Un avenir professionnel possible pour de jeunes sourds

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Les interprètes de l’Ecole des sourds ont facilité la compréhension.

Les interprètes de l’Ecole des sourds ont facilité la compréhension.

D’avril à août, une quinzaine de jeunes atteints de déficience auditive, âgés entre 17 et 21 ans, ont suivi une formation professionnelle chez Business Mauritius en vue de faciliter leur insertion dans le monde du travail. Zoom sur ce programme, à l’approche de la Journée mondiale des sourds, le 23 septembre.

Dans la salle de formation de Business Mauritius à Ebène, une quinzaine de jeunes sont attentifs aux concepts partagés. Le thème du jour : Introduction to Management. Le formateur pose verbalement les points importants et ceuxci sont traduits en langue des signes par deux interprètes. Les exemples imagés fusent pour étayer les idées et les rendre plus claires. Les jeunes participants viennent tous de l’Ecole des sourds de Beau-Bassin, qui est gérée par la Society for the Welfare of the Deaf.

Les jeunes apprenants espèrent que cette formation débouchera sur un métier.

C’est sous l’Office and IT Skills Programme for People with Disabilities de Business Mauritius (voir ci-dessous) que cette formation professionnelle a débuté. Celle-ci, qui vise à préparer les jeunes concernés au monde de l’emploi, était la prochaine étape après le cursus secondaire élaboré pour eux depuis 2010 par la Society for the Welfare of the Deaf avec le soutien de la Fondation CIEL Nouveau Regard.

Les jeunes de l’Ecole des sourds de Beau-Bassin suivent le même programme que les personnes entendantes, bien que plus imagé car, comme l’explique Arrtee Bissoonauthsing, responsable de la Society for the Welfare of the Deaf, les personnes porteuses d’un handicap auditif sont des visual learners. Ils sont ainsi généralement bons dans des métiers comme le graphisme. «À l’Ecole des sourds, nous nous servons beaucoup d’outils visuels car il est important de schématiser chaque concept», indique-t-elle.

C’est suite à une évaluation des besoins et des désirs des jeunes de l’école que les différentes aspirations professionnelles ont été évaluées. «Nous voulions qu’ils soient employables, qu’ils aient les compétences nécessaires pour évoluer dans la société, mais nous voulions aussi aller dans le sens de ce qu’eux souhaitaient», précise Arrtee Bissoonauthsing. Certains des jeunes ambitionnent de travailler dans l’univers de l’hôtellerie, d’autres ont manifesté l’intérêt d’occuper des fonctions administratives dans des bureaux, et d’autres encore veulent être vétérinaires.

Les participants étaient âgés entre 17 et 21 ans.

C’est ainsi que 23 jeunes de plus de 18 ans ont suivi des cours en housekeeping auprès de l’Ecole hôtelière, sous le parrainage du ministère de l’Education. Ce sont 14 autres jeunes, qui ont, pour leur part, suivi l’Office and IT Skills Programme for People with Disabilities chez Business Mauritius. D’autres jeunes issus de l’Ecole des sourds ont déjà intégré le monde du travail, «un premier placement professionnel ayant déjà été fait avec le concours de KFC et quelques jeunes ont été placés dans différentes branches», poursuit la responsable. Cette étape s’est très bien passée, malgré quelques difficultés initiales.

«Pour l’Office and IT Skills Programme, nous avons lancé le projet sur une base pilote, en débutant avec les jeunes qui venaient de terminer leur cursus secondaire avec nous», poursuit Arrtee Bissoonauthsing. Les premières semaines de formation révèlent un grand intérêt de la part des jeunes participants. «Ils étaient pratiquement tous présents et à l’heure tandis qu’à l’école, ils sont souvent en retard, et ils ont démontré un désir d’en apprendre davantage. »

C’est en alternance que la formation est effectuée – à raison de trois jours par semaine à Business Mauritius et deux autres jours à l’Ecole des sourds pour des cours complémentaires. Actuellement, Business Mauritius essaie de les placer en stage pour une immersion en entreprise, afin qu’ils mettent en pratique les théories apprises.

L’étape d’insertion professionnelle est importante pour les jeunes. «Déjà avec le cours», explique Arrtee Bissoonauthsing, «nous voyons qu’ils se sentent valorisés. Ce gain de confiance les motive à aller plus loin. D’ailleurs, cela nous a permis de réfléchir sur les moyens de les aider à avoir confiance en eux dès le plus jeune âge, soit dès les premières années à l’école.»

Des cours en langue des signes

Puisque le gros problème de la personne avec un handicap auditif est la communication entre entendants et non-entendants, la présence des interprètes pour animer, en simultané, la formation «Office and IT Skills for People with Disabilities» en langue des signes, était essentielle.

Pour Danièle Ramos et Pratima Devi Lokhun-Mooklall, les deux interprètes de la «Society for the Welfare of the Deaf», qui ont aidé à cette retranscription simultanée, cette première fois était intéressante mais difficile. Expliquer les concepts de management et de communication en langues des signes est compliqué, certains termes techniques étant difficilement accessibles aux apprenants.

Danièle Ramos est l’une des interprètes en langue des signes de la
Society for the Welfare of the Deaf.

«Nous nous y sommes pris, avec un grand soutien du formateur, en élaborant les différents thèmes en jeux de rôles, de mises en situation, et en les appuyant de visuels et de vidéos», explique Danièle Ramos. Selon elle et sa collègue Pratima Devi Lokhun-Mooklall, la personne atteinte de déficience auditive prend, apprend et réfléchit en images. «La personne sourde évolue dans un monde à elle. Je l’ai appris en commençant à travailler avec eux. La société a tendance à penser que le problème vient d’eux, alors que le problème de communication entre entendants et malentendants vient de nous, les entendants !» poursuit Danièle Ramos.

Difficile aussi de tenir le rythme d’expliquer tout un cours en langues des signes. Raison pour laquelle la présence de deux interprètes était nécessaire, afin que l’une puisse relayer l’autre.

Pratima Devi Lokhun-Mooklall est l’autre interprète de la formation.

La présence même des interprètes trois fois la semaine à Ebène était un défi pour la «Society for the Welfare of the Deaf», qui ne dispose que de trois interprètes pour le moment. Ces derniers interviennent aussi à l’Ecole des sourds dans ses 19 classes de niveaux primaire et secondaire.

A noter qu’une formation des formateurs (Train the Trainers) donnée par la «Indian Sign Language Interpreters Association» est en cours à l’intention de cinq futurs interprètes en langues des signes. Elle a débuté en janvier 2017 et prendra fin en février 2018. Les futurs interprètes donneront ensuite des formations en langue des signes aux membres du public.

Focus sur le programme de formation

«Le programme de formation mis en place pour les jeunes de l’Ecole des sourds comporte trois composantes principales», explique Dhiruj Ramluggun, responsable de l’unité de formation et développement de Business Mauritius. La première concerne la formation elle-même. La seconde comprend un appui psychologique aux participants – «en groupes et en individuel, car nous avions remarqué qu’il y avait le besoin de rehausser le niveau de confiance des participants en leurs capacités avant qu’ils n’intègrent le monde du travail». La troisième étape est celle du stage en entreprise – «nous souhaitons les placer en situation de travail dans des sociétés en nous assurant qu’ils recevront une attestation de stage par la suite».

Le but de cette troisième étape est aussi de les initier à l’interaction avec les personnes dans le monde du travail, ainsi qu’à la culture et aux codes de la vie en entreprise. «C’est un grand défi ! Malgré la loi existante pour augmenter l’embauche des personnes porteuses de handicap, les entreprises hésitent à les intégrer, notamment pour les personnes atteintes de déficience auditive – cela demande que l’environnement du travail s’adapte aux recrues et que les employés soient formés pour accueillir la personne au sein de l’équipe.»

Dhiruj Ramluggun est responsable de l’unité de formation et développement de Business Mauritius.

Business Mauritius est actuellement en pleine recherche de stages pour les 14 participants. La durée minimale de stage est d’un mois et Business Mauritius s’occupera des allocations qui seront payées aux participants.

L’Office and IT Skills for People with Disabilities est un programme déjà existant, qui a été révisé il y a trois ans. «Nous l’avons envoyé à Arrtee, la responsable de la Society for the Welfare of the Deaf, et à sa demande, nous avons inclus d’autres concepts plus adaptés, notamment un volet sur le design. Nous avons aussi eu une session de travail avec les chargés de cours, consultants, formateurs et différents professionnels qui évoluent dans les industries concernées», indique Dhiruj Ramluggun.

A noter que la formation comprend une partie sur la communication de base dans le monde du travail – soit comment se préparer à un entretien d’embauche, rédiger un Curriculum Vitae, etc. Ce programme a été lancé par le Business Mauritius CSR Fund avant l’existence du CSR.


Contacts utiles :

Business Mauritius | 466-3600 | Email : training@businessmauritius.org
Society for the Welfare of the Deaf (et l’Ecole des sourds) | 464-3834 | Email : swdeaf@gmail.com
Association des parents de déficients auditifs | 676-4681 | Email : hearapda@gmail.com

Page réalisée par Caroline Assy-Sohun,
Coordinatrice ACTogether

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