L’éducation hors du circuit classique

Avec le soutien de
Zeenat Sairally, responsable de la Ruth School.

Zeenat Sairally, responsable de la Ruth School.

À l’occasion du 7 août, qui est la Journée internationale de l’éducation, zoom sur quelques ONG qui donnent la chance d’avoir une éducation hors du circuit classique à des enfants ou des jeunes en difficulté scolaire, notamment à cause d’une non-adaptation au système éducatif dominant.

S.E.N.S : gérer les troubles d’apprentissage par une attention individualisée

Depuis maintenant 25 ans, la Special Educational Needs Society (S.E.N.S) est une ONG qui incite les enfants à besoins spéciaux à développer leurs capacités d’apprentissage et d’autonomie. À travers son école, la Ruth School, basée à Rose-Hill, S.E.N.S prend en charge des enfants porteurs de troubles du comportement et d’apprentissage, notamment de dyslexie. Âgés entre cinq et 15 ans, les enfants enregistrés à S.E.N.S sont ceux qui n’ont pu s’adapter au système éducatif «mainstream», viennent de régions difficiles ou ont des problèmes de santé. Ici, c’est le système qui s’adapte à eux, en leur offrant une attention individualisée.

Zeenat Sairally, manager de l’école, explique que S.E.N.S mise beaucoup sur la formation de son personnel afin de s’assurer que la meilleure prise en charge possible soit effectuée. «Notre programme est taillé sur mesure pour les enfants. À chaque période de vacances scolaires, nous organisons deux semaines de formation avec les éducateurs, les thérapeutes et d’autres professionnels, lors desquels nous travaillons sur les bases de l’éducation spécialisée, le curriculum adapté, les différentes techniques et stratégies à adopter en classe et surtout, sur des études de cas.» Les parents sont aussi impliqués et sont invités à des ateliers une fois le mois.

L’arbre symbole, qui note les progrès réalisés par les enfants. Ces derniers se fixent des objectifs à chaque trimestre.

Si l’école Ruth se base sur le programme que l’État a établi pour les enfants à besoins spéciaux, elle l’adapte cependant à sa méthode. Cette dernière comprend la phonétique (basée sur le son) pour aider l’enfant à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Pour que leurs enfants intègrent l’école, les parents remplissent une demande de bilan et participent à une évaluation complète visant à situer les difficultés de l’enfant.

Selon son niveau, il est ensuite placé dans une des classes adaptées : la pré-alpha, pour des enfants qui n’ont pas les compétences de niveau préscolaire – l’alpha, pour des enfants qui sont prêts à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture – l’oméga, pour les enfants prêts à passer à une étape supérieure, notamment les nouveaux examens du Primary School Achievement Certificate des grades V et VI.

L’enfant bénéficie simultanément de l’attention d’éducateurs spécialisés, thérapeutes (ergothérapeutes, orthophonistes, etc.) et psychologues, selon ses besoins. Des activités complémentairessont greffées aux classes académiques :yoga, musique, créativité, living values, sports et sorties éducatives. Les journées scolaires sont de 8 h 30 à 14 h 30.

L’un des objectifs est que l’enfant rattrape le retard accumulé dans le système éducatif dominant et réintègre le système classique. La Ruth School s’occupe de la prise en charge du transfert de l’enfant dans une école «mainstream», une fois qu’il est prêt. «Cette étape est difficile car les parents ont peur de voir leur enfant régresser. Mais elle est nécessaire car elle permet de libérer la place pour des enfants en attente», poursuit Zeenat Sairally.

Petit plus de la Ruth School : le bâtiment de l’école se situe dans la cour d’une maison de retraite, ce qui permet de favoriser un système intergénérationnel, bénéfique à la fois aux enfants et aux personnes âgées, car ces dernières sont intégrées à la vie scolaire et sont invitées à toutes les activités de l’école. «Pour les enfants qui intègrent l’école avec un niveau très bas de confiance en eux, cette démarche les aide à jeterun autre regard sur leurs perspectives d’avenir. Pour les résidents de la maison de retraite, ce contact leur permet de gérer leurs sentiments d’isolement», soutient Zeenat Sairally.

Contact S.E.N.S : 467 6741 |
Email : ruthschool@gmail.com


Le Mouvement pour le progrès de Roche-Bois applique l’Employability Support Programme

Le MPRB mise beaucoup sur l’éducation et gère une Académie des parents depuis l’an dernier.

Depuis 24 ans, le Mouvement pour le progrès de Roche-Bois (MPRB) oeuvre, comme son nom l’indique, pour le progrès du quartier de Roche-Bois et des régions avoisinantes. Ses actions s’articulent notamment autour de la valorisation de cette région de Port-Louis, touchée par une certaine stigmatisation. L’axe principal de travail de l’ONG est l’éducation informelle pour des jeunes en difficulté scolaire habitant Roche-Bois. Le MPRB est aussi très impliqué dans l’éducation formelle avec l’accompagnement scolaire du préscolaire au secondaire et la sensibilisation des parents à soutenir la scolarité de leurs enfants, d’où la création de l’école des parents, convertie en Académie des parents depuis 2016.

Parmi ses actions dans le domaine de l’éducation, le MPRB applique depuis six ans l’Employability Support Programme (ESP), programme de soutien pour jeunes âgés de 12 à 16 ans qui ont abandonné le circuit scolaire à cause de difficultés d’adaptation dans le système éducatif classique. «Le programme est surtout un accompagnement, un cheminement multidisciplinaire jusqu’à l’âge de 16 ans. À cet âge, l’enfant peut soit choisir une filière vocationnelle ou un emploi», explique Lindsay Morvan, président du MPRB. L’ESP est fait en collaboration avec les parents, afin que ces derniers assurent le suivi à la maison. Il vise à leur donner une manière différente d’apprendre.

Les formations comprennent des cours de base en lecture et calcul à travers la pédagogie interactive, couplées à des cours de travaux pratiquestels que la cuisine, l’informatique, la sculpture sur bois, ainsi que le théâtre ou le football. Tous les cours sont donnés par des formateurs qualifiés dans les différents domaines précités, et s’adaptent au rythme des apprenants. Ils ont lieu du lundi au vendredi entre 8 h 30 et 15 heures. Des sessions hebdomadaires de counselling les aident aussi à travailler sur l’estime de soi et leur motivation.

Répondant l’an dernier à une étude visant à établir l’impact du programme, quelques anciens ont fait ressortir des points positifs : une confiance renouvelée en eux-mêmes et en leurs capacités à apprendre ; une vision différente sur la notion d’apprentissage, qui peut varier des bancs classiques de l’école ; et la possibilité d’envisager des projets et des plans de carrière. Cette étude a été réalisée par une ancienne animatrice du MPRB afin de valider son parcours universitaire.

Au MPRB, l’objectif de l’ESP est de donner l’envie aux jeunes inscrits de s’engager plus loin dans une formation professionnelle afin de renforcer leurs capacités. «On espère, avec le soutien des bailleurs de fonds, pouvoir continuer, aussi longtemps que le besoin pour ces enfants se fera sentir. À moins que le nouveau système de Nine-Year Schooling s’assure qu’il n’y ait plus de décrochage scolaire avant l’âge de 16 ans», souligne Lindsay Morvan. 

Contact MPRB : 240 4148
Email : mprbsn@intnet.mu


La Maison familiale rurale de l’Est, sur la formation par alternance

Jyotee Jatoo-Derochoonee, responsable de la Maison familiale rurale de l’Est.

En 2011, Jyotee Jatoo-Derochoonee, déjà active au sein des Maisons familiales rurales (MFR), est chargée de mettre sur pied une MFR pour la région de l’Est. Après avoir mis ses opérations entre parenthèses par manque de fonds, la MFR de l’Est a récemment repris ses activités, et débutera une nouvelle année de formation par alternance. Elle lance un appel aux jeunes de 16 à 18 ans souhaitant s’inscrire pour la prochaine session à le faire au plus tard le vendredi 18 août.

Le projet des MFR est un concept international lancé à Maurice il y a 24 ans avec l’idée de proposer une formation professionnelle par alternance à des jeunes de 16 à 18 ans n’ayant pu s’adapter au système éducatif classique. Pour Jyotee Jatoo-Derochoonee, «les MFR ont pour but d’aider les jeunes à être les artisans de leur propre développement.»

La «pédagogie de l’alternance» développée par les MFR comprend l’alternance entre une semaine de cours et une semaine en entreprise pour les jeunes concernés. Plusieurs MFR existent aujourd’hui à Maurice, à savoir à Calebasses (MFR du Nord), Flacq (MFR de l’Est), Souillac (MFR de la Savanne) et deux à Rodrigues. La branche mauricienne de la Fédération des Maisons familiales rurales chapeaute le tout, mais le concept des MFR est international, et la maison-mère se trouve en France.

Chacune des MFR locales fonctionne de manière autonome et recherche son propre financement, mais bénéficie d’un appui technique de la Fédération des MFR de Maurice, laquelle est régie par un conseil d’administration composé à 70 % de parents. La fédération mauricienne travaille en étroite collaboration avec la fédération réunionnaise, notamment en dispensant des formations visant à renforcer les équipes.

La MFR de l’Est propose surtout des cours en pâtisserie et cuisine, selon la demande des jeunes de la région qui ont été interrogés avant que le centre ne soit lancé il y a six ans. «Dès le début, nous avons le soutien de plusieurs organisations et individus, surtout de Philip Ah Chuen que je tiens à remercier. Des partenariats établis avec des organisations, en particulier des groupes hôteliers et entreprises privées opérant dans la région, ont permis d’offrir des stages si nécessaires aux élèves pour valider leur formation.» Parmi ceux-ci : les hôtels Attitude, Veranda Resorts, Constance, Four Seasons, The Residence, La Palmeraie mais aussi Flacq Coeur de Ville, Alteo et le Rotary Club de Flacq.

Contact MFR de l’Est : 5 779 0022
Email : parijyoti029@yahoo.com


ANFEN, le réseau d’éducation informelle

Viken Vadevaloo, manager d’ANFEN.

ANFEN est une fédération de 18 centres (dont un à Rodrigues) travaillant dans le domaine de l’éducation informelle. Si les centres fonctionnent indépendamment l’un de l’autre, ils bénéficient de services offerts par la fédération, dont le siège est situé à Rose-Hill. Parmi ces services : la mise à disposition d’un accompagnement psychosocial pour les enfants suivis, en sus du cursus établi par le centre et basé sur les principes de l’éducation non formelle : une méthode adaptée à l’enfant et visant à lui redonner confiance en ses capacités, un encadrement psychosocial, un suivi individualisé (autant que possible) et une approche inclusive. Voir la liste des centres membres d’ANFEN au lien suivant : www.anfen.mu/membre

Contact ANFEN : 465 1484.

Une méthode adaptée à l’enfant et visant à lui redonner
confiance en ses capacités
Publicité
Publicité

Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires