Sudhir Sesungkur: «J'ai hérité d'un ministère à problèmes»

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Sudhir Sesungkur, ministre des Services financiers, de la bonne gouvernance et des réformes institutionnelles.

Sudhir Sesungkur, ministre des Services financiers, de la bonne gouvernance et des réformes institutionnelles.

Il a dû tout recommencer lorsqu’il a pris le portefeuille du ministère des Services financiers, de la bonne gouvernance et des réformes institutionnelles. Sudhir Sesungkur affirme qu’il a hérité d’un ministère vide. Il se dit aussi en faveur de la participation de l’alliance gouvernementale à la partielle au no 18, sans qu’elle ne présente un candidat pour autant.

Cela fait huit mois que vous êtes à la tête du ministère des Services financiers, de la bonne gouvernance et des réformes institutionnelles. Quel est votre bilan ?
Les services financiers constituent un gros secteur qui contribue, à lui seul, à hauteur de 12 % au produit intérieur brut. Toutes nos actions et initiatives dans ce secteur visent à placer notre pays dans la cour des grands au niveau international. Pas plus tard que cette semaine, l’Organisation de coopération et de développement économiques a placé Maurice dans la catégorie très sélective des compliant jurisdictions en matière de transparence financière, aux côtés de la Norvège et de l’Irlande. C’est une fierté pour nous. Cela prouve que nous allons dans la bonne direction. À ma prise de fonction, en janvier, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de travail à faire. Il n’y avait pas de cadre technique… Bref, j’ai hérité d’un ministère à problème.

À vous entendre, on dirait que vous avez dû tout recommencer à zéro ?
Absolument. J’ai hérité d’un ministère vide. Je n’ai pas de cadres techniques. L’ex-ministre avait quelques conseillers qui accaparaient tous les dossiers ! À leur départ, il ne restait rien ! Il y a quelques semaines, j’ai parlé au secrétaire au cabinet pour lui faire part de l’urgence de recruter des cadres pour ce ministère, mis en place après les législatives de décembre 2014.

En huit mois, quels ont été les dossiers prioritaires ?
Ce n’était pas les dossiers prioritaires qui manquaient ! Il y a eu le fameux dossier connu maintenant comme l’affaire BAI. Puis le dossier Heritage City. Outre la nomination d’un Chief Executive Officer à la Financial Services Commission (FSC), il a fallu reconstituer le board de cette institution après le départ de plusieurs personnes. Il y a la commission d’enquête mise sur pied pour faire la lumière sur la vente des actions de Britam, qui a amené dans son sillage un manque à gagner de quelque Rs 2 milliards. S’ajoute, à cette liste, la résiliation du contrat de l’accord de non double imposition fiscale avec l’Inde. Ainsi que le dossier de New Mauritius Hotels…Voilà ce que j’ai eu, entre autres, à tacler ces derniers mois.

Justement, où en est-on avec le dossier New Mauritius Hotels ?
L’enquête se poursuit mais je préfère attendre le rapport avant de me prononcer.

Vous avez récemment exprimé la nécessité de recruter des étrangers, notamment pour renforcer la FSC. Qu’en est-il ?
Effectivement, car nous n’avons pas les compétences locales nécessaires pour renforcer les capacités de nos institutions financières. La FSC va bientôt s’enrichir des compétences d’un consultant étranger, issu de la Harvard Law School. Il aura pour tâche de coordonner les travaux des Core Teams constituées par cet organisme pour travailler sur le blueprint que le gouvernement souhaite pour le développement de nos services financiers. Les huit axes retenus dans le cadre de ce blueprint sont : Global Business, Tax and fiscal environment, Capital markets and stock exchange, les assurances, Fund & Asset Management, Legislative framework, le secteur bancaire et les relations publiques et Image Building & International Visibility.

On entend peu parler de l’Integrity Reporting Board. Fonctionne-t-il à votre satisfaction ?
Je ne suis pas entièrement satisfait de son fonctionnement. Il y a un manque de personnel. C’est là où le bât blesse. On va remédier à cette situation. Et j’espère que, dans les mois à venir, il fonctionnera à plein régime.

Parmi les dossiers controversés dont vous avez hérité figure également celui d’Álvaro Sobrinho. Encore une épine dans le pied ?
Les permis d’opération avaient été accordés aux entreprises de Monsieur Sobrinho bien avant que je ne sois nommé ministre. À ma prise de fonction, j’avais fait une première déclaration pour émettre des réserves. Par la suite, j’ai étudié le dossier et il en ressort que la FSC avait effectué une enhanced due diligence, soit un exercice plus approfondi. Il ne faut pas non plus ignorer que le rapport Kroll n’a pas incriminé Sobrinho. Certes, ce rapport fait état des articles de presse qui lui sont défavorables, mais il n’a jamais été condamné. Environ 20 000 compagnies opèrent à Maurice. Pensez-vous que la FSC dispose d’un personnel suffisant pour les surveiller toutes ? C’est impossible. C’est aussi le cas pour d’autres places comme Singapour ou Londres.

Quelle est votre opinion sur le rôle joué par la présidente de la République dans cette affaire?
Ce serait inélégant de ma part de faire des commentaires sur la présidente de la République.

Qu’en est-il des allégations à l’encontre d’un de vos conseillers qui se serait permis de bousculer un policier en fonction devant votre résidence ?
C’est un malheureux incident qui s’est produit alors que j’étais à l’étranger.

On note que cette personne est toujours à vos côtés…
C’est mon ami. Il m’est d’une aide précieuse dans ma circonscription. Je ne renie jamais l’amitié de quelqu’un. C’est un de mes principes.

«La FSC ne dispose pas d’un personnel suffisant pour surveiller toutes les compagnies.»

Même si un de vos amis est impliqué dans un gros scandale, disons dans une affaire de drogue ?
Non. Là, c’est une autre affaire !

Une de vos mandantes a aussi fait des allégations à votre encontre…Vous jouez de malchance ?
C’est une histoire montée de toutes pièces. Je connais bien l’époux de cette femme. Elle, moins bien. Avec l’aide de certains politiciens de l’opposition, elle a essayé de me nuire politiquement. Cela dit, je suis serein et je laisse à la police le soin de poursuivre son enquête. Mais de telles allégations sont blessantes. Savez-vous ce que ma famille et moi avons dû endurer à cause de ces allégations ? On dit qu’un politicien doit avoir la peau dure, comme celle d’un crocodile. Je suis de ceux-là.

Diriez-vous que l’alliance Mouvement socialiste militant-Muvman Liberater est devenue impopulaire ? Peut-elle remonter la pente en deux ans et demi ?
Je ne pense pas que ce soit le cas. Le gouvernement ne s’épargne aucun effort pour améliorer la qualité de vie des Mauriciens. Il n’y a qu’à voir les initiatives lancées, les projets annoncés. Mais les Mauriciens veulent obtenir des résultats très vite. Nous avons besoin de temps. En tout cas, il y a des réformes dans plusieurs secteurs. Vous verrez les résultats en temps et lieu. Ce gouvernement va rééditer l’exploit de sir Anerood Jugnauth dans les années 80.

Une partielle se pointe à l’horizon. L’alliance gouvernementale devrait-elle aligner un candidat ?
Nous en avons discuté dans nos instances. Il y a deux courants de pensée. L’un est en faveur de l’alignement d’un candidat et l’autre non.

De quel côté vous situez-vous ?
Je suis en faveur d’une participation. Mais, pour cela, il n’est pas impératif qu’on nomme un candidat… Cela peut se faire d’une autre façon.

C’est-à-dire ?
On pourrait soutenir un candidat. Mais ne me demandez pas de quel parti, je ne vous donnerai pas de réponse (éclats de rire).

Lors d’une récente évaluation de la performance des ministres par des journalistes de «l’express», vous n’avez pas eu une très bonne note. Qu’en pensez-vous ?
La question que je me pose, c’est comment vous avez jugé mes capacités ou celles de mes confrères. Je ne suis en poste que depuis huit mois. Et depuis, je ne fais que trouver des solutions aux problèmes dont j’ai hérité. Certes, je ne m’attendais pas à figurer dans la top list, mais je sais que je fais de mon mieux pour travailler dans l’intérêt du pays. Le Premier ministre m’a confié les rênes de ce ministère car il sait que je peux deliver. J’ai une vision pour ce ministère. Et ce n’est certainement pas une notation, que j’estime subjective, qui va me dicter la façon dont je fais mon travail.

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