Jean Claude de L’Estrac: «Ce vote de l’ONU n’est pas une première»

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Maurice vient de remporter une victoire à l’Assemblée générale des Nations unies, mais vous semblez vouloir mettre un bémol à cette avancée historique. Pourquoi ?
Ce qui vient de se passer à l’ONU est certes une victoire politique, et l’on doit, à juste raison, saluer la détermination de sir Anerood. Cela dit, je m’inquiète de l’euphorie qu’elle suscite et des faux espoirs qu’elle entraîne.

En quoi ?
En cela que ce vote de l’Assemblée générale des Nations unies favorable à la cause mauricienne n’est pas une première. Le Royaume-Uni a déjà été condamné par l’Assemblée générale elle-même, sans conséquence aucune. C’est la résolution 2066. Les termes de cette résolution méritent d’être cités, elle invite la Grande-Bretagne à «take no action which would dismember the Territory of Mauritius and violate its territorial integrity». En plus, elle demande au Royaume-Uni de «report to the Special Committee and to the Assembly on the implementation of the present resolution». C’était il y a 52 ans !

Mais cette fois, il s’agit d’obtenir un avis de la Cour internationale de justice…
Oui, un avis consultatif demandé par l’Assemblée générale ! La Cour internationale de justice est l’organe judiciaire principal des Nations unies. Je ne vois pas comment elle pourrait ne pas donner un avis favorable à Maurice, qui s’appuie sur des résolutions votées par des Assemblées générales de l’ONU, et notamment la résolution 1514, qui interdit le démembrement d’un territoire colonial avant son accession à l’indépendance. À mon avis, la cause est entendue, mais, comme chacun sait, c’est un avis consultatif, et nous pouvons prévoir que les Britanniques et les Américains n’en tiendront aucunement compte.

Faut-il alors baisser les bras devant les puissants ?
Non, il faut continuer à exposer le cynisme et les lâchetés des grands de ce monde. Mais il faut également garder les pieds sur terre. Les Américains n’ont pas obtenu des Britanniques qu’ils vident Diego Garcia de sa population, en employant les moyens exécrables que l’on sait, pour accepter qu’ils reviennent. Les raisons politiques qui ont déterminé leur action sont, de leur point de vue, toujours pertinentes. Voilà pourquoi je pense que le combat pour Diego, c’est une guerre de cent ans…

Avec des batailles gagnées, comme celle de cette semaine à New York ?
Oui, sans doute ! Encore que je ne m’explique pas la posture de quelques pays qui avaient dans le passé soutenu la position mauricienne. Je rappelle qu’à New Delhi, en mars 1983, les 101 États réunis lors d’un sommet des Non-Alignés, avaient voté une résolution qui exprimait «their full support for Mauritius sovereignty over the Chagos archipelago… They called for the early return of Diego Garcia to Mauritius». Cette résolution a servi de base à un certain nombre d’organisations internationales qui s’intéressent à la question. Il faut continuer à se battre sans se faire d’illusions.

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Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

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