Renforcer les familles pour solidifier le tissu social

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La rencontre avec les parents, animée par l’association Soleil de l’Ouest, a lieu tous les mardis.

La rencontre avec les parents, animée par l’association Soleil de l’Ouest, a lieu tous les mardis. 

Soleil de l’Ouest opère depuis 2011 dans les régions vulnérables de l’Ouest, de Chamarel au village du Morne. L’organisation a démarré la première étape de son programme de développement communautaire, «Strong Families, Stronger Communities». Elle s’y attaque aux problèmes de pauvreté et de violence dans ces régions-cibles.

Programme holistique, fidèle à «l’approche systémique» en laquelle croient fortement deux de ses porteurs – Bernard d’Argent et Miko Thomas –, Strong Families, Stronger Communities prévoit trois composantes principales interreliées : le développement communautaire, la question des soins et santé et celle de l’autonomisation économique. La première étape, qui fait partie du volet développement communautaire, comprend des sessions hebdomadaires de réflexion et de partage faites avec les parents…

Nous sommes mardi, aux alentours de 18 heures, dans une salle de la chapelle Stella Maris dans le village du Morne. Une vingtaine de personnes de la région participent pour la deuxième semaine consécutive à une session de partage sur les joies et les peines de la vie parentale. Les cloisons isolent à peine du bruit que font leurs enfants, pris en charge dans une salle à l’autre extrémité de la chapelle. Qu’importe, les participants semblent heureux d’être là, et en confiance !

C’est Bernard d’Argent et Sweety Labeauté, membres de l’association Soleil de l’Ouest, qui animent la session. L’organisation non gouvernementale (ONG) a initié ces instants de réflexion du mardi soir pour lancer la première phase d’un projet baptisé Strong Families, Stron- ger Communities. L’objectif est de s’attaquer au problème de violence au sein des familles vulnérables de certains quartiers de l’Ouest, en aidant à réduire la pauvreté et les souffrances humaines présentes dans ces régions-cibles : Chamarel, Case-Noyale, La Gaulette, CotteauRaffin et le village du Morne.

Une approche participative

Soixante-dix familles sont ciblées sous ce projet, lequel ambitionne de les aider à puisser dans leurs ressources in- ternes existantes – physiques, financières et émotionnelles – pour soutenir le développement de leurs enfants et, par conséquent, celui de l’en- semble de la communauté. «Une approche participative est utilisée, le but étant que, dans le long terme, les participants soient amenés à développer leurs propres projets, en définissant d’eux-mêmes les priorités pour la communauté», explique Miko Thomas.

Cette démarche, importante dans le développement d’un tissu social sain et solide, permet de lancer une dynamique de réflexion autonome et de participation active sur les directions positives à prendre ensemble. Les sessions du mardi avec les parents font partie de l’étape de développement communautaire. Elles posent les bases d’un Club des Parents, qui sera initié dans un deuxième temps afin de pousser plus loin la notion de partage et de réflexion en groupe.

«Nous n’avons pas à leur apprendre quel est leur rôle de parents», précise Bernard d’Argent. «Mais nous souhaitons les aider à puiser de leurs propres ressources pour se réapproprier ce rôle.» Ce mardi, le partage des parents fait ressortir des choses enfouies et profondes dans une ambiance détendue, ponctuée de rires. La gêne ressentie lors de la première session s’est quelque peu estompée, font ressortir quelques participants à la fin de la session. Le facilitateur les remercie de leur confiance et les félicite. Pas évident de parler ainsi de ses ressentis, ajoute-t-il.

Jeter les bases de relations saines

 Des principes clés d’un mieux-être psychologique et d’une relation familiale saine ont été posés : l’importance de prendre du temps pour soi pour mieux gérer ses émotions, l’importance du dialogue pour une meilleure compréhension mutuelle, identifier le bagage émotionnel ramené de l’enfance vers la relation adulte et comprendre le principe de violence intergénérationnelle. Parce que les images se gravent plus facilement que les mots dans les mémoires, les concepts sont exposés à l’aide d’objets concrets du quotidien : deux saladiers et un peu d’eau par exemple, pour symboliser le temps consacré à soi en opposition au temps alloué aux activités du quotidien.

Sur 22 personnes présentes pour cette deuxième session, deux hommes ont accompagné leurs épouses. Les animateurs espèrent que davantage d’hommes rejoindront le groupe lors des prochaines rencontres. Celles-ci auront lieu dans les villages de La Gaulette, Cotteau-Raffin, CaseNoyale et Chamarel.

Suivis psychosocial et pédiatrique

Si les rencontres-parents font partie du volet de développement communautaire du projet Strong Families, Stronger Communities, il y a aussi les deux autres composantes : soins et santé et autonomisation économique. La prise en charge du côté soins et santé comprend d’abord un suivi psychosocial aux familles concernées, avec l’aide d’un Counsellor et d’un travailleur social. Le but est d’aider les parents à développer des outils pour renforcer la cohésion familiale.

De plus, il s’agira de mettre en place un suivi pédiatrique pour les enfants de ces mêmes familles afin de s’assurer qu’ils aient accès aux soins médicaux appropriés. Il s’agit aussi d’introduire la pratique du judo avec l’aide de deux coachs, qui ont été soutenus il y a quelques années par Soleil de l’Ouest.

Pour pallier les problèmes liés à la nutrition, la mise en place d’une Boutique de Solidarité, sur le modèle de la boutique alimentaire gérée par Lakaz Lespwar Solitude à travers Caritas Ile Maurice, est prévue. Ainsi qu’un projet de jardinage à domicile avec l’aide du Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire.

L’aspect de l’autonomisation économique sera géré à travers la mise sur pied d’un projet de poules pondeuses à destination des 12 familles les plus économiquement vulnérables. Il y a aussi le projet de travailler sur la mise sur pied d’un jardin communautaire pour aider à la réinsertion socio-professionnelle de personnes vulnérables.

Le projet est mis en place grâce au soutien financier de Bio Culture, la Fondation Joseph Lagesse, Li Wan Po, ainsi que le ministère de l’Égalité du genre, du développement de l’enfant et du bien-être familial.

Approche systémique: aborder la question de la pauvreté sous tous ses aspects

«Les problèmes socio-économiques de la région sont complexes et multifaces. Le programme que nous mettons en place sous le projet «Strong Families, Stronger Communities» vise à se pencher sur les questions de la violence familiale, de la santé physique et mentale, de l’insécurité alimentaire et la malnutrition, ainsi que du développement de l’enfant», expliquent Bernard d’Argent et Miko Thomas.

L’approche systémique considère l’ensemble des étapes évolutives de la vie de la personne : physique, psychologique, spirituel, social…, et travaille sur tous ces systèmes qui sont liés entre eux et agissent l’un sur l’autre. «Dans l’approche systémique, on considère qu’une action sur un système a toujours des répercussions sur un autre système, un problème existant toujours dans un contexte plus large…» expliquait Bernard d’Argent dans un entretien accordé à ACTogether.mu il y a deux ans.

Ancien «Programme Coordinator» du réseau Adolescent Non-Formal Education Network, Bernard d’Argent a fait de l’approche systémique sa spécialisation à son retour à Maurice, une approche dont il a vu les résultats au cours de deux ans d’expérience professionnelle dans une clinique privée de Melbourne. Au lieu de focaliser sur la personne, c’est sur l’environnement qui l’entoure, donc le contexte global, que l’on se penche, en analysant la nature des connexions sociales, familiales et relationnelles entre les individus. Un des outils utilisés est celui du «génogramme», qui permet de remonter les générations d’une même famille et ainsi casser le cycle des schémas qui se reproduisent de génération en génération (à l’exemple de la transmission de la violence)

Une enquête en cours par SEED Caritas Chamarel

À la demande de Case Noyale Ltd, le Service d’écoute et de développement (SEED) de Caritas Chamarel a mené une enquête sociale auprès des habitants des quartiers de Chamarel et Case-Noyale. Le but: identifier les besoins et les attentes de ces derniers afin que Case Noyale Ltd puisse mieux cibler ses projets d’aide pour y répondre de manière efficace.

Des rencontres communautaires ont été pré- vues en soirée jeudi et vendredi afin de présenter les conclusions de l’enquête menée et d’avoir la validation des habitants, toujours dans la démarche d’approche participative. Auparavant, plusieurs activités ont été menées sur une durée approximative de trois mois : entretiens avec des personnes clés des communautés ciblées (président du village, centres de santé, directeurs d’écoles), Community Mapping auprès des jeunes (il s’agissait de dessiner avec eux une carte de leurs communautés en les amenant à identifier les points positifs et ceux à améliorer), Focus Group avec des groupes d’hommes et de femmes. Ou encore une enquête réalisée à travers une application mobile gratuite – l’Open Data Kit.

Cette application a facilité la démarche de récolte de données et a permis de toucher plus de 30 % des ménages, au-delà de la cible des 20 %, explique Miko Thomas. Neuf enquêteurs (dont quatre du SEED de Caritas Chamarel qui formaient l’équipe d’évaluateurs) ont interrogé les personnes à travers cette technique. Les personnes des quartiers ciblés ont elles-mêmes défini les axes prioritaires d’interventions selon les besoins établis et ont suggéré des pistes pour pallier aux manquements existants, poursuit Miko Thomas, qui a contribué à cette enquête.

Les besoins identifiés se situent au niveau du logement, de la santé, de l’éducation, du chômage, des problèmes liés aux drogues et à l’alcool, de la sécurité (pour Case-Noyale) et du transport public (pour Chamarel).

L’association à la recherche d’un container

Soleil de l’Ouest recherche un container pour le transformer en lieu adéquat pour les thérapies. L’ONG a déjà un espace mis à sa disposition par la chapelle du village du Morne. Pour l’instant, les rencontres avec les familles se font en plein air ou à l’intérieur de l’église. Si vous pouvez aider ou que vous avez des contacts, qui pourraient les aider, Miko Thomas et Bernard d’Argent sont joignables par email ([email protected]) ou à travers la page Facebook de l’organisation.

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