La Butte et Résidence Barkly: opération séduction des politiques ?

Avec le soutien de
Azam Rujubali partageant sa détresse avec sa sœur.

Azam Rujubali partageant sa détresse avec sa sœur.

Rien ne va plus à La Butte et Résidence Barkly. Depuis que l’ordre intérimaire de la Cour suprême a mis un frein à la démolition des maisons se trouvant sur le tracé du tramway, c’est l’incertitude qui règne chez ces familles. Azam Rujubali, dont la maison doit être détruite, déplore la manière de faire des autorités. Quant aux membres de l’opposition, leur présence sur le terrain n’est pas passée inaperçue…

Récupération politique

Ils arpentent les rues de La Butte et de Résidence Barkly, serrant les mains, discutant avec les familles déplacées. On se croirait en pleine campagne électorale. C’est à un véritable défilé de politiciens que les habitants de ces deux localités assistent depuis vendredi. Les politiciens de tous bords ont tenu à témoigner leur soutien aux habitants. Ou était-ce une opération séduction ? Profitent-ils de la cote en chute libre du gouvernement Lepep pour marquer des points ?

La présence la plus remarquée et commentée était sans conteste celle de Shakeel Mohamed. Beaucoup ont salué son accès de colère et la manière dont il a tenu tête aux hommes en bleu. Le député rouge s’est voulu le représentant de la famille Rujubali, contrainte d’abandonner sa maison pour que le Metro Express puisse être sur les rails en 2019. Un geste acclamé qui, pourtant, suscite des interrogations. «Aurait-il agi de la même manière s’il n’y avait pas les caméras ?» se demande une internaute.

À plusieurs reprises, le chef de file du Parti travailliste (PTr) au Parlement a mis en avant le fait que le timing du gouvernement n’était pas approprié, que ce soit au niveau de de la date ou de l’heure. 

Outre Shakeel Mohamed, l’état-major du PTr était aussi présent vendredi pour partager sa consternation. Navin Ramgoolam n’a pas manqué de faire ressortir qu’il aurait agi différemment pour réaliser ce projet. «Il y aurait, certes, eu quelques relocalisations, mais cela ne se serait pas fait comme cela», a-t-il déclaré. L’ancien Premier ministre n’a pas hésité a demandé aux Mauriciens de réagir et de descendre dans la rue, «dans la légalité»

Le leader de l’opposition a aussi fait le déplacement à Résidence Barkly et à La Butte dans la matinée du samedi 2 septembre. Entouré de plusieurs membres du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), il a soutenu que le gouvernement «met en péril la paix sociale du pays». Il déplore aussi le timing, à la veille de la fête Eid-ul-Adha. «Si ti éna enn dialog ek enn konpansasion adékwa, péi la ti pou an pé sa zour-la», a-t-il lancé. Comme son ancien partenaire politique, il a menacé d’organiser une «manifestation monstre» si aucune solution n’est trouvée.

D’autres figures politiques ont imité le mouvement. Patrick Assirvaden, Rajesh Bhagwan, Guito Lepoigneur, Veda Baloomoody, Patrice Armance, Mahmad Kodabaccus, Arvin Boolell, Mireille Martin et Dan Baboo ont aussi rendu viste aux familles déplacées.

Pour Lindsay Morvan, il est clair que chacun essaie de grappiller un capital politique. «Si l’opposition était au pouvoir, il y aurait le même problème, car le tracé était le même. Il y a beaucoup de démagogie autour», a rappelé le président du Mouvement pour le progrès de Roche-Bois. Cependant, il a tenu à préciser que le problème principal est la communication du gouvernement. Selon lui, il aurait fallu définir les conditions de relogement avant de procéder à la démolition des maisons.

Pas contre l’idée de partir, mais…

Chez les Rujubali, l’émotion est toujours aussi vive. «Les policiers l’ont traînée. Ils ont déchiré ses vêtements. Mo garson inn blésé o nivo so lébra», raconte Azam Rujubali à tous ceux qui viennent lui exprimer leur soutien. Il affirme qu’il ne s’oppose pas à l’idée de quitter les lieux. C’est simplement la façon de faire du gouvernement qui a créé des tensions. 

Les travaux de démolition, vendredi 1er septembre, à La Butte.

«À la radio, ils avaient dit que les démolitions se feraient la semaine prochaine au lieu de la date butoir du 31 août, ce qui m’aurait laissé le temps de fêter tranquillement avant de déménager. J’avais déjà pris des dispositions pour cela d’ailleurs», explique-t-il, en larmes.

Mais le délogement des habitants de La Butte ne date pas d’hier. Sous le PTr, les négociations avaient déjà débuté. Dr Abu Kasenally, ancien ministre du Logement et des terres, n’en démord pas. La crise de vendredi aurait pu être évitée si le gouvernement avait géré la situation autrement. 

«J’avais prévu de mettre en place un task force pour rencontrer ces gens et trouver une solution pour chacun d’eux», a-t-il expliqué. Pour ce membre du PTr, il fallait compenser les habitants des State Lands par d’autres parcelles de terre de l’État.

Où partir ?

Entre-temps, les habitants de La Butte et Résidence Barkly se demandent où partir. «Si zot inn gagn plas minis sé gras a nou», lance Sahida Ramatally. Sa mère Sayroon Ramatally, âgée de 90 ans, a assisté à la démolition de sa maison à Résidence Barkly, sans rien pouvoir faire. Soixante ans qu’elle y vivait. 

Sahida Ramatally souligne que sa famille n’est pas squatteur. Elle ne comprend pas la démarche du gouvernement, mais exige une maison adéquate pour sa mère. «Zot mem dir bizin get vié dimounn bizin protez zot, apel sa protez vié dimounn ?» demande-t-elle. Et d’ajouter : «Si to ti pé pran kont vié dimounn to ti bizin rod enn plas pou li avan lerla kraz so lakaz.» 

Également confuse, Sonia Lepoigneur raconte qu’elle n’était pas au courant que la maison qu’elle louait allait être détruite. Elle a été surprise de voir des bulldozers, pelleteuses et des policiers débarquer vendredi. «C’était comme s’il y avait une émeute», relate-t-elle. «Je suis d’accord que les autorités prennent la maison, mais qu’ elles m’aident à trouver une autre. Nous sommes quatre adultes et trois enfants. Et le plus petit a 8 mois. Expliquez-moi ce que je dois faire ?»

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