Humour sur le Net: ils ont la langue bien pendue

Avec le soutien de
Ewam Ramnath, Nanda Pavaday et Shameem Korimbocus sont des stars du Net.

Ewam Ramnath, Nanda Pavaday et Shameem Korimbocus sont des stars du Net.

Le rire retarde l’apparition des rides et certains profils sur Facebook remplacent amplement les soins contre le vieillissement. Tourner l’actualité en dérision ne date pas d’hier. Mais ce n’est que récemment que cette tendance a pris de l’ampleur. Entre les comptes de Ravi Rutnah ou l’abolition de la taxe sur les serviettes hygiéniques, rien n’échappe à l’imagination de ces chroniqueurs de fortune. Leur humour a fait d’eux des stars du Net. Rencontre avec ceux qui sont sur les premières marches du podium.

Shameem Korimbocus: La dérision comme arme

«Mayo lagazet nou éna. Savat boutey plastik nou éna.» Sa phrase est devenue culte. Le Mauricien Shameem Korimbocus est établi à Dubaï. Ce n’est pas pour autant qu’il est coupé de ce qui se passe au pays. Depuis deux ans, il tourne des vidéos amateurs, traitant l’actualité avec dérision.

Il est récemment devenu une figure connue après sa vidéo dans laquelle il raconte qu’après avoir payé toutes les réclamations, l’État sera ruiné et le peuple n’aura que des «mayo lagazet» et des «savat boutey plastik». Quelques jours après cette vidéo, l’award du Centre d’arbitrage international de Singapour dans l’affaire Betamax est annoncé. Serait-il devin ? «Non. Mais c’était évident, non ?» Sa vidéo a été partagée, téléchargée et diffusée par WhatsApp. Il décide alors de créer sa page et attire plus de 8 000 abonnés en deux semaines.

Faire une différence

Peu après, Shameem diffuse un extrait de la conférence de presse du MSM, le samedi 10 juin. Il est le premier à se poser la question sur le tristement célèbre calcul de Ravi Rutnah. En moins d’une nuit, la vidéo devient virale. Sa question est reprise par tout le monde. «Lorsque je regarde une interview, je ne me contente pas d’une fois. Surtout lorsqu’il y a quelque chose qui me chiffonne», dit-il. Le voyage de Pravind Jugnauth en Inde, Showkutally Soodhun et sa proximité avec l’Arabie saoudite… rien ne lui échappe.

Shameem est devenu comédien malgré lui. Tout a commencé lorsqu’il est arrivé à Dubaï. «Après la mort de ma femme en 2011, les membres de ma famille m’ont demandé de venir les rejoindre là-bas. Je n’avais plus rien ici et j’y suis allé.» Dans son pays d’adoption, il devient responsable d’un magasin de tapisserie. Pour garder contact avec ses amis à Maurice, il leur fait de petites vidéos pour leur montrer le pays, puis des lives. Il rencontre un succès modéré.

Petit à petit, Shameem se rend compte que les Mauriciens aiment l’actualité et la politique. Donc, il s’y met. C’est tout naturellement que son style lui est venu. «Dubaï est comme Maurice. Un pays sans ressources. Nous aurions pu être au même niveau si les politiciens ne nous ‘embêtaient’ pas.» Et c’est justement ce qui le révolte. «Pé asté loto par milion alor ki éna Morisien enn bisiklet mem péna !»

Cette rage nourrie par l’injustice le motive et l’inspire. À travers ses clips, il ose espérer faire une différence. Selon lui, lorsqu’un parti tient un meeting, le leader atteint environ 1 000 personnes. Sur Facebook, son audience est dix fois plus élevée. «C’est d’ailleurs comme cela qu’ils ont gagné les élections, avec leur fameux Viré Mam.»

Ne craint-il pas d’être arrêté lorsqu’il vient en vacances ? «Ah, je ne demande rien de mieux ! Les charges vont ensuite tomber, puis je vais les poursuivre et je serai millionnaire ! Que demander de plus ?» s’exclame Shameem. Plus sérieusement, il dit ne pas avoir peur car non seulement il se colle à la vérité et aux faits, mais il prend bien soin de ne diffamer personne.


Nanda Pavaday, le jongleur de mots

La réputation de Nanda Pavaday n’est plus à faire. Ce jongleur de mots, âgé de 45 ans, est le champion incontestable des rimes et du commentaire de l’actualité de manière décalé. Tantôt cyniques, tantôt sarcastiques, tantôt empreints de fortes émotions, les textes de Nanda Pavaday ne laissent pas indifférent. Son moment de gloire, explique-t-il, est arrivé avec son fameux post #noudithé.

Décembre 2015. Une vidéo d’un Mauricien demandant à ses concitoyens de rejoindre le groupe terroriste auquel il appartient fait surface. Dans son discours, il fustige la «nudité » prévalant dans l’Occident et à Maurice. Onde de choc dans le pays. Personne ne sait comment réagir.

Jusqu’à ce que Nanda arrive et fasse son fameux jeu de mots «nudité» / «noudithé», arguant que celui qui n’aime pas le thé local n’a qu’à aller ailleurs, mais que ce n’est aucunement une justification au message de haine. À partir de ce moment, ses posts deviennent un rendez-vous quotidien de bonne humeur.

«Lorsque j’écris, j’essaie de me mettre à la place des gens. J’essaie de décrire leurs émotions. C’est pour cela qu’ils peuvent s’identifier à ce que je fais.» Revenant sur son #noudithé, il explique qu’à ce moment-là, les Mauriciens ne savaient pas trop comment réagir. Après son post, le public a réalisé qu’il n’y avait pas de quoi dramatiser. Il a mis en exergue le ridicule du discours et la tension est vite retombée.

Reste que ses posts ne sont pas toujours humoristiques. «Lorsque j’avais écrit un long texte en hommage à ma mère, j’ai eu beaucoup de réactions aussi. Ce sont des émotions que ressent tout le monde.»

Pas question d’arrêter

Mais ce jongleur de mots n’a pas toujours su manier la plateforme sociale. «Un ami indien avec qui j’avais fait mes études m’a demandé de créer un compte pour rester en contact avec lui. Cela m’a pris du temps avant de comprendre comment cela marche», dit-il en riant. Après l’inscription, Nanda a vu un «carré» où il pouvait écrire «un truc» et partager. Ce qu’il fait. «Comme je n’avais pas d’amis, ce n’est pas allé plus loin. Je ne savais pas trop ce que je faisais.»

Mais il apprend vite. Petit à petit, il crée son réseau, partage des blagues et s’oriente vers l’actualité. Un autre de ses textes, écrit en mauvais anglais, avait également eu un succès considérable. «C’était à l’époque où il y avait les manifestations contre les frais d’examens. Je n’ai pas pris parti, j’ai simplement fait un texte sur l’actualité du point de vue des étudiants.» Cela a fait mouche.

Mais il apprend vite. Petit à petit, il crée son réseau, partage des blagues et s’oriente vers l’actualité. Un autre de ses textes, écrit en mauvais anglais, avait également eu un succès considérable. «C’était à l’époque où il y avait les manifestations contre les frais d’examens. Je n’ai pas pris parti, j’ai simplement fait un texte sur l’actualité du point de vue des étudiants.» Cela a fait mouche.Pourquoi Facebook ? Nanda redevient sérieux. «Facebook est le seul endroit où je peux occuper autant d’espace que je veux.» Et il n’a pas l’intention d’arrêter. Entre les jeux de mots sur les «vendeuses de cotomili» et le joueur Van Persie et un texte confus sur le calcul des économies par rapport à la baisse du prix du pain, il continue à ravir les internautes.


Ewam Ramnath, le futur Yann Barthès

À 22 ans, Ewam Ramnath est une étoile montante du monde de l’humour. Son parcours est assez classique : sa première vidéo est calquée sur un YouTubeur qu’il admire. «Un jour, je jouais à la FIFA avec un ami. Il y a eu un bug dans le jeu. J’ai fait une vidéo, je l’ai montée et je l’ai montrée à mon ami. C’est de là que tout a commencé.» Depuis, il prend tout ce qui lui passe sous la main. Il n’a pas de sujet de prédilection. Comme les autres chroniqueurs, il se laisse porter par l’actualité.

Lorsqu’il ne fait pas de vidéos, Ewam fait des mèmes. «Je m’inspire des pages internationales, mais j’adapte les situations à Maurice. Et je fais de sorte que cela soit populaire pour parler à un maximum de gens.»

Mais ce qui le pousse vers le style satirique, c’est le fameux «en dehors du boîte» de l’ancien ministre de la Santé, Lormus Bundhoo. C’est le déclic. Ewam décline la phrase à l’infini et il rencontre à chaque fois le même succès. Lorsqu’il fait ses vidéos, il les monte lui-même car il a tout appris à faire en ligne.

Même si son avenir, il le voit dans le domaine de la comédie, le jeune homme est d’avis que les Mauriciens ont du chemin à faire. «Mon rêve, c’est d’avoir une émission comme Le Petit Journal. Mais il faut que la mentalité primaire qui prévaut change un peu avant.» Lui, qui met souvent le pied dans le plat en se moquant des religions, se fait prendre à partie par les internautes de tous bords. Mais heureusement, sa liste d’amis compte davantage de personnes ouvertes d’esprit. «Mais j’essaie de tempérer autant que je peux, histoire de ne froisser personne.»

Et sa prochaine vidéo parle de quoi ? Mystère pour le moment.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires