Les credit unions n’ont pas beaucoup de conditions attachées. Il y en a eu à Trou-d’Eau-Douce, Camp-Le-Vieux, Surinam, et on va créer d’autres encore. En ce qui concerne Vacoas Popular, la société n’a pas encore sorti la tête hors de l’eau. Elle a des projets en cours. L’appel que je fais à quelques sociétés de crédit, c’est qu’il faut absolument réduire les frais d’opération puisqu’il y a une baisse considérable du taux d’intérêt à l’emprunt. Il y aura moins de revenus en termes d’intérêt à partir des prêts qu’ils vont débourser. Je regrette que quelques sociétés coopératives, que je ne vais pas nommer ici, font fi de cette recommandation. Mais elles devront assumer leurs responsabilités.

Où en est-on avec le secteur lait aujourd’hui, après la visite d’un ex- pert indien ?

On a eu un rapport et le financement pour l’achat d’un véhicule réfrigéré. On a fini de préparer l’appel d’offres. Beaucoup plus de coopératives se forment dans l’élevage. Mais il n’y a pas la masse critique. Ce business demande des environnements spécifiques. Il faut avoir le terrain, respecter l’environnement et avoir des vaches avec une production de 30 à 40 litres de lait. Il faut aussi que les gens aient cette passion. C’est un secteur difficile mais il a beaucoup de potentiels. Ça rapporte mais il faut que les conditions soient réunies. Ce sera un peu lent mais on est déterminé à aller de l’avant. La progression sera lente vu l’exigence de ce business.

Quid du secteur de la pêche ? Pourquoi est-il si négligé ?

 Il y a trois Maisons de pêcheurs, à Tamarin, Mahébourg et Cap-Malheureux. À chaque fois, les différents gouvernements ont dépensé de l’argent mais celles-ci n’ont jamais fonctionné. On va les rénover et les opérer. Les procédures sont en cours. On note de l’enthousiasme et de la motivation parmi les pêcheurs.

Parlons du National Cooperative College. Comment aidera-t-il les coopératives à se développer ?

Et quand sera-t-il opérationnel ? La formation, comme dans d’autres secteurs, est très importante. On a organisé des ateliers de travail, des sessions de formation afin de promouvoir les coopératives. Cela a suscité beaucoup d’intérêt parmi les membres existants et les nouveaux membres. Le mouvement coopératif comptera 104 ans cette année. La première société a été formée en 1913. Le mouvement a participé énormément au développement économique et social du pays afin d’assurer sa survie. Le Capacity Building est important. Il faut un local avec des facilités et des logistiques adéquates pour s’assurer que le développement coopératif soit garanti. L’idée du National Cooperative College existe en Inde, en Malaisie et ailleurs. Il y aura beaucoup plus de cours bien structurés avec des formateurs expérimentés dans différents secteurs. Pour le moment, le bâtiment est en rénovation. Il sera prêt fin décembre ou début janvier.

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