Elles toucheront désormais Rs 9 000: la victoire au bout d’un long combat

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Nathalie Arlanda (la première à partir de la droite) a du faire des choix difficiles pendant de nombreuses années.

Nathalie Arlanda (la première à partir de la droite) a du faire des choix difficiles pendant de nombreuses années.

«Merci». Les femmes cleaners des écoles primaires venues s’enregistrer au bureau de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) avaient toutes ce mot à la bouche, mardi 29 août. Grâce au combat mené par le syndicat, elles toucheront désormais un salaire de Rs 9 000. Contre seulement Rs 1 500 auparavant.

Parmi les personnes présentes hier, Nathalie Arlanda, 37 ans. Employée de la compagnie Mauriclean, cela fait trois ans qu’elle travaille comme cleaner à l’école de Quatre-Bornes. La bonne nouvelle, cette mère de deux enfants âgés de 9 ans et 4 ans l’a apprise en regardant le journal télévisé de la Mauritius Broadcasting Corporation, le lundi 28 août, comme de nombreuses autres cleaners.

«Mo ti pé get info kan inn pas sa nouvel-la, ki nou pou gagn enn lapey Rs 9 000 olié ki Rs 1 500. Sa ler la mo’nn gagn anvi ploré…» Des larmes de soulagement et de joie. Car une nouvelle vie s’offre désormais à sa famille.

Cela n’a pas été facile au quotidien, raconte cette habitante de Quatre-Bornes, de joindre les deux bouts avec un maigre salaire de Rs 1 500. D’autant plus que son époux, qui exerce comme maçon, ne travaille pas tous les jours. «Ena zour li travay mé éna fwa non. Sa ban dernier tanla, so travay inn bien tonbé akoz mové létan», confie-t-elle. «Imazinn ou kouma enn dimounn kapav viv avek Rs 1 500 ? Bann vié dimounn, pensioner pé gagn plis ki sa, alor ki zot tousel ek nou, nou éna zanfan ek lézot responsabilité», fait-elle ressortir.

Choix difficiles

Devant ces difficultés, la famille a dû se résoudre à faire des choix difficiles. Nathalie Arlanda a notamment dû mettre un terme aux leçons particulières que prenait son fils aîné, qui est en Grade 4. Ce n’est pas tout. La mère de famille a également été contrainte de changer son petit dernier d’école. L’enfant fréquentait une école maternelle privée. «Mo pa ti pé kapav pey lékol akoz sa mo’nn bizin aret li pou met li lékol gouvernman.»

Qui plus est, poursuit Nathalie Arlanda, ses enfants, qui voyageaient auparavant dans un van scolaire, ont commencé à «kraz mil» pour se rendre à l’école. «Mwa oubien mo misié nou marsé nou al kit zot», raconte la trentenaire.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé de gagner plus de sous. Nathalie Arlanda a même accepté de faire le travail de deux personnes pour toucher le double de son salaire. «Kan mo’nn fek rant travay, bann misié dan konpani-la ti pé dir mwa ki zot bizin pran ankor dimounn pou travay. Akoz mo sitiasion mo’nn propoz zot pou fer travay dé dimounn pou ki mo gagn doub lapey. Kan mo’nn fini travay enn an bann-la inn aksepté mo propozision ek mo’nn koumans gagn Rs 3 000…»

Questions à…

Ussah Heerah-Yyacootee, cleaner au Manilall Doctor SSS: «Nos sacrifices ont enfin payé»

Ussah Heerah-Yyacootee

Depuis combien de temps travaillez-vous comme «cleaner» ?

Cela fait 15 ans. J’ai commencé à travailler au collège Manilall Doctor, à Lallmatie, en 2002 et j’y suis toujours. Je suis employée par la compagnie Mauriclean.

Quelle est la nature de votre travail ? Pendant combien d’heures par jour travaillez-vous ?

Nous sommes censées travailler quatre heures par jour. Je commence à 8 heures, je sors à 11 heures, pour ensuite reprendre le travail à 13 heures jusqu’à 14 h 30.

Nous avons une liste de tâches. Très souvent, nous restons pendant plus de quatre heures car il y a trop à faire. On nous demande de nettoyer la cour, les couloirs, laver les vitres, les escaliers, les classes et les toilettes. Même si en un jour, nous n’avons pas pu compléter le travail, il est impératif que le lendemain tout soit complété. J’estime que c’est trop de travail pour un salaire de Rs 1 500.

De plus, à l’école, il y a des general workers qui nous mettent la pression et nous faisons aussi souvent leur part de travail.

Quelle est votre situation familiale ?

Je suis mariée, mon époux travaille aussi mais cela ne suffit pas. J’avais trois enfants, mon fils est récemment décédé. Avec Rs 1 500, notre vie n’était pas facile.

Comment avez-vous appris que désormais vous recevrez Rs 9 000 ?

Je l’ai appris à l’école aujourd’hui (NdlR, hier). Une dame qui travaille comme Usher me l’a dit. Je suis très contente car finalement nous avons gagné un long combat. Nos sacrifices ont enfin payé. Pouvez-vous imaginez ce que c’est que de vivre avec un salaire de Rs 1 500 et ne recevoir qu’un boni de Rs 500 à la fin de l’année ? C’est honteux ! Et lorsque nous nous absentons un jour, une somme de Rs 100 est déduite de notre salaire…

Ce que leur propose le gouvernement

Dans un premier temps, les 629 femmes cleaners seront temporairement embauchées comme General Workers sous le ministère de l’Éducation. Elles toucheront de ce fait un salaire de Rs 9 000. La CTSP a négocié pour que leur temps de service soit comptabilisé. Elles doivent enregistrer leurs noms et temps de service avant demain. Par la suite, le Conseil des ministres avalisera, vendredi, les décisions prises lundi, à la suite des négociations entre la CTSP et les Private Secretaries des ministères du Travail, de la Sécurité sociale et des Finances.

«Aster nou kapav viv inpé plis bien»

Au bureau de la CTSP hier, l’humeur était à la joie. Et les cleaners présents n’arrêtaient pas de remercier Jane Ragoo, la porteparole du syndicat. Cette dernière et Reaz Chuttoo s’étaient dits prêts à entamer une grève de la faim aux côtés des cleaners si le gouvernement faisait la sourde oreille à leur revendication pour un meilleur salaire.

«Aster nou kapav viv inpé plis bien parey kouma tou dimounn. Parski nou ti pé santi nou délésé kan nou pansé ki kantité travay nou pé fer ek get saler ki nou ti pé gagné. Sa li réprésant enn gran zafer pou nou tou ek nou zanfan kinn fer sakrifis ansam ar nou», lance Parasmanee, qui travaille comme cleaner elle aussi.

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