Peter Brian Oxenham: au nom de tous les miens

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Peter Brian Oxenham, Chief Executive Officer (CEO) d’E.C Oxenham & Cy Ltd.

Peter Brian Oxenham, Chief Executive Officer (CEO) d’E.C Oxenham & Cy Ltd.

Du nouveau chez E.C. Oxenham & Cy Ltd. Pour marquer ses 85 ans, le producteur de vins et spiritueux change d’image et s’apprête à se lancer dans la bière. Ce qui ne change pas, c’est l’esprit de famille, Clifford Oxenham cédant le fauteuil de CEO à Brian, l’aîné de ses quatre fils. La tradition est maintenue.

Brian Oxenham, 60 ans, n’a rien eu sur un plateau. Avant de devenir Production Manager, il est passé par tous les rouages de l’entreprise. «J’ai été une pomme d’amour que l’on accommode à toutes les sauces», dit-il dans un large sourire, ajoutant que cela lui a permis d’apprendre ce qu’il n’aurait jamais appris à l’université.

E.C. Oxenham & Cy Ltd, qui a démarré ses opérations à la rue Edith Cavell, à Port-Louis, a toujours fait partie de la vie de Brian, l’aîné de ses trois frères, Sylvan, Steve et Frederick. Deux fois la semaine, après l’école, Brian Oxenham, alors âgé de sept ans, allait rejoindre son père, Clifford, à l’usine. Ce dernier y travaillait depuis ses 16 ans, quand son père, Edward Clark, décède brutalement.

Une fois ses devoirs terminés, Brian Oxenham se balade dans l’usine, bavardant avec les employés, à l’époque au nombre de 75. Histoire de se faire de l’argent de poche, il demande à son père «un petit travail». Pour une dizaine de roupies, il est envoyé au comptoir où l’on met le joint en liège dans les capsules.

C’est en 1977, à l’âge de 20 ans, qu’il intègre la compagnie, pour un salaire de Rs 500. Il vient de terminer ses classes secondaires au collège du St Esprit. «À cette époque, dès que l’on terminait l’école, on cherchait un travail. Les études supérieures n’étaient pas envisageables.» L’usine avait alors emménagé un local plus grand à la rue Harris, à Port-Louis.

Son premier jour, il s’en souvient comme si c’était hier. «Papa m’a envoyé couper les bouchons.» Il ne trouve pas ce travail humiliant, au contraire. Débrouillard, il fait appel à son esprit pratique et essaie de réajuster lui-même la machine, jugeant les bouchons trop minces.

Il doit ensuite compter les caisses à l’arrivée et au départ des camions. Puis, il est envoyé au planning de l’embouteillage. «Je prenais le maximum de responsabilités : mise en bouteilles, distribution, maintenance des équipements... tout obstacle était une occasion d’apprendre et de me rapprocher des travailleurs. Depuis, ma devise est restée la même : il faut travailler épaule contre épaule pour avancer. Work hard and stay fresh!»

C’est ainsi que Brian Oxenham gagne le respect de tous. Il est le premier arrivé à l’usine et le dernier à quitter les lieux. Même en week-end, lorsqu’il y a des machines à réparer ou à entretenir, il est sur place à épauler les travailleurs. Grâce à son savoir-faire technique, il est nommé Bottling & Distribution Manager.

«No one is bigger than the team»

Les grands temps forts de ces 40 ans seront l’installation des diverses machines. D’abord, la deuxième grosse laveuse de bouteilles de La Réunion, une machine d’occasion qu’il devait réparer et rénover. «C’était un énorme challenge de la faire redémarrer. Je l’ai décapé à l’acide car elle était remplie de calcaire. J’entends encore le mécanicien, Philippe Aurélie, me dire : “pa traka, dormi lor la ek dimin ou pou trouv so solision.” Je l’ai écouté et vers 4 heures du matin, j’ai eu un flash. Un mois après, la machine fonctionnait. Elle nous a permis d’augmenter notre production de 800 à 2 000 bouteilles par heure.»

Cependant, 1984 fut l’année d’un choc familial. Clifford Oxenham fait une occlusion cérébrale et en sort paraplégique. «J’ai dû rentrer dans les chaussures de papa au niveau de la production, de la distribution et des réparations mécaniques des véhicules. Mon oncle Vivian était aussi à l’embouteillage. Mon frère Sylvan et mon cousin Alan venaient de rejoindre la compagnie, l’un à la tête de la comptabilité et l’autre au marketing. Cela m’a beaucoup soulagé. Mais j’avais tout de même à gérer le plus gros département, 100 employés sur les 120.» Par la force de sa volonté, Clifford Oxenham a pu retrouver l’usage de ses membres deux ans plus tard et reprendre les rênes de la compagnie.

Un autre temps fort pour Brian Oxenham a été le déménagement de Port-Louis à Phoenix en 1989. Car l’usine a besoin de place et d’eau potable. «Nous avions besoin de 15 000 litres d’eau par jour. Aujourd’hui, c’est 150 000 litres au quotidien. Si nous étions restés à Port-Louis, nous aurions fermé la boîte.» Déménager à Phoenix signifie démanteler une à une les machines, modifier les camions pour les transporter, puis les réinstaller, tout cela sans déranger la production.

Lorsqu’on travaille avec ses parents, le risque de conflits n’est jamais loin. «Jamais dans le travail», s’exclame Brian Oxenham. «Papa peut être têtu, mais il écoute toujours le point de vue des autres avant de trancher.» Et avec les autres membres de la famille ? «Il y a eu des désaccords. On a dû faire des concessions de part et d’autre. Mais au final, on s’accommode. L’esprit de famille passe avant tout. C’est une philosophie inculquée par papa et ma grand-mère, Clémence. Elle avait une grande autorité et tout le monde l’écoutait. Elle disait qu’il faut tout faire pour rester unis dans le business car si on explose, on laisse le marché aux concurrents. Notre ego et notre fierté passent après le business.»

Cela fait trois ans que Brian Oxenham siège sur le conseil d’administration en tant que directeur. Mais cette instance n’est pas toute puissante. Les opérations se discutent au quotidien. «Nous nous parlons tous les jours. Si l’on a un désaccord, le board tranche. Mais ce n’est pas un one-man-show. C’est un travail d’équipe. No one is bigger than the team.» Clifford Oxenham a confié le poste de CEO à son fils Brian et la présidence du conseil d’administration à son neveu Patrick, mais continuera à siéger en tant que directeur et mentor.

Les enfants de Brian Oxenham, Mélissa de Spéville, 33 ans, et son fils, Peter, 30 ans, ont intégré la compagnie, la première comme Brand Manager et le second comme Production Manager and Information Technology Manager. C’est aussi le cas de leurs cousins. Tous connaissent l’exigence de l’entreprise : «avoir une heure précise pour arriver au travail mais ne jamais savoir à quelle heure on en ressortira.» Et ceux qui ne respecteraient pas cette règle se prennent «un petit coup de rotin», précise Brian Oxenham.

Ce grand-père gâteau de Nathan, trois ans, et Luc, un an et demi, croit beaucoup dans la jeune génération. «On a beaucoup de projets en chantier et je suis sûr que la jeune génération va nous mener vers d’autres étapes de notre développement. Je me fie aussi sur mes 324 soldats. Ils font partie de la famille et ensemble nous pourrons relever les prochains défis. Je suis convaincu que, comme dit l’adage : we cannot direct the wind but we can adjust the sail…»

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