Sur le plateau du film Serenity : les producteurs «beyond happy»

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L’acteur Matthew McConaughey en compagnie de son fils et de l’actrice Diane Lane lors d’une soirée de lancement du film «Serenity» à Flic-en-Flac le 7 juillet.

L’acteur Matthew McConaughey, en compagnie de son fils et de l’actrice Diane Lane, lors de la soirée de lancement du film «Serenity», à Flic-en-Flac, le 7 juillet.

Cela fait plus de 39 jours que le tournage du film Serenity a démarré dans l’île et la production est dans les temps. Le mardi 8 août, les producteurs anglais, néozélandais et allemands-mauriciens ont convié la presse sur le plateau principal du tournage dans le Nord. Le moins que l’on puisse dire c'est qu’ils sont «beyond happy».

Si de la rue, les bungalows et le restaurant gastronomique où se déroule en partie le tournage paraissent inchangés, vue de la jetée où débute la visite, cette zone de quelque 350 mètres est méconnaissable. Ces bâtiments arborent désormais des façades colorées et gaies, qui semblent avoir été patinées naturellement. Mais l’origine de cet aspect imitant l’usure des intempéries est humaine. Le restaurant a perdu son lustre original et s’apparente à un restau-bar un peu kitch portant désormais le nom de Rope and Anchor. Ces transformations sont l’œuvre de menuisiers, de charpentiers, de peintres et d’artisans locaux.

Sur l’un des bâtiments, on peut voir, peint à la main, le nom de Plymouth Life. Il s’agit d’un clin d’œil à la capitale de Montserrat, colonie britannique dans les petites Antilles, détruite en 1997 par des éruptions successives du volcan Soufrière Hills. Le producteur britannique très connu, Guy Heeley, qui représente IM Global, société américaine qui finance le film, s’en explique. «Nous voulions recréer le décor d’une partie d’une île dans un monde contemporain fictif et cet endroit nous a paru idéal. Nous avons choisi le nom de Plymouth, car c’était une façon de ressusciter cette capitale disparue.»

Entre le restaurant et le bâtiment d’à côté, les murs sont recouverts de fausses façades qui ont l’air plus vraies que nature Si bien qu’on a l’impression d’avoir été transposé dans une ruelle d’un village folklorique de pêcheurs. «Ce site est le pivot du tournage, même si nous tournerons ailleurs. Et si nous avons pu apporter toutes ces modifications aux façades, c’est avec l’accord des propriétaires des lieux», ajoute, enthousiaste, Andrew McAlpine, chef décorateur réputé, qui a été notamment à l’œuvre dans de grands films comme La leçon de Piano, La Recrue ou encore Flubber.

Lui et Guy Heeley se disent très agréablement surpris par les «skilled people» qu’ils ont trouvées à Maurice et à qui il n’a pas fallu apprendre toutes les ficelles du métier de décorateurs. «We were astonished. On les a testés en demandant des panneaux de verre précis que l’on croyait introuvables dans l’île ou encore des signes peints à la main. Ils avaient tout et étaient capables de faire ce que nous demandions. It was incredible», a répété le chef décorateur néozélandais.

Lui et Heeley louent la symbiose qui s’est dégagée jusqu’ici entre l’équipe de tournage et les Mauriciens qui ont contribué au film. «We have a fantastic crew, everyone really helped and is hugely polite.» Il y a bien eu un accroc quelque part, non? Guy Heeley dont c’est la première visite à Maurice et la seconde pour Andrew McAlpine, qui y était en vacances, ont beau chercher, mais passent leur tour. «Mauritius is a very skilled based country. Mauritians are hard-working people. This is fantastic». C’est le très pragmatique producteur allemand naturalisé mauricien Andreas Habermeyer d’Identical Pictures, responsable de toute la logistique du film – ce qui est conséquent –, qui a la réponse. Il évoque l’absence de cascadeurs et d’équipe de tournages sous-marins qu’il a fallu faire venir de la Grande-Bretagne et d’Afrique du Sud.

Dans l’eau salée à côté de la jetée se trouve une réplique de l’avant du bateau Serenity, flottant sur ses bouées et construite par Candocks, l’équipe de construction du film. Cette réplique sert à tourner des scènes tout près du rivage, tout en donnant l’impression aux spectateurs qu’elles ont été filmées à partir de la proue du bateau.

Le vrai bateau où se déroule une partie du tournage ce mardi-là et qui dans la vie réelle porte le nom de The Boss, a été loué. Mardi matin, il se trouvait tout près des récifs où l’acteur oscarisé Matthew McConaughey et d’autres membres du casting tournaient une scène. Ce bateau était entouré de sept autres dont celui des gardes côtes et tenaient à distance respectable les autres opérateurs touristiques évoluant dans le lagon.

Matthew McConaughey vient juste de rentrer d’une visite éclair à New York où il a assuré la promotion de son avant-dernier film Black Tower qu’il joue en compagnie de l’acteur anglais Idris Elba. Un déplacement à moitié fait à bord d’un jet privé jusqu’à Dubaï. S’il avait fait montre d’une certaine fébrilité à son arrivée dans l’île, au bout d’une semaine, l’acteur s’est délesté des éléments assurant sa sécurité lorsqu’il a réalisé qu’il était dans un «friendly country».

Les métiers du cinéma ne constituent pas toujours une partie de plaisir, car pour ce film, l’équipe de tournage et le casting sont sur pied 12 heures par jour, cinq jours sur sept. Pourquoi avoir choisi Maurice, qui n’est pas la porte d’à côté de la Grande-Bretagne ou des États-Unis ?

Guy Heeley se charge de répondre. «Nous cherchions une île tropicale paradisiaque dans le monde. Nous en avons identifié quelques-unes dont Maurice, mais l’exercice s’est révélé un défi. Nous avons dû rejeter certaines en raison d’un manque de créatifs, d’autres en raison des coûts. De son côté, Matthew McConaughey n’était libre qu’à un moment précis. Il fallait que tout concorde. Lorsque nous avons approché le BoI et que nous avons réalisé que cet organe proposait un excellent Film Rebate allant jusqu’à 40 % et que le BoI a répondu rapidement à notre demande, we were up and running.»

Le jour de leur arrivée dans l’île pour des repérages, il pleut à verse. Andreas Habermeyer, qui vient les chercher les fait visiter plusieurs sites. En son for intérieur, le producteur allemand croit que ce temps pourri fera capoter le projet. Or, dès que les trois hommes foulent la jetée dans le Nord, la pluie s’arrête et le soleil refait son apparition.

Guy Heeley et Andrew McAlpine savent qu’ils ont trouvé l’endroit idéal. «Tout concourrait à nous faire produire le film ici. Par rapport aux conditions météorologiques, votre hiver ne pose aucun problème. D’ailleurs, dans 21 pages du script, il pleut. This mixed weather is great. Don’t forget that I come from London and for me, this is an amazing weather.»

L’absence d’un studio de production pourrait-elle empêcher Maurice de décoller comme destination cinématographique ? Guy Heeley ne le croit pas. «Maurice a tout pour plaire : un bel aéroport, de belles routes, des bâtiments modernes, d’autres anciens faisant partie du patrimoine, un marché de Port-Louis extraordinaire, des shopping malls qui n’ont rien à envier aux pays développés. Je ne vois pas pourquoi un film qui ne se déroulerait pas sur une île ne pourrait pas être tourné ici. L’aménagement d’un studio, pendant que Maurice développe son industrie cinématographique, pourrait figurer sur sa shopping list but it is not critical.» Il cite l’exemple du film Captain America, censé se dérouler aux États-Unis mais entièrement tourné à Londres.

«We hope all film makers come here and see how able Mauritius is and how robust and reliable are the locals. Film making is very complex and many things can go wrong. But in terms of Mauritius, we found loving and qualified people. This makes Mauritius specific. We are beyond happy», affirme Guy Heeley alors qu’Andrew McAlpine renchérit par un «extremely happy». C’est aussi le cas d’Andreas Habermeyer qui, plus pondéré, estime qu’il faudra cinq ans pour que Maurice développe son industrie cinématographique. «C’est en allant doucement que l’on va sûrement», dit-il.

L’unique ombre à ce tableau idyllique de tournage : la vitesse à laquelle roulent les autobus du Triolet Bus Service, «the most dangerous thing we see when we walk out and cross the road». Avis à qui de droit…

Steven Knight pense à un film sur les Chagos

Le réalisateur Steven Knight qui est de nationalité britannique, s’est beaucoup renseigné sur le déracinement et l’exil des Chagossiens. Andreas Habermeyer, le producteur d’Identical Pictures, lui a offert le livre de Jean Claude de l’Estrac, L’An prochain à Diego Garcia, de même que les coupures de presse retraçant l’histoire et la lutte de Maurice pour retrouver sa souveraineté sur ses îles.

Vu l’intérêt manifesté par le réalisateur britannique, il n’est pas interdit de penser qu’un projet de film sur le sujet lui trotte en tête. L’acteur oscarisé Matthew McConaughey est séduit par notre île, a confié à un des producteurs que le film qu’il considère le plus important dans sa vie d’acteur jusqu’ici est Serenity. «Et ce n’était pas dit pour nous faire plaisir», précise notre source. McConaughey envisage de monter un projet ici. Affaires à suivre…

En quelques chiffres

• Script : 128 pages •

• Directeur : 1 (Steven Knight)

•Réalisateur : 1 (Steven Knight)

• Producteurs : 3 (Guy Heeley, Greg Shapiro, Andreas Habermeyer)

• Principaux acteurs étrangers : 6 (Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Diane Lane, Jason Clarke, Djimon Hounsou et Jeremy Strong)

• Principaux acteurs mauriciens : 2 (Vinaya Sungkur et Rafael Sayegh)

• Équipe technique : près de 150 personnes, dont 88 Mauriciens. Le reste est de nationalité anglaise, sud-africaine, américaine, française.

• Main-d’œuvre supplémentaire : 400 Mauriciens

• Caméras utilisées : 7, soit des Arri STX, des drones et des caméras sous-marines.

 • Lieux de tournage : 32

• Chambres d’hôtels réservées jusqu’ici : 2 520

• Bouteilles d’eau consommées jusqu’ici : plus de 24 000

• Nombre de curry de poissons consommé jusqu’ici : plus de 8 000

• Traiteurs : 3 (R Club, Stella Rina, Gail’s Cafe)

Serenity sortira dans les salles fin 2018

Serenity est un colour noir film, genre de thriller avec des retours en arrière, qui raconte l’histoire d’un pêcheur qui gère son business dans un village côtier d’une île tropicale. Un étranger débarque et l’interroge sur son passé. Il semble connaître des choses sur lui qui vont bouleverser sa vie. Nous en saurons plus à la sortie du film fin 2018. Si l’actrice Uma Thurman avait été pressentie pour y jouer, son emploi du temps ne cadrait pas avec celui du tournage.

Outre la présence d’acteurs et de figurants mauriciens, on entendra un peu de créole et de français et bien entendu les notes de notre musique locale. C’est à la fin du film, lors du déroulé du casting, que les spectateurs sauront que Serenity a été tourné à Maurice. Si la dernière scène du film sera filmée dans le Nord à la fin du mois, la partie post-production se fera en Grande-Bretagne, là où vivent le producteur Guy Heeley et le chef décorateur Andrew McAlpine. La bande-annonce de Serenity devrait être disponible en juillet 2018.

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