Trou-d’Eau-Douce: un salon de coiffure qui donne mal aux cheveux

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De g. à d. Bhanoopratab Beeharry et son fils, Dev.

De g. à d. Bhanoopratab Beeharry et son fils, Dev. 

Est-ce un combat pour rien? Il exerce son métier même si sa demande de permis a été rejetée depuis un an, et persiste contre le vœu des voisins et le veto du conseil de district.

Cela fera bientôt un an que Dev Beeharry, âgé de 22 ans, travaille dans son salon de coiffure sur la route principale du village de Trou-d’Eau-Douce. Même s’il n’a pas encore obtenu de permis, le jeune homme persiste à travailler car c’est son unique gagne-pain.

Toutefois, le conseil de district de Flacq n’aurait aucune intention de le lui accorder puisque, au dire du président du conseil, Vikram Hurdoyal, une vingtaine d’habitants ont signé, depuis quelque temps, une pétition contre l’ouverture du salon. Il serait, selon eux, une menace sur leur tranquillité.

Il est environ 14 heures sur la route principale de ce village balnéaire, et l’on se trouve dans les environs du salon de coiffure de Dev. Contrairement à d’autres du même genre, celui-ci est littéralement ouvert, car il ne comporte pas de fenêtres, la porte non plus n’est pas fermée. Un jeune assis à l’intérieur paraît perdu dans les chansons que l’on diffuse sur les ondes d’une radio. Il s’agit d’un cousin de Dev.

Quelques minutes après, ce dernier et son père, Banoopratab Beeharry, arrivent. Le père, la cinquantaine, également coiffeur de profession, dit qu’il travaille et vit dans ce village depuis plus de 25 ans et qu’il n’a jamais eu de problème. «J’ai ouvert mon premier salon un peu plus loin à l’âge de 21 ans et j’ai travaillé sans aucun problème», dit-il.

Dev, le fils, qui a voulu marcher dans les pas de son père, a mis le cap sur l’Angleterre il y a quelques années pour suivre un cours de formation dans la coiffure. Il est rentré ensuite pour travailler avec son père. «Mon fils voulait ouvrir son salon dans le village et, sans savoir que cela constituait une offense, j’ai transféré mon permis en ce lieu, pour ce nouveau bâtiment.»

«Finalement, un jour, le conseil de district de Flacq m’a dit que cela n’est pas faisable car on ne peut transférer ainsi un permis, c’est illégal. J’ai donc fait une seconde demande afin que mon fils puisse travailler tranquillement ici», explique Banoopratab.

Mais, depuis, père et fils sont dans l’attente d’une réponse. Et bien qu’il n’ait pas encore de permis, Dev continue à travailler. La semaine dernière, il a également eu la visite d’un inspecteur du département de la santé du conseil de district qui lui a dressé une contravention.

Mais pour Dev et Bhanoopratab, cette situation représente une injustice. «Je suis allé au conseil de district de Flacq où j’ai rencontré le président pour lui demander pourquoi mon permis tarde. Il m’a carrément dit que je ne dois pas travailler en ce lieu et d’aller trouver un autre bâtiment. Cela, parce que mon salon est situé juste devant sa maison et sa famille est mécontente», lance Bhanoopratab.

Voisins fâchés

Justement, ces voisins, qu’ont-ils à dire ? Une demi-douzaine de personnes se sont approchées pour dire que depuis un an environ, leur environnement serait devenu invivable. «Vous avez vu comment ce salon est ouvert à l’air libre ? Il n’y a aucune discrétion. De plus, le coiffeur encourage d’autres jeunes à y venir pour consommer de l’alcool et écouter de la musique à plein volume», lance un père de famille.

Un autre avoue avoir déjà eu des ennuis avec Dev et ses amis et que lors de la discussion il aurait même été agressé par les amis de Dev. Il ajoute avoir porté plainte au poste de police et que l’affaire sera bientôt appelée en cour.

Un autre voisin, qui habite à côté du salon, explique que, souvent, l’entrée de sa maison est obstruée par des motocyclettes et comme il possède une voiture, il doit sortir du véhicule à chaque fois pour aller trouver les propriétaires et leur demander de bouger leurs engins.

«Cela devient plus difficile les après-midi. Des dames et des jeunes filles ne peuvent passer par là sans entendre des commentaires déplaisants», s’offusque cet habitant.

Et à un autre voisin de nous montrer une photo sur laquelle on voit des jeunes avec des bouteilles à la main assis sur le rebord de la fenêtre du salon. «Nous avons même signalé cette situation à la police mais rien ne s’est passé», déplore-t-il.

Au conseil de district de Flacq, le président Vikram Hurdoyal maintient que Dev Beeharry n’a pas obtenu de permis parce que des habitants ont signé une pétition contre l’ouverture du salon et que, depuis un an, il opère sans permis. De plus, non content de n’avoir pas fait provision pour un parking, Dev continue d’opérer même s’il n’a aucun permis et que ses voisins sont contrariés.

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