Barkly: Ranini, la championne de boxe thaï qui a mis K.-O. les ministres

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Barkly: Ranini, la championne de boxe thaï qui a mis K.-O. les ministres

Barkly: Ranini, la championne de boxe thaï,  a interpellé les ministres: « Zot pou capav get zot dan ene la glas?»

«Nou pa bann sovaz mé zot finn azir sovazman ar nou. Kan ou amenn la tizann apré lamor, li normal ki dimounn pa pou kontan…» Ranini Cundasawmy a sorti le gant de boxe oral. Cette sportive hors pair, championne du monde de boxe thaï, n’a pas hésité, lundi, à dire le fond de sa pensée à quelques ministres et élus, dont Étienne Sinatambou et Ivan Collendavelloo. Qui s’étaient rendus à Barkly pour écouter les doléances des habitants dont les maisons et murs ont été détruits dans le sillage du projet Metro Express.

Cela fait dix ans que Ranini a quitté la région. Mais son coeur y est toujours. Tout comme sa maman qui est sourde-muette ainsi que son frère. Ce combat, c’est surtout pour eux qu’elle le mène. Et tant pis si, pour cela, il faut balancer quelques uppercuts verbaux à la tête des ministres.

Il fallait que «ça sorte». Car, depuis que l’exercice de démolition a démarré, vendredi, Ranini ne peut fermer l’oeil. Elle s’inquiète pour les siens. Son frère, Rajesh Dimba, dit-elle, a consenti à d’énormes sacrifices pour pouvoir construire la maison dans laquelle il habite avec leur maman. «Malgré le document qu’ils ont reçu ce jour-là (NdlR, vendredi), les policiers ont continué à tout casser en disant qu’ils avaient ‘reçu des ordres’. C’était un ordre de la cour, mé zot pa ti pé anvi konpran», affirment en choeur Ranini et Rajesh.


 

Pour eux, tout comme pour d’autres habitants de Barkly, c’est une partie de leur vie qui s’en est allée. Ils pleurent aujourd’hui leurs souvenirs. «Je ne peux voir la souffrance de maman, qui, de plus, n’arrive pas à s’exprimer de par son handicap. Je ne peux pas voir la douleur de mon frère adoré qui a mis tant d’efforts dans la construction de cette maison…» Leurs rêves, leur vie paisible, ont été anéantis par les bulldozers….

Rajesh, 31 ans, est tout simplement dévasté depuis vendredi. Le moral est en ruines. «J’ai économisé chaque roupie, chaque sou, j’ai travaillé dur afin de construire cette maison.» Cela fait trois ans qu’il a entrepris des travaux. Mes neveux ont pour habitude de venir jouer chez nous et le jour de la démolition, personne n’a pris la peine de s’assurer qu’ils étaient à l’intérieur avant de commencer la démolition.

Sa maman Premila, n’a pas entendu quoi que ce soit, étant sourde et muette, rappelle le jeune homme. Du coup, elle s’est retrouvée nez à nez avec les bulldozers. «Je peux vous dire qu’elle est choquée depuis et le pire est qu’elle ne peut pas s’exprimer et n’arrive pas à se défouler. Voir ma maman souffrir me fait encore plus souffrir….» confie ce dernier, les larmes aux yeux. Sa voix, elle, est à peine audible. Rajesh est submergé par l’émotion.


 

Cela fait plus de trente ans que la famille habite Barkly. Auparavant, les maisons étaient en tôle et c’est parce qu’ils ne voulaient pas rester à l’écart du développement et du progrès, justement, que les habitants ont, chacun à leur façon, retaper leurs maisons. Aujourd’hui, «on se fait expulser comme des malpropres».

Ainsi, en prenant la parole et le micro, lundi, Ranini a exprimé la colère non seulement de ses proches mais également des autres habitants lésés par le Metro Express. «Zot inn vinn kol papié lor miray pou pouss dimounn. Zot pann vinn frontalman ek aster zot dir nou sovaz ? Même si ce sont-là des terres qui appartiennent à l’État, est-ce la une façon de faire ?» a argué la championne face aux ministres. En précisant qu’elle n’était pas là en tant que sportive mais en tant que «zanfan Barkly». Et d’ajouter : «Mo mama sour mué ti dan sa lakaz-la. Li ti kapav krazé si pa ti aret bulldozer. Mo démann mwa si zot ti pou kapav get zot dan enn laglas si li ti mor…»

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