Peroomal Veeren: L’insolent

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Ce doigt d’honneur, sa manière à lui de saluer tout le monde...

Ce doigt d’honneur, sa manière à lui de saluer tout le monde...

Il a fait des allégations chocs jeudi 10 août devant la Commission d’enquête sur la drogue. Le Pablo Escobar local a affirmé, que le Premier ministre était importateur d’héroïne. Mais il n’y a pas que ça. Lors de ses comparutions, de ses apparitions, il met un point d’honneur à faire un doigt d’honneur devant les photographes. Qui est cet insolent personnage ?

Le nom de la star ? Peroomal Veeren. Il arbore un look à la Vin Diesel, montre ses muscles, bombe le torse, sourit narquoisement à la caméra, distribue les doigts d’honneur. Il donne l’impression d’être de bonne humeur. Mais qui est donc cet homme qui se permet d’accuser le Premier ministre d’être un importateur de drogue ?

Nous sommes en 2010, le parrain a 33 ans lorsqu’il est condamné à 34 ans de prison. Mais Peroomal Veeren n’est pas un prisonnier comme les autres. Alors que la plupart des détenus font de leur mieux pour rester discrets et se cacher, lui n’a pas peur de s’afficher. Être sous le feu des projecteurs semble lui plaire.

Peroomal Veeren n’a pas toujours été dealer. C’est en tout ce qu’il a affirmé devant la commission sur la drogue, jeudi. «Mo ti éna enn lavi normal. Mo ti pé travay Caudan Security.» Comme tout le monde, Peroomal Veeren avait des emprunts auprès des banques, des amis, une famille.

Mais un jour, il se fait arrêter. Et c’est là que tout aurait commencé, dit-il. «Dan prizon ki monn démaré. Ti bizin kass pou pey avoka akoz mo ti kondané inzistéman.» Il aurait alors noué des liens avec des trafiquants, rencontré des étrangers condamnés pour trafic et tissé son réseau.

Mais ce n’est pas lui le «grand patron» comme tout le monde semble le croire, assure le caïd. Devant la commission, Peroomal Veeren a allégué qu’il faisait partie d’un réseau financé par un parti politique. Avant d’affirmer qu’il avait lui-même financé un parti politique. Et puis il a nié les «rumeurs» qui disent qu’il a droit à des traitements de faveur en prison. «Démann manzé pou diabétik pavé dir mo pé demann manzé spésial…» a-t-il rétorqué alors qu’il était interrogé sur l’image du «prince des prisons» qui lui colle à la peau. Et son anniversaire, célébré en grande pompe à la prison de Melrose, avec de la drogue en guise d’amuse-gueule ? Une question qu’il balaie d’un revers de la main. Ce type de dérive n’existe pas en prison.

«Al fouyé, al rodé»

Les caméras, il est bon de le répéter, ne lui font pas peur, bien au contraire. Ni les anciens juges d’ailleurs. Pourtant, Paul Lam Shang Leen, président de la commission d’enquête sur la drogue, est connu pour avoir poussé plusieurs témoins, dont des avocats, dans leurs derniers retranchements, face à des incohérences. Beaucoup ont même fini par verser des larmes sous la pression.

Mais pas Peroomal Veeren. Alors que d’autres avant lui ont hésité à parler de leur fortune, lui, ne s’est pas fait prier et a clamé haut et fort que la sienne s’élevait à Rs 650 millions. Où est caché l’argent? «Ou éna Financial Intelligence Unit. Ou éna l’ICAC. Al fouyé, al rodé. Mwa mo pa kapav dir ou», a balancé le trafiquant à la figure de l’ancien juge. Qui n’a pas insisté, d’ailleurs.

Lors de l’audition, jeudi toujours, Sam Lauthan a interrogé Peroomal Veeren quant aux menaces proférées à l’encontre des gardes-chiourmes, ainsi que les agressions dont ceux-ci auraient été victimes alors qu’ils n’étaient pas en service. La réponse est cinglante, remplie de sous-entendus, intrigante… Le parrain montre du doigt les deux officiers de la Carceral Emergency Response Team qui assurent la surveillance pendant son audition. «Get sa dé ofisié-la. Zot pé fer zot travay trankil. Si zot pa rod problem, pa pou ariv zot nanié…» Et de nier, dans la foulée, toute tentative d’intimidation envers les gardiens de prison.

D’autre part, tout caïd qu’il est, Peroomal Veeren n’hésite pas à jouer la corde de l’émotion. Se lançant dans une longue diatribe qui pourrait faire pleurer ceux qui sont adeptes des feuilletons, Peroomal Veeren a bien tenté de s’attirer la sympathie des membres de la commission sur la drogue, des journalistes, du public. «J’ai, certes, gagné beaucoup d’argent, mais cela ne me rendra pas ma jeunesse ni ma maman, qui est décédée récemment…»

Quant à la chaîne en or valant Rs 1 million qu’il portait et qui a été saisie récemment, c’était un héritage de son papa, qui, lui aussi, n’est plus de ce monde. Pour ce qui est de sa femme Zaira, il est normal, fait-il valoir, qu’elle «paye [mes] avocats puisque c’est [mon] épouse». Quid du montant des honoraires des hommes en robe noire et de la provenance de l’argent qu’utilise sa femme ? «Allez l’interroger, je n’en sais rien…»

Le «jaune Veeren»

Chacune des sorties de Peroomal Veeren coûte quelque Rs 100 000 aux contribuables. Hélicoptère, tank, mobilisation exceptionnelle de toutes les unités de la police, dont les tireurs d’élite… Même les chefs d’État n’ont pas droit à une telle escorte.

Ce qui semble beaucoup amuser notre homme. Ainsi, le 21 juin dernier, alors qu’il venait d’être condamné pour possession de Subutex, il est sorti de la cour toutes dents dehors. Ce jour-là, il était vêtu de son fameux T-shirt jaune citron, le même – à moins qu’il en ait plusieurs – que celui qu’il portait jeudi sous son gilet pare-balle, avant son audition devant la commission sur la drogue. Est-ce une technique visant à se forger une image auprès du public ? Si c’est le cas, ça marche. «Linn met mem linz», chuchotaient les badauds, jeudi, en le voyant. Tant et si bien que le «jaune Veeren» est venu s’ajouter aux couleurs de l’arc-en-ciel…

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