Précarité: Jean, 10 ans : «Mo mama al sers kas aswar»

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Livré à lui-même, le petit garçon doit aussi surveiller ses jeunes sœurs quand ses parents sortent la nuit.

Livré à lui-même, le petit garçon doit aussi surveiller ses jeunes sœurs quand ses parents sortent la nuit.

Il a dix ans, mais on lui en donnerait facilement sept. Jean est pourtant l’aîné d’une fratrie de cinq enfants et il a souvent le ventre vide. Ses parents ne «travaillent» que pour se payer leur dose et acheter «minn Apollo»...

Il a les pieds crasseux, les ongles des orteils noirs, plusieurs points de suture aux pieds, des éraflures sur les bras, les cheveux ébouriffés… Comme bon nombre d’enfants et de jeunes, Jean (prénom modifié) erre dans les rues de Plaisance matin et soir. À en croire Raj (prénom modifié), un travailleur social de la localité, ce petit homme vêtu d’un T-shirt et d’un short sales, usés par le temps, est âgé de dix ans. Mais, à vue d’œil, on lui en donnerait facilement sept.

Il est 10 heures, un samedi matin. Nous nous sommes rendus dans ce faubourg de Rose-Hill pour rencontrer Raj. Ce dernier, la cinquantaine, qui connaît bien le quotidien des enfants «mal nourris» du quartier, nous accueille en compagnie du petit Jean, frère aîné de quatre sœurs. «Fami pa pran zot kont ditou», lâche d’emblée le travailleur social. «Mama ek papa fim doz», enchaîne-t-il. Le comble, selon lui, c’est que Jean et ses sœurs les ont déjà vus faire, à plusieurs reprises…

Et pour payer leurs «doses», la mère de famille se prostitue. «Mo mama al lor Rose-Hill aswar, li al sers kas», lance le garçon au travailleur social. «Mé kan mo mama fatigé, li pa alé», précise Jean. Son père, «maquereau», avance Raj, conduit sa femme à Rose-Hill le soir pour faire le trottoir. Et en attendant qu’il revienne, les enfants sont livrés à eux-mêmes, seuls à la maison. C’est Jean qui joue alors le rôle du «petit papa» avec ses sœurs.

Asté doz

«Zot al sers kas pou asté doz, ek léres grabo servi pou asté minn apolo ek dipin», fait ressortir le quinquagénaire. «Bann zanfanla mal nouri, zot péna enn bon répa. Parfwa, asté enn dipin sosis diviz an trwa pou zot manzé.» Une hygiène de vie qui laisse vraiment à désirer, déplore Raj. «Kot mwa pa kwi toulézour», confie d’ailleurs le petit, le visage hagard, au travailleur social.

«É kan mo démandé kifer pa kwi, mo mama ek mo papa kriyé ar mwa», grommèle Jean, qui n’arrêtait pas de jouer avec un «bobo» qu’il a au bras. Heureusement qu’il y a de bons samaritains dans les environs qui aident ces enfants, indique un autre habitant de Plaisance. «Éna dimounn asté enn ti zafer donn zot manzé ek bwar.» Mais, hélas, ce n’est pas tous les jours, explique-t-il.

Qu’en est-il de l’école ? «Zot alé parfwa. Avoy zot lékol zis pou gagn sa ti pansion Rs 1 500 par zanfan-la. (NdlR, trois des cinq enfants fréquentent une école de la Zone d’éducation prioritaire). Bann paran-la gagn sa kas-la pou zot plézir personel», souligne Raj. Avant d’ajouter que le père de Jean vendait à une époque de la drogue. Mais suivant toutes les saisies à Maurice ces derniers temps, «péna bokou ladrog lor marsé, éna péniri. Bizin al fer lot travay pou gagn kas».

Le pire, renchérit Raj, c’est que le cas de Jean n’est pas isolé. «Plusieurs familles vivent dans ces conditions à Plaisance. Enn ta madam kit zot zanfan lakaz tousel pou al dan Rose-Hill pou fer lavi.» Et le fléau de la drogue ne cesse de s’accroître. «Les habitants de Plaisance ne peuvent plus vivent en paix. Dan tou kwin sémin ou trouv marsan ladrog.»

 C’est pour cela qu’ils font appel aux autorités concernées, notamment à l’Anti-Drug and Smuggling Unit et au Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo, député élu de la circonscription n°19 (Stanley–Rose-Hill), pour remédier à la situation. «Parski éna plas nou népli kapav sirkilé mem lizour dan Plaisance.»

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