Rivière-Noire: À la rencontre d’anciens travailleurs des salines

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Alice Rebais (au centre) et sa belle-fille ont travaillé dans les salines.

Alice Rebais (au centre) et sa belle-fille ont travaillé dans les salines.

Les Salines de Tamarin ont stoppé leurs opérations depuis deux ans. Or, les anciens extracteurs de sel occupent toujours le lieu assigné par leur ancien employeur.

«Cela doit faire environ deux ans depuis que Les Salines de Tamarin ont cessé d’opérer et c’est triste de voir disparaître un pan de l’histoire de Maurice». Celui qui le dit est Raymond Frédéric, âgé de 76 ans, qui a extrait le sel pendant une cinquantaine d’années dans ces salines. Depuis qu’il ne travaille plus, il passe ses journées chez lui en compagnie de sa famillle et deson chat. «Les salines doivent avoir plus de 200 ans à mon avis. C’est triste que le sel n’y soit plus extrait.» 

Il n’est pas le seul à avoir travaillé là.  À quelques mètres du Ruisseau Créole vit une partie des travailleurs de ces salines,  désormais à la retraite. Or, lorsque l’on passe sur la route Royale, si l’on ne fait pas attention, on ne verrait pas ces maisons qui sont comme ‘coincées’ entre les bâtiments en béton les entourant. 

Depuis que les salines ont stoppé leurs opérations en 2015, les plus jeunes ont trouvé un autre travail mais ils n’ont pas déménagé pour autant. Ils vivent encore dans ces maisons assignées par l’employeur de leurs pères et fabriquées à partir de béton, de feuilles de tôle et de charpente où leurs parents ont été installés lorsqu’ils ont trouvé de l’embauche dans les salines. Ici, les murs entre voisins n’existent pas vraiment, les seaux d’eau sont partout et les animaux de compagnie également. 

Travail physique 

La nostalgie submerge les plus anciens. Raymond, affectueusement appelé Ton Raymond, n’a pas d’enfant mais il a pris soin de ses neveux et nièces comme si qu’ils étaient ses enfants. 

Voici où vit la famille Rebais. A dr., Ton Raymond.

«Ce n’était pas facile au début de travailler dans les salines», raconte le vieil homme. «Nous nous levions tôt. À mes débuts dans les années 50, je ne gagnais que Rs 2,25 par jour. La grille salariale s’est améliorée avec l’avènement des syndicats durant les années 70 mais le travail est resté très physique.» 

La majeure partie des travailleurs étaient des femmes, comme Alice Rebais, par exemple. Elle également a 76 ans. Elle a commencé à travailler aux salines à tout juste 17 ans alors qu’elle venait de se marier. Certains membres de sa famille, notamment sa belle-fille Marianne Olivia, avec qui la septuagénaire vit, y ont travaillé eux aussi. Ces années de dur labeur ont eu un impact sur ces personnes qui ont oeuvré dans l’un des points iconiques de l’Ouest. 

Cela n’a pas été simple de cohabiter dans ce coin où toutes les cours des maisons sont reliées les unes aux autres, et où l’on navigue littéralement d’une famille à l’autre en une fraction de seconde. «Notre plus gros problème ici est l’eau. Autrefois, nous avions l’eau courante. Mais depuis que les salines ont fermé, il faut attendre l’arrivée des camions de la Central Water Authority (CWA) pour avoir de l’eau potable», raconte Alice Rebais, entourée de ses enfants et arrière-petits-enfants. Dans cette maison où elle a vécu pratiquement toute sa vie, malgré les problèmes rencontrés, elle persiste à rester là. En fait, elle s’en accommode. 

«L’eau, il faut la recueillir dans des seaux quand le camion vient parce que l’approvisionnement a cessé. Nous venons d’effectuer des démarches pour avoir un compteur d’eau de la CWA», explique Stellie, la petite-fille d’Alice Rebais. «Il a y un autre souci : quand il pleut ou que le réservoir du terrain voisin déborde, notre cour est inondée.» 

Ces personnes ont été prises de court par la fermeture des salines. Leur employeur ne les a pas mis à la porte.  Elles vieillissent et un jour, il ne restera plus d’extracteur de sel. C’est une génération en voie d’extinction.

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