Ajay Daby: «Le rapport de la commission drogue n’atterrira pas dans un tiroir»

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Ajay Daby, ancien commissaire de la Drugs Assets Forfeiture Commission et avocat.

Ajay Daby, ancien commissaire de la Drugs Assets Forfeiture Commission et avocat.

Que pensez-vous du travail abattu par la commission d’enquête sur la drogue de Paul Lam Shang Leen ?

D’abord, il faut souligner que le fonctionnement de la commission drogue que j’avais présidé et de celle-ci est différent. La mienne concernait des enquêtes par rapport aux saisies et la vente des biens des trafiquants de drogue. La commission drogue actuelle a, elle, un mandat spécifique. Je ne vais pas faire de commentaire mais je vais attendre que le rapport tombe et, subséquemment, voir la position des hommes publics.

Quel est votre avis sur la façon dont Paul Lam Shang Leen s’y prend, notamment avec sa stratégie de «naming and shaming» ?

Je ne peux le juger uniquement sur ce que j’entends. J’attends un rapport intransigeant. J’ai vécu 30 ans, après mon speakership, loin de la politique parce que je suis de ceux qui ne compromettent pas les principes de base. Quant à Paul Lam Shang Leen, il assume les conséquences. Il doit s’assurer que les droits fondamentaux de ceux qui portent des allégations sont respectés.

Ce «rapport intransigeant» dont vous parlez, ne risque-t-il pas d’atterrir dans un tiroir quelque part, comme cela a déjà été le cas ?

Ce n’est pas la fin pour «un rapport qui atterrit dans un tiroir». Si on a la volonté de légiférer, le rapport peut même sortir de 100 000 pieds sous terre. D’ailleurs, une clé USB est en circulation depuis la dernière commission sur les courses hippiques. Pensez-vous que cet outil a vraiment disparu ? Ne peut-on pas retrouver la dernière personne à avoir eu accès à cette clé ?

Toujours est-il qu’il faut de la volonté politique pour empêcher le rapport de finir dans un tiroir. Vos commentaires.

Bien sûr. Mais il y a suffisamment de traces pour que ce rapport ne disparaisse jamais et trouve sa place là où il faut. Je suis très optimiste. Something will come out of this. Ce, même s’il y a eu des omissions. On juge une personne par ce qu’elle fait, mais aussi par ce qu’elle ne fait pas. Elle a beaucoup de raisons pour bien faire. Cela dit, il y a des choses qu’on devrait pouvoir faire sans attendre le rapport de la commission drogue, dont la mise sur pied d’une cour de justice pour les cas liés à des délits de drogue.

D’aucuns veulent discréditer la commission. Quels sont les pouvoirs au juste ?

Il y a une faille dans la Commissions of Enquiry Act. Il n’y a pas de sanction en cas d’outrage, comme c’est le cas pour le Parlement. Je pense qu’il y a un problème concernant l’abus d’opinions et de stratégies. Cette commission est, dans une grande mesure, sans défense. Comme n’importe quelle commission d’enquête d’ailleurs.

C’est pour cela que la loi régissant les commissions d’enquête doit faire provision contre des insinuations abusives, des obstructions flagrantes, des complots. Tôt ou tard, ces amendements doivent être apportés. On est en état d’urgence en ce qui concerne le law and order, la drogue et la contrebande. Trois personnes ne sont pas suffisantes pour s’atteler à tout ce travail. La drogue et la contrebande dépendent des portes d’entrée – le port, l’aéroport, la passe des îles – ainsi que des portes de sortie.

À l’époque où vous présidiez la commission d’enquête, y avait-il un défilé d’avocats comme c’est le cas aujourd’hui ?

Enquêter sur des avocats n’était pas dans mes attributions. Sauf si l’enquête concernait la source et la destination de l’argent. Il fallait voir qui le trafiquant fréquentait. Mais il y avait des rappels à l’ordre à l’époque, demandant aux avocats de ne pas effectuer de retrait, par ignorance de la loi ou imprudence, au nom des clients.

Même si vous n’enquêtiez pas sur des avocats, ont-ils cherché à vous rencontrer ?

Oui. Mais je ne les ai pas rencontrés.

Pourquoi ?

S’ils n’ont rien à faire avec moi, je n’ai rien à faire avec eux non plus.

Et s’ils avaient des choses à vous dire ?

Cela ne m’intéresse pas. La loi aurait dû être amendée pour permettre ce genre de conversation. Je veillais à ce que l’argent des trafiquants n’allait pas fer piknik.

Pensez-vous que les avocats qui ont failli à leur tâche doivent être révoqués ?

Notre profession comporte de grands risques. Il y a deux types d’avocats. Le premier, celui qui obtient des chèques tous les mois de grandes compagnies. Lui, il n’a jamais sali la robe noire. Mais d’autres le font. On a prêté serment pour défendre ceux qui ont une présomption d’innocence. On sait qu’on ne défend pas des saints. On accomplit un travail institutionnel. Quant aux détenus, quand vous dirigez une institution, ce n’est pas uniquement pour les juger, mais aussi pour les accompagner. Je les conseillais. Mais depuis, il n’y a pas eu d’accompagnement. C’est devenu une fête foraine. Il faut avoir un comportement digne. Je ne juge pas les avocats. Je dis simplement ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas.

De quelle façon peut-on contrôler les visites des avocats en prison ?

On peut donner une advanced notice. On doit être raisonnable pour que ces visites soient permises uniquement si elles sont professionnelles. On ne peut aller à la prison à n’importe quelle heure car on est bann gran misié.

Avez-vous reçu des appels de la prison ?

Non. J’étais connu pour ma rigueur. C’est ce qui fait qu’on m’a nommé commissaire de la drogue. Admettons qu’un avocat reçoive des appels de la prison. Peut-être que la première fois, il ne savait pas d’où provenait l’appel. Mais après ? Il doit non seulement refuser de prendre l’appel, mais doit aussi le rapporter au commissaire des prisons.

Est-ce que les paroles d’un détenu sont fiables ?

Une commission d’enquête n’est pas une cour de justice. D’un côté, on ne juge pas la personne contre qui des allégations sont portées. Et de l’autre, on est obligé de recueillir les dépositions. Mais la Commission of Enquiry Act fait état que ce sont les preuves qui sont privilégiées (law of evidence shall apply as far as practical).

À votre époque, y avait-il le lien entre les trafiquants et le financement des partis politiques ?

Ce n’était pas dans mes paramètres. J’aurais eu tout le monde à dos. Mo pa ti pou kapav marsé déor.

Que pensez-vous des allégations faites par Peroomal Veeren, jeudi, à l’encontre du Premier ministre ?

Je ne saurai si c’est du sérieux ou du folklore. C’est la commission qui a le pouvoir de statuer ce qu’elle en pense. Et elle doit expliquer sa position.

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