La loi du plaisir

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De toute évidence, la bouche a été faite pour manger. Allez donc dire ça aux amoureux ! Dans sa pulsion d'amour, le corps entier est un champ d'érotisme. Certaines zones érogènes sont privilégiées et plus relevées, tels la nuque, le lobe de l'oreille, les lèvres et la langue, les seins et leurs mamelons - pour ne pas descendre trop bas - et on ne peut pas dire que c'est leur fonction première. Cette diversification ne date pas d'hier. En fait, elle ne date même pas de l'avènement de l'humanité. Le règne animal, dont celle-ci fart partie, offre de nombreuses illustrations de comportements amoureux et annexes, recherchant d'abord le plaisir et menant éventuellement à l'accouplement. Seulement, voilà: l'amour est limité chez les «animaux», à des saisons spécifiques, restreintes, accompagné de signaux évidents. 

Ce n'est pas la peine de baisser les yeux, la survie de chaque race et de toutes les espèces, animales bien sûr, et, bien que moins apparentes, les plantes aussi, dépend, depuis que l'évolution a séparé et différencié les sexes, de leur coopération pour procréer et survivre. L'évolution n'est pas bête. Cette coopération n'est pas présentée comme un simple devoir. Elle ne résulte pas de philosophies religieuses, ni de calculs de natalité. Les sexes sont amenés à accomplir ce devoir sine qua non par une récompense et son attrait : le plaisir. En fait, on peut dire que le raffinement des moyens mis en œuvre pour inciter les deux sexes à se rencontrer pour procréer est le souci majeur de la vie, et que les détails anatomiques des vivants sont dictés par leur efficacité à consommer ce rapprochement.

 Les humains se distinguent des autres formes de vie par leur capacité et leur volonté de s'émanciper des limitations du plaisir aux époques saisonnières propices à la procréation. Ils font l'amour sans restriction de saison, de jour ou de nuit, presque indépendamment des cycles physiologiques. Cette émancipation, au sens général du terme, consiste à rechercher le plaisir sexuel «per se», pour lui-même. On peut penser que c'est en raison de cela que les zones érogènes de la peau se sont multipliées. Nous revenons ainsi à ce par quoi nous avons commencé:«la bouche est faite pour manger» , mais elle s'offre aux baisers en diverses situations d'affection et dans une variété de relations, certaines sexuelles, d'autres conformément aux traditions, aux habitudes, aux expressions de respect, d'amitié (et d'hypocrisie!). Les zones érogènes de la peau sont, en premier, les organes sexuels manifestes, mais la recherche du plaisir (hédonisme) ne se limite plus au génital, ni même à l'oral. L'homosexualité est un de ses résultats. Souvent considéré comme contre nature, ou pire, une perversion, l'homosexuel adopte pour la satisfaction de son plaisir, des positions peu conventionnelles, en marge de la norme et des morales. L'étude des positions et des pratiques est d'une certaine antiquité : lé Kama sutra n'est pas satanique. Il fait partie, selon le Petit Larousse, «de la littérature religieuse indienne». 

Il ne fait aucun doute que des liens affectifs peuvent s'établir durablement ou pas entre deux personnes du même sexe ; en baissant les yeux, on a longtemps confiné le sens de ces liens au concept de l'amitié, mais en les ouvrant un peu on voit bien où cela peut mener. «Voilà, belle Émilie, à quel point nous en sommes», dirait Corneille. En plus, il faudrait adjoindre Jules. 

La tolérance contemporaine admet l'existence de ces liens adventices et, comme on repousse la poussière sous le tapis afin qu'elle ne se voie pas, la parade qu'elle a trouvée, c'est que l'homosexualité est permise quand elle se consomme «entre deux adultes consentants en privé». Notons que ce n'est pas, strictement, une restriction exclusive, puisque ces critères s'appliquent de fait et tout aussi bien aux rapports hétérosexuels, car on ne sait jamais exactement ce qui se passe dans les chambres les plus austères. L'évolution des mœurs et des pratiques a fait cependant de l'homosexualité une chose publique et pour certains gênante: elle a acquis son vocabulaire, ses associations, ses numéros de téléphone, le droit à ses marches et manifestations, au nom de la liberté et de l'égalité. On suppose que c'est en partie pour faire «moderne» que la dépénalisation de la sodomie sera proposée à la société mauricienne sous formé d'une loi, côte à côte avec les crimes sexuels qui se passent de consentement ; le rapprochement entre le durcissement des peines pour ces crimes et la libéralisation de la sodomie a un drôle d'effet. 

Garcia Marquez fait un de ses personnages remarquer que la sodomie «se trompe entre l'entrée et la sortie».

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Le Directeur des poursuites publiques (DPP) a ravivé le débat autour de la décriminalisation de la sodomie à Maurice. Dans la 69e édition de sa Newsletter, le DPP questionne la constitutionalité de l’article 250, qui sanctionne la sodomie entre deux adultes consentants. Retour sur un débat qui dure depuis une décennie.

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