Adam Ramsahye, dans le feu de l’action chez Paul Bocuse

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Malgré le choc d’apprendre que sa mère Lynsie souffre d’un cancer, Adam veut encore la faire sourire et se dépasse.

Malgré le choc d’apprendre que sa mère Lynsie souffre d’un cancer, Adam veut encore la faire sourire et se dépasse.

De là où elle se trouve, feue Lynsie Ramsahye, née Caphane, doit sourire de contentement. Adam, son fils aîné à qui l’institutrice de cycle primaire avait prédit, sur la base de ses premiers résultats scolaires, une entrée au collège Royal de Curepipe alors qu’il n’avait que huit ans, n’a pas failli aux engagements pris. Il a une fois de plus atteint l’excellence en obtenant un stage, puis une promesse d’emploi au restaurant de Paul Bocuse, situé à Collonges au Mont d’Or, près de la ville de Lyon, trois étoiles au guide Michelin. Et cela fait 52 ans qu’il en est ainsi.

Il faut dire que l’adrénaline de ce Curepipien issu de parents émanant d’univers différents (sa mère était enseignante et son père Anwar, chauffeur officiel pour l’un des premiers hôtels cinq étoiles de l’île), a toujours été le sourire de sa mère, même s’il est convaincu que cette diversité familiale a apporté de la couleur à la vie et en particulier à la sienne. «Ma mère a toujours été mon inspiration. De l’autre côté, mon père me sert d’exemple car je veux être tout ce qu’il n’a pas su être pour ses enfants, même s’il m’a transmis la passion pour ce métier à double tranchant mais il requiert de la force morale pour mener de front une vie professionnelle et une vie familiale», raconte Adam par courriel.

Depuis cette première satisfaction affichée par sa mère, Adam n’a eu de cesse de lui faire plaisir. Après trois années à La Visitation à Vacoas, pour des raisons de proximité avec son domicile, il se fait admettre à Notre Dame de la Confiance RCA avant d’entamer son cycle secondaire jusqu’en Form V au SSS de St-Aubin. Et même s’il doit faire 30 kilomètres par jour dans le transport en commun chaotique, il donne le meilleur de lui pour contenter à nouveau sa mère. Ses notes en anglais, français et en littératurefrançaise lui ouvrent, comme prédit, les portes du collège Royal de Curepipe.

Adam continue sur sa lancée et se classe dixième après les lauréats «juste pour voir le sourire de ma mère quand je rentrerai avec de beaux résultats». Tout en sachant que la restauration et l’hôtellerie ne pardonnent pas la moindre erreur, fait qu’il craint, Adam aime aussi relever les défis. Avec sa bourse partielle de l’État et un cadeau en espèces de son grand-père, il intègre l’Institut Vatel, l’institution qui lui a fait comprendre «tant de choses. C’est une très lourde tâche d’être dans la restauration car nous ne transportons pas que des assiettes mais toujours la réputation de la marque et des émotions aux clients. C’est ce qui m’a motivé à me lancer dans cette filière».

À l’institut Vatel, situé à Palma, Adam rencontre d’abord des «personnes d’exception». Il cite le directeur général, Renaud Azéma, «un homme dont la philosophie vous aide à vous dépasser, à vous surpasser», un corps enseignant «passionné par la transmission de la connaissance», des étudiants avec qui il sympathise comme Herwin, Rouslan, Peggy, Shervin, Gaëlle, Jeffrey, Jason, Sarah et y compris sa copine Ameera. «Vatel n’est pas qu’une institution délivrant un diplôme ou une maîtrise en gestion hôtelière, mais une école qui change de façon radicale notre perception du monde et contribue à l’élimination de la culture du moindre effort dans une société où la facilité engendre une jeunesse rimant, malheureusement, avec paresse», dit-il, en précisant qu’avec son réseau de 39 écoles dans le monde et ses 30 ans d’existence, l’institut Vatel est «un passeport pour conquérir le monde et l’humanisme qui s’y dégage contribue grandement à créer de bons citoyens».

C’est grâce à cette école de gestion hôtelière qu’il participe, notamment, au Festival Bernard Loiseau, annuellement organisé par le groupe Constance. Il y côtoie de grands noms de la cuisine, notamment le chef Serge Viera, gagnant du Bocuse d’Or 2005, la compétition culinaire la plus prestigieuse au monde.

Malgré le choc d’apprendre que sa mère Lynsie souffre d’un cancer, Adam veut encore la faire sourire et se dépasse. C’est ainsi qu’en 2013, il obtient le titre de Meilleur stagiaire de l’institut Vatel. Il connaît la douleur de perdre son inspiratrice en 2015. «Le départ de maman a créé un chaos total, bien qu’elle nous ait donné, à mon frère Adil et à notre jeune soeur Sarah, les armes les plus précieuses pour affronter le monde. J’ai eu beaucoup de mal à accepter sa disparition.»

N’était-ce une prise en main par Renaud Azéma et le soutien de sa famille élargie, Adam aurait pu mal tourner et ne jamais décrocher la bourse d’excellence du gouvernement français à la suite de ses excellentes performances académiques et d’une implication sans relâche lors des manifestations organisées par l’ambassadeur de France dans sa résidence et auprès de l’Institut français de Maurice. Lyon étant considérée comme la capitale mondiale de la gastronomie, Renaud Azéma réussit à lui obtenir un stage de fin d’études en gestion opérationnelle et qualité dans la gastronomie au restaurant de Paul Bocuse à Collonges au Mont d’Or. «Ce fut le meilleur stage en relation à mon Masters en Luxury, Fine Foods and Tourism Management.»

Aujourd’hui, c’est plus qu’un stage qu’Adam effectue chez Paul Bocuse. Ses efforts et sa passion ont été remarqués et l’entreprise n’est pas contre un contrat d’embauche d’ici septembre. Pour lui, ce n’est pas qu’un travail. «Depuis avril, j’y côtoie cinq Meilleurs ouvriers de France (MOF), dont quatre en cuisine et un en salle. Être MOF en cuisine ou un autre métier de bouche est l’un des titres les plus convoités dans le métier. Il n’y en a que dix par an et j’ai le privilège d’en côtoyer cinq.»

Et puis, il apprend beaucoup au contact d’hommes qui ont 35 ans de carrière et qui maîtrisent l’art de servir sur le bout de leurs doigts. Sans compter son contact régulier avec le pape de la gastronomie française, Paul Bocuse, aujourd’hui âgé de 91 ans, dont il retient les maximes suivantes : «L’excellence ou rien. Un travail mal fait ne prend pas plus de temps qu’un qui est bien fait.» Ou encore : «Le cuisinier qui accède à ce titre est investi d’une mission : il devra continuer à transmettre son savoir autour de lui et devenir un exemple, notamment pour les plus jeunes et par-dessus tout, il va devoir donner l’envie d’entrer dans cette profession et d’y réussir.»

Adam Ramsahye n’a pas la grosse tête pour autant. Il sait que son voyage dans le temps d’apprentissage auprès des grands de la gastronomie française ne fait que commencer. Il encourage les jeunes à «prendre leur vie en main, à foncer vers leurs objectifs et surtout à ne jamais laisser les autres décider pour eux…»

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