Enfants Inopérables

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Amy, tout sourire, à l’île soeur hier, photo prise sur la page Facebook «Support Amy».

Amy, tout sourire, à l’île soeur hier, photo prise sur la page Facebook «Support Amy».

Ces cas laissés en suspens par le ministere

Le ministère a finalement fait le nécessaire pour que la petite Amy puisse se faire soigner à l’île soeur. Les officiers avaient déclaré que son état était stable et avaient demandé à ses parents d’attendre la rencontre de l’Overseas Treatment Unit mercredi. Mais après que son histoire a fait le tour de l’île, ils ont cédé. D’autres avant Amy n’ont malheureusement pas eu cette chance. En voici quelques-uns. 

Laurent Edouard, 7 ans, a rendu l’âme le 27 avril après une longue bataille contre un cancer des os. Pour sa mère, Jessica Edouard, il serait peut-être toujours en vie si le médecin en charge de son dossier n’avait pas traité le cas de son fils à la légère. 

La maladie du petit s’est révélée lorsqu’il avait cinq ans. En avril 2016, Jessica Edouard avait obtenu une aide de Rs 800 000 du ministère pour l’opération de son fils en Inde. Tout s’était bien passé et le médecin indien avait donné rendez-vous au petit dans trois mois. «Nous n’avions pas utilisé tout l’argent, il y en avait assez pour un autre voyage», soutient- elle. Selon les procédures, l’argent est transféré directement du ministère vers l’hôpital étranger. 

Or, le médecin qui devait donner son aval pour le second voyage était en vacances. À son retour, il a ausculté le petit mais aurait estimé que tout allait bien. «Je lui ai dit que le médecin indien lui avait donné rendez-vous mais il n’a rien voulu entendre», poursuit Jessica Edouard en larmes. Deux mois plus tard, il serait revenu sur son diagnostic. Or, il était trop tard. Le garçon est décédé en avril. Un mois après la mort de son père. 

Rizwaan Bohonee avait, lui, été diagnostiqué de leucémie le 19 janvier. Les démarches pour qu’il se fasse soigner en Inde avaient vite été enclenchées. Mais c’est au niveau du board que les choses auraient traîné. Selon les parents du petit, l’aval a été donné après plus d’un mois. Entre-temps, l’enfant avait sombré dans le coma. Transféré en Inde, il a été renvoyé à Maurice car son état rendait toute intervention impossible. Il a rendu l’âme peu après. 

Cette douloureuse attente, Jean Daniel Lafoude, 25 ans, la connaît aussi, même si lui est adulte. Ce Rodriguais souffre de la maladie du Crohn. «Cela fait un an que j’ai effectué des analyses et des scans à l’hôpital. J’attends toujours qu’ils me transmettent les résultats pour partir.» 

Le jeune homme raconte qu’il avait développé un abcès qui n’avait pas été soigné malgré qu’il était à l’hôpital. Sa tante, qui avait fait une demande pour qu’il puisse se faire soigner en Inde, avait essuyé un refus. Mais c’est grâce à l’aide du père Sylvio Lodoïska que le jeune homme a pu aller se faire soigner. 

Jean Daniel Lafoude vit maintenant avec une colostomie mais il doit retourner dans la Grande péninsule pour d’autres soins. De nouvelles analyses ayant été faites, désormais, il attend…

Un seul Chirurgien pédiatrique à Maurice

Il a passé plus de sept ans dans le service public avant de passer au privé. Le Dr Kevin Teeroovengadum, seul chirurgien pédiatrique à Maurice, explique qu’il y a un sérieux manque d’expertise à Maurice. «La leucémie peut être traitée, pas diagnostiquée. Et on ne peut même pas envoyer des échantillons à l’étranger car les analyses doivent être faites juste après les prélèvements. » Lorsqu’il était en poste dans les hôpitaux, il aurait opéré des enfants qui, sans son expertise, auraient eu à se faire soigner à l’étranger. «Certains cas pouvaient se faire soigner dans les cliniques qui sont équipées. Pourquoi pas mettre en place une collaboration privé-public ?»

Overseas Treatment Unit. Des subventions allant de rs 500 000 à rs 800 000

Le cas d’Amy Fanny a permis de mettre en exergue l’Overseas Treatment Unit (OTU). Cette entité, sous la tutelle du ministère de la Santé, offre une assistance financière aux patients nécessitant des soins à l’étranger lorsque les traitements ne sont pas disponibles à Maurice. Comment opère l’OTU ? Qui siège sur le Board ? Et quels cas nécessitent un traitement à l’étranger ? Éléments de réponse. 

En fait, l’aide financière allouée aux familles varie entre Rs 500 000 à Rs 800 000. Le premier seuil est applicable aux patients nécessitant des traitements ayant trait à la neurochirurgie, cardiologie ou aux problèmes de vue. Alors que l’autre seuil, est offert aux patients cancéreux ou à ceux nécessitant des implants cochléaires. 

L’OTU ne comprend pas de membres uniques. Les cinq Regional Health Directors (RHD) des hôpitaux publics y siègent. La composition du Board dépend des hôpitaux d’où proviennent les cas où une intervention à l’étranger est nécessaire. Outre le RHD, deux consultants, siègent. Au ministère, on souligne qu’en général le conseil d’administration se réunit régulièrement, soit mercredi. «En cas d’urgence, la rencontre peut se faire n’importe quel jour.» 

L’express a tenté de connaître le nombre d’enfants qui se sont faits soigner à l’étranger depuis le début de l’année et ceux qui sont en attente. Mais, les chiffres ne nous ont pas été communiqués. 

Les pathologies pour lesquelles les enfants doivent le plus souvent se rendre à l’étranger sont les problèmes cardiaques - cyanotiques et congénitaux, le Ventriculoperitoneal Shunt, soit l’application d’un dispositif médical qui empêche l’accumulation de fluides dans le cerveau. Les enfants voyageraient aussi en cas de leucémie aiguë lymphoblastique, de cancer des os et de scoliose, entre autres.

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