Alan Ganoo: «Je suis un dinosaure productif»

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Le Mouvement patriotique (MP) fête les 35 ans d’engagement politique d’Alan Ganoo aujourd’hui. Pour le leader du MP, il n’est pas question de quitter la scène politique, du moins pas pour le moment. Il se considère comme un dinosaure qui a toujours du dynamisme.

35 ans en politique. N’est-il pas temps de prendre votre retraite ?

Oui, c’est envisageable et même possible. Mais l’idée de la retraite ne m’effraie pas. Je pense pouvoir toujours servir l’électorat qui m’a soutenu contre vents et marées. La politique, pour moi, a toujours été un service ; c’est pourquoi j’ai duré tout ce temps. Ma devise à moi c’est : Before you pretend to lead, you must learn to serve. Ce qui m’intéresse, c’est le service. On entend souvent parler de dinosaures ces temps-ci, je suis bien conscient d’un besoin de renouveau au niveau de la classe politique. Je suis un dinosaure productif, qui a encore du dynamisme. Je gère toujours la plus grande circonscription de Maurice. Je suis resté un député de proximité. Ces 35 ans ont été des années de passion, de sincérité et d’humilité.

Vous pensez que vous pesez lourd, aujourd’hui, dans la balance politique ? 

Si vous deviez chiffrer le nombre de vos partisans ? C’est difficile pour un parti politique de se mesurer en termes de poids et de pourcentage. Depuis 2014, il y a eu un paradigm shift. La façon de penser et le comportement électoral peuvent encore nous surprendre lors des prochaines législatives. Il y a une absence d’adhésion au sein des partis politiques traditionnels. Il y a un vide que le MP peut combler.

Vous fusillez les gens, vous aussi ? Vous n’avez pas de «bodyguard», pas de revolver ?

Je suis contre la violence physique ou verbale. Je désapprouve totalement ce que Showkutally Soodhun a dit. Il doit présenter des excuses en public au leader de l’opposition et à la population. C’est grave qu’un vice-Premier ministre utilise un tel langage pour provoquer une perturbation sociale. On a l’habitude de prendre Soodhun à la légère, mais cette fois-ci, le ton de sa voix, son body language démontrent qu’il était conscient de ce qu’il disait. Il doit faire son mea-culpa et reconnaître son erreur.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre absence de verve, de charisme ? 

Chaque personne a sa personnalité. Le charisme est important à un homme politique, mais tout cela est relatif. Quand SAJ avait été élu Premier ministre, tous ses adversaires disaient qu’il était quelqu’un sans charisme. Le charisme se construit.

Quel adjectif utiliseriez-vous pour qualifier la situation qui prévaut actuellement dans le pays ? 

C’est une situation sans précédent que nous vivons aujourd’hui. Nous avons un gouvernement en chute libre. D’autre part, l’opposition est fragmentée. Elle n’a pas encore trouvé une cohésion nécessaire pour terrasser le gouvernement, le mettre à terre. Il y a un désir pour un renouveau profond dans le pays, mais l’alternance n’a pas encore émergé. Et dans une telle situation, Roshi Bhadain a raté son coup. Aujourd’hui, il est difficile de dire qui sera le Premier ministre parce qu’il y a beaucoup d’incertitudes. Mais je ne vois pas de renouveau pour les prochaines élections. Ce sera peut-être pour 2024.

Regrettez-vous d’avoir fait de la politique au lieu de vous consacrer au barreau ? 

Il paraît que certains avocats s’enrichissent facilement chez nous… Je ne le regrette nullement et s’il faut le refaire, je le ferai. Je me suis tellement impliqué dans la politique avant même d’être député et j’ai tout relégué par la suite. J’ai beaucoup souffert, mais c’est sans regret. J’ai utilisé ma robe d’avocat pour aider. J’ai eu beaucoup d’offres au nom de la trahison, mais j’ai toujours refusé.

Des saisies record, des trafiquants qui sont arrêtés, la commission, les révélations. Il ne se passe pas un jour sans que l’on entende parler de drogue. Pourquoi maintenant? 

Il y a plusieurs facteurs. Il y a la technologie. Et puis il y a une possibilité que les barons aient pensé qu’avec les liens qu’ils entretiennent avec certains au gouvernement, ils pouvaient faire rentrer la drogue facilement.

Est-ce vraiment la «méthode» Pravind Jugnauth qui porte ses fruits ? 

C’est plutôt le travail de la commission d’enquête. Je pense qu’il aurait fallu avoir un commissaire de la drogue permanent qui préside un multi-sectorial commission avec les différents stakeholders tout en gardant son indépendance.

Vous avez des nouvelles de Paul Bérenger ?

On se salue au Parlement. Je n’ai pas d’ennemi politique. Je n’ai jamais fait d’attaques personnelles below the belt.

Vous regrettez d’être parti ? Il n’y a plus de sang mauve dans vos veines ? 

J’ai passé la majeure partie de ma vie au sein du MMM, je n’ai pas quitté le parti par agenda politique. Aujourd’hui, je suis à l’aise là où je suis. Evidemment, je suis un militant avec les idéologies du MMM. Je suis un produit maison du MMM.

Quelles sont les chances de la candidate mauve, Nita Jaddoo à la partielle au n°18 ?

Difficile à dire. Un nouveau candidat a ses avantages ainsi que ses désavantages. Une campagne dans une élection partielle est différente de celle d’une législative. Les mois à venir détermineront la force de Nita Jaddoo au n°18.

Vous souhaitiez que l’opposition trouve un candidat unique pour cette partielle. Que fera désormais le MP ?

Je garde espoir que les partis politiques de l’opposition décideront d’un candidat commun. Il y a encore du temps pour convaincre l’opposition de ne pas s’entre-déchirer.

Soyons réalistes. Le MP ne fera pas le poids seul lors des élections. Le grenat de votre parti tire-t-il plutôt vers le mauve ou le rouge ? 

Personne n’ira seul aux prochaines élections. Ce sera impossible. Le MP, pour le moment, s’emploie à faire une politique de proximité et consolider le parti. En temps et lieu nous choisirons notre partenaire tenant en considération le programme électoral du parti. Nous serons intransigeants sur la corruption et la transparence.

Entre le MMM et le PTr, lequel préférez-vous ?

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de moi, mais du Mouvement patriotique. Le parti décidera qui il choisira.

Vous avez été Speaker de l’Assemblée nationale entre 1982 et 1983. C’était également la cour de récré à cette époque ? 

Je pense que le comportement des députés peut nuire à la dignité et au décorum du Parlement. Déjà qu’il y a le mépris de la classe politique, plus particulièrement chez les jeunes. Quand on offre de tels spectacles aux citoyens, c’est la crédibilité de la classe politique qui encaisse des coups. Le Speaker, l’opposition et le gouvernement doivent travailler ensemble pour le bon fonctionnement de l’Assemblée nationale. Le Speaker doit être conscient qu’il n’est pas un bouclier de la majorité. Il doit y avoir de la parité. 

Votre plus grand regret sur le plan politique ? 

En vérité, je ne regrette rien, comme dans la chanson d’Édith Piaf. Je continue à faire de la politique. Oui, les défaites électorales font toujours mal.

Votre plus grand regret sur le plan politique ?

En vérité, je ne regrette rien, comme dans la chanson d’Édith Piaf. Je continue à faire de la politique. Oui, les dé- faites électorales font toujours mal.

Vous vous voyez où dans dix ans ?

C’est «Bon Dié» qui va décider, mais j’ai le sentiment du travail bien fait. J’ai fait un pacte avec moi-même. Pouvoir ou pas, opposition ou pas, je continuerai toujours à servir religieusement mon électorat.

Avez-vous l’ambition de vous présenter comme Premier ministre ?

Il n’est pas nécessaire d’être Premier ministre pour servir son pays. Mais je pense que j’ai suffisamment d’expérience pour assumer cette responsabilité.

Les parlementaires sont en congé jusqu’à la fin d’octobre. Méritent-ils autant de congés ?

Non. C’est un peu particulier que le Parlement ferme tôt. Nous avons une opposition qui a de la vigueur et pour échapper à une situation difficile au sein du Parlement, le Premier ministre a renvoyé le Parlement prématurément. Il y a plusieurs projets de loi qui ne sont pas encore passés, le gouvernement aurait dû faire l’effort nécessaire. Il y a le freedom of information, le PACE, le Childrens Bill, entre autres. Dommage.

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