Arnaud Carpooran: doyen de la faculté des sciences sociales et des humanités à l’UoM

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La faculté des sciences sociales et des humanités fête ses 25 ans d’existence. Son doyen nous livre sa vision et ce qu’il compte faire pour que le «parent pauvre» de l’UoM soit plus respecté en tant que faculté.

Pour ses 25 ans d’existence, la faculté modifie son nom, passant de «social studies» à «social sciences». Est-ce pour faire plus sérieux ? 

Non, ce n’est pas ça. Il y a trois raisons qui motivent ce changement : c’est plus en phase avec la terminologie utilisée actuellement. Et puis, les sciences, c’est exactement ce que nous faisons à la faculté. La preuve, en français, c’est sciences sociales. C’est donner une dimension scientifique à des sujets que beaucoup de scientifiques ne considèrent pas comme tels, dont la littérature. 

Il y a une perception que les humanités ne relèvent pas des sciences. D’ailleurs, elles sont à part, en dehors des sciences sociales. La troisième raison, c’est qu’il existe, au sein de la faculté, un département de social studies qui comprend la sociologie, la psychologie, la communication, le travail social (social work). À côté de cela, il y a le département d’économie, qui n’est pas le même que celui des social studies. Ce qui veut dire que l’économie ne se retrouvait pas dans l’appellation de la faculté.

Au-delà de l’opération cosmétique, ce changement de nom correspond-il à une volonté de renouvellement ? 

À mon arrivée comme doyen de la faculté, lors de mon premier discours officiel, j’ai dit qu’il fallait un retour à l’essentiel. Redécouvrir le sens de chacun des mots qui composent le nom de la faculté des sciences sociales et des humanités. J’ai l’impression que beaucoup de personnes ne comprennent pas ce nom. Dans le cas des humanités, les dérivés sont les valeurs humaines, les droits humains, la définition de l’homme.

Ceux qui ne comprennent pas le sens des humanités sont-ils sur le campus de Réduit ? 

Tout à fait : étudiants et universitaires. Si quelqu’un visite le site Web de la faculté, à la rubrique qui détaille sa mission et sa vision, le mot «humanités» n’apparaît pas. Nous invitons toutes les parties concernées à replacer l’humain au centre des préoccupations académiques, de la recherche, dans un contexte de perte des valeurs humaines.

C’est une faculté mal aimée ? 

Oui. Il y a la perception que c’est le parent pauvre de l’université. Jusqu’à tout récemment, dans l’administration de l’université, il y avait des personnes issues des sciences ou de l’ingénierie, avec une façon de regarder les choses formatée par les sciences pures. 

En tant qu’universitaire, il fallait travailler beaucoup plus pour être pris au sérieux. Par exemple, quand un sociologue intervenait sur une radio, on disait que cela n’était pas académique, que c’était une opinion. Or, le sociologue s’exprime en tant que professionnel. C’est pour cela que pour évaluer les universitaires, il faut prendre en compte le facteur humain dans notre faculté.

Concrètement, comment replacer l’humain dans un programme académique ? 

Dans toutes nos discussions, nous avons dit aux universitaires de s’assurer que le facteur humain est pris en compte, même quand on fait de l’économie. Dans le cas des social studies, c’est un domaine qui est confronté à toutes les questions sociétales, les universitaires ne peuvent se contenter d’écrire des papiers sur le sujet, sans se sentir concernés par ces questions. Et non pas proposer des solutions, mais poser les bonnes questions.

Vous demandez à toute la faculté de s’engager dans des actions ? 

L’engagement communautaire doit être dans le mandat de la faculté. Que ce soit en économie, en histoire, en sciences politiques, etc. Nous sommes les plus concernés par ce qui se déroule autour de nous. Nous ne pouvons pas nous enfermer dans une tour d’ivoire. Donner des cours, écrire des papiers qui seront publiés dans des revues internationales, gagn promosion, monté. C’est aberrant qu’un universitaire ne se sente pas concerné par ce qui se passe autour de lui, sur le plan social, humain etc…

L’une des critiques qui reviennent le plus souvent, c’est que les universitaires sont absents des débats publics. 

Je suis tout à fait d’accord avec ce point de vue. Mais tout le monde n’est pas comme cela. Certes, on entend Christina Chan-Meetoo, Roukaya Kasenally, mais elles font figure d’exception. Il y a Jocelyn Chan Low, Sheila Bunwaree…

Mais ils ne sont plus à la faculté. Le jour du Budget, on ne se souvient pas de l’analyse d’un universitaire du département d’économie. 

C’est ce que j’ai dit lors des rencontres avec les chargés de cours. Ce n’est pas normal de ne pas prendre la parole quand il y a une actualité qui concerne directement le département.

Comment a été accueillie, au sein de la faculté, cette invitation à faire entendre sa voix ? 

Ils ont tous été contents. Le thème de la semaine de la recherche, qui aura lieu dans le courant de septembre, sera axé dessus. Nous invitions l’ensemble de la faculté à s’impliquer davantage au sein de la communauté.

Cette directive est-elle verbale ou formelle ? 

C’est formalisé dans le cadre des activités pour les 25 ans de la faculté. Par exemple, j’ai rencontré Irène Alessandri de l’APEIM pour mettre en place un audit autour des nombreuses questions qu’elle a soulevées sur l’enseignement spécialisé (NdlR, Irène Alessandri s’est retirée fin juillet). 

Revenons au département d’histoire. Vous avez mentionné Jocelyn Chan Low qui a pris sa retraite de la faculté. Vijaya Teelock n’est pas loin de lui emboîter le pas. Qu’en est-il de la relève ? 

Je suis assez inquiet que cette génération de colosses – avec Sada Reddi – soit sur le départ. Il faudra maintenant fabriquer une nouvelle génération d’historiens, pour qu’ils marchent dans les pas de leurs aînés. Cela fait partie des projets de l’université : que tous les enseignants aient un doctorat dans les quatre à cinq ans à venir. Il y a un rajeunissement du personnel. Aujourd’hui, l’un des plus anciens de la faculté, c’est moi. Mais je n’ai pas l’impression d’être si vieux.

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