Balises : La «démocrature» dans la fiction

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«Taxi», Khaled Al Khamissi Éditions Actes Sud, 8 euros (environ Rs 320)

«Taxi», Khaled Al Khamissi Éditions Actes Sud, 8 euros (environ Rs 320)

La littérature au temps de la dictature : en faisant un clin d’œil à Gabriel Garcia Marquez, voilà comment on pourrait présenter Taxi, le magnifique recueil de nouvelles de Khaled Al Khamissi, paru en 2009, deux ans avant la chute de Hosni Moubarak.

L’auteur raconte ses voyages en taxi dans les rues du Caire. Chacune des 58 nouvelles est le récit de ce qu’il y voit et entend, ou le récit du «taxi», c’est-à-dire du chauffeur, ce qui fait qu’on a souvent un récit enchâssé dans un autre. Plus rare : une histoire racontée par un client au taxi qui la raconte à son tour au narrateur.

Dans la onzième nouvelle, le taxi raconte au narrateur qu’à Shubra, quartier populaire situé dans le nord du Caire, une femme avec un niqab est montée à l’arrière avec un sac. Près du pont du Six-Octobre, elle a enlevé le niqab qui lui couvrait la tête, puis elle a également enlevé son hijab et les bigoudis qu’elle portait avant de les mettre dans son sac ! Peu après, elle a retiré sa jupe : elle était en jupe courte avec des collants noirs épais ! Ensuite, elle a enlevé sa chemise, découvrant un joli haut. Bref, en sortant du pont du Six-Octobre vers Doqqi, c’était une autre femme. «Excusez-moi, mademoiselle, je sais que tout le monde a sa vie privée mais, je vous en prie, racontez-moi votre histoire.» La jeune femme la lui raconta finalement et le taxi la remercia. En gros, elle était serveuse dans un restaurant respectable, mais chez elle et dans son quartier, il était impossible de sortir et de rentrer sans niqab. Question du taxi au narrateur : «Sérieusement, monsieur, vous ne trouvez pas cette histoire bizarre ?»

Il est souvent question de Moubarak et de son régime dans Taxi. Dans la trente-sixième nouvelle, un taxi n’arrive pas à retenir ses éclats de rire après la publication des photos des candidats à l’élection présidentielle dans les journaux d’État ! Il s’en explique au narrateur : «Ils ont tous l’air d’abrutis, de voyous à la noix. Ils nous ont trouvé des gens que personne ne connaissait. Je suis sûr que même leurs mères n’ont jamais entendu parler d’eux.» Il poursuit en disant que ces élections sont le jouet du gouvernement qui veut apparaître comme une démocratie devant les Américains pour qu’ils continuent à le subventionner et que l’économie ne s’effondre pas. Voilà, dit-il, pourquoi ils montent cette pièce de théâtre. «On a dit que le gouvernement allait donner aux candidats de la présidentielle de l’argent pour la campagne. Il faut bien que les acteurs soient payés. La meilleure que j’ai entendue, c’est un client qui me l’a racontée aujourd’hui. Elle nous a fait mourir de rire : un des candidats s’est présenté à la présidentielle pour prendre sa part et a annoncé qu’il allait voter pour Moubarak !»

C’est, cependant, dans la vingtième nouvelle qu’on trouve la réflexion la plus profonde sur la dictature et la démocratie. Après les élections législatives, un taxi déclare au narrateur qu’elles ont été savamment cuisinées, chacune restant dans le rôle qu’on lui avait donné. «On a montré une image parfaite de véritable démocratie. Mais je vais vous dire la vérité. La démocratie n’existe dans aucun pays au monde. Bien sûr, chez nous, ce n’est pas la peine d’en parler, mais elle n’existe pas non plus à l’étranger. Aux États-Unis, les gens votent pour un parti ou pour l’autre alors qu’en fait, les deux sont pareils. Ils ont un seul parti, mais avec deux noms. Comme ici, où on vote soit pour Moubarak, soit pour Moubarak.» Pour preuve, le taxi ajoute que du fait que l’état d’urgence existe depuis vingt-cinq ans, «ils» pourraient entrer dans n’importe quelle maison, et qu’ils y trouveraient beaucoup de choses interdites, que le droit en Égypte est aussi flexible qu’un élastique.

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Hugo : Pages choisies

Michel Butor

Michel Butor, auteur de «La Modification» et du «Passage de Milan», a fouillé, remué les vieux cartons du grenier hugolien qui regorge de surprises, livrant au lecteur de longs extraits, souvent inattendus, et même quelques dessins. «Je n’ai nullement la prétention d’avoir réuni les plus belles pages. Non que les écrivains soient toujours inspirés. Bien des passages ou même des volumes nous semblent plus faibles, ce qui d’ailleurs souvent change avec les modes et les siècles. Mais dans une œuvre aussi vaste que celle de Hugo, il y a des centaines de pages qui me semblent tout aussi belles et que je voudrais faire découvrir. J’espère que celles-ci en donneront l’envie... Non seulement l’œuvre de Hugo est gigantesque, mais il avait une personnalité envahissante, déteignait sur son entourage. C’est pourquoi j’ai voulu attirer l’attention sur des œuvres dont il n’est pas le seul auteur, mais qu’il a remarquablement inspirées à des personnes devenues en quelque sorte ses médiums.»

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