Port-Louis: Bazar 5-étoiles cherche clients

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Au marché central de Port-Louis, les artisans font grise mine. Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient et les clients se font rares, expliquent-ils.

«Enn bazar 5 étwal mé péna twalet, péna parking!» ironisent des marchands de produits artisanaux. Leur situation, disent-ils, est critique. Malgré les travaux de rénovation qui ont été effectués, bazar porlwi peine à attirer les touristes. 

Lorsque nous nous y rendons, le lieu est quasi désert… Au rez-de-chaussée, sont casés des marchands de fruits et légumes. Eux, ne semblent pas rencontrer de gros problèmes, mis à part le fait que les toilettes sont inutilisables. 

Les artisans se trouvent, eux, au premier étage, sur la mezzanine. On y trouve des chaînes en bois, dodos par-ci, T-shirts imprimés d’un Maurice Paradis, paréos, épices souvenirs par-là… Mais ce qui saute aux yeux, c’est l’absence de clients. 

Les panneaux indiquant l’existence de cette mezzanine sont inexistants. Idem pour les indications afin de retrouver les escaliers qui y mènent. Les deux escalators menant au premier étage ressemblent à ceux que l’on voit dans les films d’horreur: on a l’impression que quelqu’un va brusquement sortir de nulle part et nous attaquer… Ils sont en fait en panne depuis plus de cinq ans. 

Le troisième étage abrite une grande marque. Comme les commerçants de l’étage du dessous, cette marque loue l’espace de la municipalité. Pour y accéder, nous empruntons l’escalator. Et oui, celui-ci fonctionne… Et ils ont même des WC! Mais attention: ils sont «réservés» aux clients du magasin et aux salariés qui y travaillent. 

Les marchands de produits artisanaux doivent, eux, utiliser les toilettes du Caudan, celles du marché étant dans un état lamentable. Et c’est d’ailleurs ce manque d’entretien, ainsi que l’absence de parking, soutiennent-ils, qui repousseraient les touristes et les Mauriciens. 

Ils font ressortir qu’ils ont demandé à maintes reprises à la mairie de Port-Louis d’aménager des parkings à l’intention des tour-opérateurs, notamment. Leur requête serait toutefois tombée dans l’oreille d’un sourd. «Quand les tour-opérateurs arrivent avec les touristes, ils préfèrent aller au Caudan car ils ont des facilités de parking.» Forcément, cela nuit aux affaires. Et le manque d’informations sur les services disponibles au marché n’arrange en rien les choses.

Vaines promesses ? 

Du côté de la municipalité de Port-Louis, on dit être conscient des problèmes que rencontrent les commerçants du marché. Notamment par rapport aux escalators inutilisables depuis cinq ans et l’état des toilettes. «Nous allons nous occuper de cela à l’avenir.» Vaine promesse, selon les marchands. 

Quid de l’absence d’aires de stationnement? Une source à la mairie fait ressortir que les marchands ont bel et bien fait une demande. Mais celle-ci ne peut être agréée. Au cas contraire, cela créerait des problèmes de circulation et de sécurité. 

Qui plus est, ajoute-t-elle, la municipalité devra faire appel à la Road Development Authority pour réaliser ce projet. Sans parler d’autres procédures à entamer…

«Dan bazar santral ou konn tou nouvel»

«Vizit bazar santral enn folklor ki finn perdi so valer…» Gopal Mungapen, 56 ans, vend des bijoux fantaisie au marché de PortLouis depuis plus d’une trentaine d’années. Mais les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient… 

Ses bijoux, il les vend entre Rs 15 et Rs 500. Mais, révèle ce père de trois enfants, dépité, les clients se font rares, voire inexistants. Il y a quinze ans, raconte-t-il, ce n’était pas ainsi. Le marché central pullulait de touristes et de Mauriciens. 

Le voilà perdu dans ses souvenirs. De confier que dans les années 80, l’acteur bollywoodien Dara Singh et son adversaire Mighty Mongol s’étaient disputés au bazar devant des badauds. Dans l’après-midi, les deux lutteurs devaient s’affronter dans un combat au stade de Candos. Du coup, l’organisateur du combat s’était bien frotté les mains devant la bagarre entre les deux hommes au marché. 

Et puis, à cette époque, poursuit Gopal, presque tous les journalistes venaient au marché central pour glaner des informations. «Bazar santral ti enn latant blagerr, laba ou konn tou nouvel.» 

Gopal est rejoint dans ses propos par d’autres marchands. Ils affirment que le marché central est un lieu historique ayant accueilli des visiteurs de marque, telle la famille Royale d’Angleterre. Et puis, «bann ansien minis kouma sir Satcam Boolell ek Sookdev Bissoondoyal ti kontan vinn bazar santral.» Et il ne faut pas oublier que l’ex-ministre du Tourisme, Michael Sik Yuen, avait organisé des spectacles musicaux au bazar pour attirer plus de touristes.  

Depuis, les choses ont bien changé. Les  habitués du marché ainsi que les visiteurs déplorent le manque d’hygiène et l’odeur nauséabonde qui émane du lieu (voir encadré). D’ailleurs, lors de sa visite surprise au marché central, peu avant de soumettre sa démission comme ministre, Xavier-Luc Duval avait indiqué que le lieu est dans un état déplorable, dénonçant notamment l’absence d’entretien. 

Ce n’est pas étonnant, après tout cela, que le nombre de touristes rétrécisse comme une peau de chagrin. Et ceux qui sont de passage semblent être des adeptes du lèche-vitrine… 

Comment faire pour renverser cette tendance ? Les marchands sont d’avis que le marché central devrait être un arrêt obligatoire lors des visites guidées. Mais, surtout, disent-ils, la loi devrait être plus sévère envers ces gens qui n’hésitent pas à abuser de la confiance des touristes, faisant ainsi mauvaise presse au bazar.

Colliers et bracelets fantaisie 

La journée de travail de Gopal commence à 9 heures et prend fin à 16 heures. Il confie qu’il est de la troisième génération des Mungapen à travailler au marché central. Ses grands-parents s’étaient lancés dans le commerce de… grains secs. Mais lui se spécialise dans la vente de bijoux fantaisie. Plus précisément de colliers et bracelets sertis de pierres d’imitation. Ses matériaux, il les importe de Chine, de Thaïlande et de Madagascar. Ils consistent en des coquillages, perles, pierres semi-précieuses, cristal. Tout cela coûte cher, dit-il.  Pour créer ce type de bijoux, il existe évidemment plusieurs techniques. Mais le plus important, explique Gopal Mungapen, est de savoir comment enfiler les pierres et mélanger les couleurs. Les colliers et bracelets doivent paraître  authentiques. Et à qui revient la tâche d’imaginer et de créer les bijoux? C’est Roubina, l’épouse de Gopal Mungapen, qui s’en charge. Chaque soir, après avoir complété ses tâches ménagères, elle emballe les bijoux qu’elle a imaginés afin que son mari les vende le lendemain au marché central.

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