Nadeem Nazurally: «Tout ce qui pollue sur la terre finira dans la mer»

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Nadeem Nazurally, président d’Ecomode Society

Nadeem Nazurally, président d’Ecomode Society

Nadeem Nazurally, chargé de cours à l’université de Maurice, voue une passion à la biodiversité marine. Il passe le plus clair de son temps professionnel à faire des recherches sur la conservation marine et l’aquaculture. Son temps libre est dédié à Ecomode Society, qu’il préside. Cette association fait partie des équipes à la base de la suspension de la pêche à l’ourite.

Comment est née Ecomode Society ?

Nous étions 11 étudiants, de groupes d’âges différents, et d’autres qui travaillaient déjà. Nous avions tous envie de faire quelque chose. Nous nous sommes demandé pourquoi ne pas créer une association et travailler sur la conservation de la biodiversité, comment gérer les déchets, et moi j’y ai ajouté un aspect de conservation marine. Nous avons formé l’association en octobre 2012. Malheureusement, avec les obligations des cours et du travail, nous n’étions pas aussi actifs que nous le voulions. Nous travaillons sur des petites campagnes de nettoyage et de sensibilisation.

À quel moment Ecomode Society a-t-elle eu plus de travail ?

Nous avons fait de la recherche pendant presque deux ans, et en 2015 l’association a un peu ralenti. Mais en 2016, avec l’arrêt de la pêche à l’ourite décidé par le gouvernement, nous nous rendons un peu plus visible. J’ai soumis une proposition, qui a été approuvée par la Global Environment Facility et financée par l’United Nations Development Program. Nous avons participé aux campagnes de sensibilisation sur l’arrêt de la pêche à l’ourite. Nous avons travaillé en collaboration avec la Mauritius Marine Conservation Society et Reef Conservation. Nous avons travaillé ensemble parce que c’est ce en quoi je crois. La collaboration est importante. Nous travaillons vers un objectif que seul, nous ne pouvons atteindre. Encore moins par rapport à la conservation. J’ai rassemblé une équipe de jeunes qui cherchaient à avoir de l’expérience. Je leur ai laissé mener le programme à bon port avec leur propre travail et cela a été un succès. Cette année, nous participons encore au programme de l’arrêt de la pêche à l’ourite.

Vous parlez d’une équipe de jeunes. Représentent-ils la majeure partie de l’association ?

Nous avons environ une trentaine de membres jeunes dans l’association, mais quand nous organisons des campagnes de nettoyage, par exemple, rapidement on en voit beaucoup plus se joindre à nous. Je suis débordé de travail à mon poste, et je n’ai souvent pas le temps. Mais ces jeunes sont motivés pour faire le travail. Que ce soit ceux en deuxième année ou les diplômés. Certains viennent pour avoir une expérience professionnelle, ou bien pour meubler leur temps libre. Nous essayons de rémunérer ceux qui travaillent avec nous, ce n’est pas une somme importante mais raisonnable. Ces jeunes, je m’en fais de plus en plus la remarque, ont vraiment envie de garder le pays propre.

Et ils ont les mains libres ?

En partie. Je les supervise mais ils viennent de l’avant avec leurs propres idées, souvent novatrices, avec leur propre vision. Ils font des propositions et je les aide. En général, il y a plusieurs choses qu’ils font par eux-mêmes et ils organisent tout. Ils vont même chercher leurs propres fonds et sponsors.

Pourquoi donner tant de temps à l’associatif ?

Cela m’aide à acquérir de l’expérience avec les autres organisations non gouvernementales (ONG) et les jobs que j’ai eus. Faire partie d’ONG et des associations m’a sorti de mon contexte purement académique. Cela m’a permis d’avoir de l’expérience sur le marché du travail. Où ce que je sais doit être appliqué et pas seulement l’aspect théorique. C’est un bonus pour les jeunes.

En tant que personne engagée, êtes-vous gêné par la façon dont les Mauriciens traitent leur lagon ?

Le vrai problème c’est que les gens ne comprennent pas l’impact que cela a quand ils polluent. Prenons l’exemple du plastique. Les sacs sont interdits à Maurice mais on en trouve encore ; puis, il y a les assiettes et les gobelets. Les gens se débarrassent de tout n’importe comment et cela finit par se retrouver dans la mer. Il faut plus de travail de sensibilisation. Les gens ne se rendent pas compte du nombre d’années qu’il faut avant que le plastique ne se désagrège, mais il ne disparaît jamais de l’environnement. Tout ce qui pollue sur la terre finira en mer.

Et la protection du lagon ?

Il y a plusieurs projets à long terme en cours, dont la plantation de corail mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut aller plus loin et trouver la solution au problème. Sinon, tout le travail réalisé le sera pour rien. Le souci c’est que la dégradation prend une seconde mais la réhabilitation prend du temps et beaucoup d’argent.

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