Portrait-enquête: Sharmila Seetulsingh-Goorah la nominée de fer

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Le 5 juillet 2014, Sharmila Seetulsingh-Goorah est présentée à la presse aux côtés de cinq autres nouveaux adhérents au parti soleil.

Le 5 juillet 2014, Sharmila Seetulsingh-Goorah est présentée à la presse aux côtés de cinq autres nouveaux adhérents au parti soleil.

Elle est la troisième nominée politique du Mouvement socialiste militant (MSM) à se trouver sous le feu des projecteurs. La directrice de l’université de Technologie (UTM), Sharmila Seetulsingh-Goorah, a été au centre d’une Private Notice Question (PNQ) mardi dernier.  Ce n’est pas la première fois qu’elle fait parler d’elle. Pourquoi dérange-t-elle à ce point ? Éléments de réponse.

Sharmila Seetulsingh-Goorah est la troisième du pool de nouvelles recrues préélectorales de 2014, après Mary Jane Yerriah, ex-assesseur de l’Equal Opportunities Commission, et Youshreen Choomka, ex-directrice de l’Independent Broadcasting Authority. Toutes deux ont été contraintes à la démission après des révélations sur des irrégularités les entourant.

C’est le 5 juillet 2014 que le leader du MSM, Pravind Jugnauth, présente Sharmila Seetulsingh-Goorah, alors âgée de 49 ans, à la presse aux côtés de cinq autres nouveaux adhérents au parti soleil. Elle est alors à la tête du département Health & Medical Science de l’université de Maurice et y compte 24 années comme académicienne.

Selon nos recoupements, ses connexions avec l’état-major du MSM viendraient du n° 8, Moka – Quartier-Militaire. Soit, la circonscription du Premier ministre Pravind Jugnauth et de la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun- Luchoomun. (Dans un entretien à l’express en 2016, la principale concernée affirme que sa nomination a été faite selon les dispositions de l’UTM Act par le Premier ministre et la ministre de l’Éducation). Pourtant, Sharmila Seetulsingh-Goorah est issue d’une famille traditionnellement travailliste de Curepipe.

Son adhésion au MSM déclenche une polémique sur le campus de Réduit où elle est, à ce moment-là, toujours en poste. La direction de l’UoM fait valoir que ses chargés de cours n’ont contractuellement pas le droit de faire de la «politique active». La principale concernée attire alors l’attention sur le cas Sheila Bunwaree qui s’est affichée aux côtés des membres du Muvman Liberater dirigé par Ivan Collendavelloo, avant de prendre ses distances de ce parti.

Jocelyn Chan Low, académicien à la retraite, se souvient de son ancienne collègue de l’université de Maurice comme une «forte tête» qui sait se défendre et se battre pour ses idées. «Elle est une personne très caractérielle qui n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds qu’elle a raison ou qu’elle a tort. Bref, you don’t play with her», dira-t-il.

La source du problème

Jocelyn Chan Low connaît aussi Sharmila Seetulsingh-Goorah car elle est, comme lui, originaire de la ville-lumière. «Elle a été au couvent de Lorette de Curepipe et son père a été pharmacien.»

En juillet 2015, quasiment une année après avoir rejoint le parti soleil, Sharmila Seetulsingh- Goorah est nommée directrice de l’UTM. Elle succède à un autre nominé politique, Dharam Fokeer, et devient la première femme à diriger cette institution d’enseignement supérieur.

Pour le leader de l’opposition qui adressait sa PNQ à Leela Devi Dookun-Luchoomun, mardi, tous les problèmes d’infrastructures et de gestion tournent autour de sa directrice. Il réclame la tête de la «nominée politique», mais la ministre de l’Éducation la défend bec et ongles. Elle «a été nommée sur la base de ses qualifications et compétences et est en train de faire ses preuves», soutient-elle.

Le leader de l’opposition n’est pas le premier à exiger la mise à pied du n° 1 de l’UTM. Avant lui, il y a eu l’University of Technology Mauritius Employees’ Union (UTMEU). Le syndicat des employés ne digère pas cette «nomination politique». Dès le 23 juillet 2015, dans une lettre au Premier ministre en date du 23 juillet 2015, l’UTMEU écrit : «We strongly object to the appointment of a new Director-General if it is only to reward someone who has been active during the last general and municipal elections.» Dans la même correspondance, le syndicat plaide en faveur du professeur Hemant Chittoo.

Ce dernier, qui a assuré l’intérim à la tête de l’université pendant près d’un an et demi avant l’arrivée de Sharmila Seetulsingh-Goorah, conteste d’ailleurs cette nomination en justice. Depuis, d’autres lettres de dénonciation du syndicat au gouvernement se sont enchaînées.

L’union des étudiants de l’UTM réclame, elle aussi, la démission de sa directrice. En témoigne, le sit-in du 19 avril. Interrogé, Yogesh Dahari, président de la Student Union de l’UTM depuis octobre 2016, concède qu’il n’a rien à reprocher aux compétences académiques de Sharmila Seetulsingh-Goorah. «Par contre, côté gestion des membres de son personnel académique, elle a encore du chemin à faire. Elle doit pouvoir mettre la pression sur les chargés de cours qui chôment », fait valoir cet étudiant de 26 ans.

Yogesh Dahari lui reproche également ses retards (fait mis en avant lors de la PNQ). «C’est vrai qu’elle n’arrive pas avant 11 heures. Quand je lui ai demandé la raison de ses retards, elle a répondu qu’elle va faire des démarches pour l’université ailleurs avant de venir sur le campus.» Le président de l’union des étudiants de l’UTM dit maintenant attendre la réalisation des promesses faites par la directrice à la suite de leurs doléances.

Face à tant d’animosité, Sharmila Seetulsingh-Goorah reste imperturbable. La tête bien sur les épaules, elle déclarera dans un entretien à l’express le 11 mai, soit deux jours après la PNQ, qu’elle ne laissera pas les «personal agendas de quelques personnes déranger notre travail» à l’UTM.

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