Agalega et Chagos: un avis légal avait été recherché sur les propositions indiennes

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En 2006, les presses indienne et locale avaient dit que l’Inde lorgnait Agalega et faisait état de la concession de l’île à l’Inde.

En 2006, les presses indienne et locale avaient dit que l’Inde lorgnait Agalega et faisait état de la concession de l’île à l’Inde.

«En tant que Premier ministre, je n’avais pas accepté les propositions de l’Inde.» Déclaration de Navin Ramgoolam lundi, lors d’un vernissage à Chemin-Grenier. Il a affirmé ne pas être d’accord avec les conditions imposées par les Indiens car ce n’était pas possible qu’un seul pays utilise ces facilités octroyées sur Agalega. En effet, des sources affirment que l’Inde avait fait une demande de «sole access» (accès exclusif) sur l’île.

Une de nos sources explique qu’en 2005, le gouvernement était en présence d’une proposition indienne au Conseil des ministres afin de permettre la construction d’une base militaire navale sous le contrôle de la marine indienne. À cette époque, deux ministres étaient contre. L’on apprend que Rs 600 millions avaient été offertes par l’Inde pour deux projets, soit la construction d’une jetée et le réasphaltage. La construction d’un port n’était, elle, pas envisageable. Notre source souligne cependant que des conditions y étaient rattachées. «On ne pouvait pas vendre Agalega pour cette somme. Il faut savoir que le budget mauricien est de Rs 100 milliards.»

Arvin Boolell, ancien ministre des Affaires étrangères, avance que le gouvernement avait référé le dossier au Parquet pour un avis légal afin de confirmer «notre décision politique». La réponse du State Law Office a été négative. Il indique cependant qu’il y a sept mois, le ministre responsable du dossier Outer Islands & Local Governement avait soumis un protocole d’accord au débat au Conseil des ministres pour la construction d’un port militaire. «Ils l’ont mis en attente. On est dans le flou. Est-ce que le gouvernement mauricien a accédé à la demande de l’Inde pour l’accès au port ? Est-ce qu’il y aura une présence indienne sur l’île ?»

Présence indienne

Autre interrogation : la piste d’atterrissage de 3 kilomètres. «Elle est destinée à des avions militaires. L’île même fait 12 kilomètres, avec la zone tampon. L’aéroport militaire, qui va le protéger ?», se demande une source bien informée. Cet interlocuteur reste convaincu qu’il y aura une présence indienne sur l’archipel d’Agalega.

Pourquoi Agalega intéresse-t-il autant les Indiens ? Lors d’une conférence sur les Strategic Studies en Inde, le 10 décembre dernier, le discours d’Arvin Boolell était sur toute la politique de la région de l’océan Indien, notamment cette compétition entre l’Inde et la Chine. Il fait ressortir que l’océan Indien étant le bastion de la Grande péninsule, celle-ci a l’obligation morale d’être le «Security Provider» de la région. Du coup, comme une force émergente, le pays doit soutenir ses atouts militaires face à la croissance dominante de la Chine. D’autant plus qu’il veut être une force dans l’océan Pacifique et l’océan Indien.

Les deux pays doivent ainsi développer des initiatives pour renforcer les infrastructures et la connexion dans la région. Selon les commentaires de l’ancien chef de la marine indienne, l’amiral Mehta, cités par Arvin Boolell, «la faiblesse de la Chine aujourd’hui est la marine indienne. Nous avons une présence dans l’océan Indien et la Chine est concernée. Elle n’est pas contente».

Arvin Boolell avait mentionné dans son discours que le 26 juin 2015, l’Inde avait publié son Master Plan pour l’océan Indien afin de promouvoir la sécurité maritime, tout en injectant «un nouveau dynamisme dans l’Indian Ocean Rim Association pour la coopération régionale». L’autre dimension de la structure de Narendra Modi se concentre sur le renforcement de la coopération en termes de sécurité avec les partenaires régionaux. Du coup, l’initiative de construire un maritime domain awareness network à travers l’océan Indien s’impose. «India has a valuable foothold in Mauritius and agreed to develop infrastructure for connectivity in Agalega and the Assumption Island. The caveat remains the Sovereignty issue.» Il parle également d’un navire indien qui effectue des levés bathymétriques, la charte nautique et des levés hydrographiques dans notre zone économique exclusive. «Les données seront inestimables pour notre économie bleue mais donne aussi un avantage comparatif à l’Inde.»

En 2006, les presses indienne et locale avaient dit que l’Inde lorgnait Agalega et faisait état de la concession de l’île à l’Inde. Dans un article du Times of India en 2006 et intitulé «India eyes an island in the sun», le journaliste avait affirmé qu’Agalega serait allouée en concession à l’Inde.

Catovair : IBL a fait d’énormes pertes


 

Vingt-cinq chalets de luxe, style créole, des facilités de loisirs, une desserte aérienne par Catovair… Le rêve d’IBL s’écroule quand le Conseil des ministres ne lui accorde pas de bail en 2005. Son projet est ainsi gelé. Stoppé en plein vol par le gouvernement. «Il était prévu de refaire la piste d’atterrissage, construire des lodges, desservir Agalega et augmenter les fréquences de ravitaillement», explique Jean-Luc Wilain, «Head of Business Development» chez IBL.

Selon lui, le groupe a perdu beaucoup d’argent quand il a cessé ses activités. «On voulait être le second transporteur régional. C’était un projet qui permettait d’augmenter la desserte d’Agalega.» Il affirme qu’IBL opérait déjà Catovair avec des fréquences aériennes sur Rodrigues. Un article de «l’express» paru le 15 octobre 2005 mentionne l’achat d’un Beechcraft 1900 D acheté à plus de Rs 100 millions. Catovair avait déjà obtenu les droits d’atterrissage à Agalega. Mais, selon Jean-Luc Wilain, les choses n’ont pas abouti car IBL n’a jamais obtenu l’«Air Operations Certificate», l’autorisation pour desservir La Réunion, car les destinations à couvrir étaient Rodrigues, Agalega et La Réunion. Du coup, la vision d’IBL pour Agalega a été chamboulée.

Chagos : la délégation à l’ONU connue

Les choses s’activent pour l’équipe responsable du dossier Chagos. Avec l’approche de la tenue de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), prévue le 22 juin, la partie mauricienne multiplie les réunions pour définir sa stratégie. D’ailleurs, selon une source au ministère de la Défense, la délégation vient d’être finalisée. En sus de sir Anerood Jugnauth, ministre mentor, et de ses conseillers, cinq Chagossiens seront du voyage.

Sir Anerood Jugnauth, ses conseillers Satyaved Seebaluck et Dev Beekhary, le Sollicitor General, Dhiren Dabee et Jagdish Koonjul, Permanent Representative de Maurice auprès des Nations unies à New York. Ce sont les noms des représentants du gouvernement mauricien qui feront le déplacement à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU. Olivier Bancoult et quatre autres Chagossiens se joindront aussi à la délégation. Il nous revient que le ministre mentor ne verrait pas sa délégation sans des représen- tants du Groupe réfugiés Chagos. «Ils feront le déplacement aux frais du gouvernement.»

Comment se prépare la partie mauricienne pour le jour J ? «Nous préparons notre intervention officielle pour le jour, mais nous continuons aussi le lobbying», soutient-on au ministère de la Défense. Sur quoi s’appuiera la partie mauricienne lors de son intervention ? Cette information, nous explique-t-on, est top secrète. Cependant, on fait valoir que la résolution de Maurice qui sera présentée le 22 juin a déjà été envoyée aux Nations unies.

Par ailleurs, la partie mauricienne a envoyé un mémoire aux autres pays membres pour les informer de la lutte de Maurice pour récupérer sa souveraineté sur l’archipel des Chagos. «Nous restons aussi en contact avec les pays amis et nous les tenons au courant des développements sur le dossier.»

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Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

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