Hôpital Candos : L’image qui a rendu tout le monde malade

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À gauche, le lit occupé par Sylvio au moment où a été faite la photo publiée sur Facebook. Il a, depuis, retrouvé le confort d’un matelas.

À gauche, le lit occupé par Sylvio au moment où a été faite la photo publiée sur Facebook. Il a, depuis, retrouvé le confort d’un matelas.

La photo a mis le feu aux poudres. Les réseaux sociaux et les radios privées se sont enflammés. Les proches du patient se sont embrasés de colère. Les responsables de l’hôpital Candos et le ministère de la Santé ont dû éteindre l’incendie. Récit.

Elle a été postée par une facebookeuse, en milieu de semaine. Elle montre un vieil homme, chétif, allongé non pas sur un matelas mais sur le sommier d’un lit, à l’hôpital Candos. La photo et la légende, «li koumsa dépi hier, hein», ont suscité l’indignation parmi les internautes, provoqué la colère des proches et fait réagir les responsables de l’hôpital ainsi que le ministère. De bonnes raisons d’aller rendre visite au patient.

En ce jeudi après-midi, la ruche qu’est l’hôpital Victoria bourdonne. Dans les couloirs, des odeurs particulières. Ça sent le panadol, la mort, l’espoir, la guérison. Une plaque neuve et un Donald Duck fraîchement peint indiquent l’entrée du PediatricWard.

La salle 10, elle, semble avoir été oubliée par les rénovations. Les proches s’affairent autour des malades, soignent leur solitude. Point de lit sans matelas en vue. Au fond, une dame. Remontée comme Maya Hanoomanjee un mardi. «Sa Madam kinn posté sa foto-la, li ti bizin vinn gété. Ounn tandé bann radio koumma pé fer tamtam ar sa ? Hein ?» Pas de doute nous sommes au pied du bon lit. Qui a retrouvé son matelas.

Des explications, vociférations et présentations plus tard, Madame Flore (prénom modifié) se détend momentanément. «Banla inn fer enn ta palab lor Faceboook san koné kinn arivé.» Qu’est-il arrivé ? Comment le Monsieur, allongé là, à côté, s’est-il retrouvé sur un lit sans sommier ? «Li fer pipi boukou lor lili. Bann infirmié ti met matela sek. Linn anvi dormi dan sa lerla, linn vinn allonz lorla. Lerla sa Madam-la inn pran so foto.»

Le «fakir» malgré lui se prénomme Sylvio. Il a 66 ans, est atteint d’Alzheimer et a d’autres ennuis de santé, confie sa nièce. Le vieil homme ne parle pas. Ses joues sont badigeonnées de «lapoud bébé». Il jette un regard gêné autour de lui. «Ban dimounn pou krwar nou pa okip li. Bizin konn zistwar net avan kozé. Geté, monn amenn tou so bann zafer isi.» Joignant le geste à la parole, sans point ni virgule, elle ouvre la table de chevet contenant des vivres, des bouteilles d’eau.

Cela fait des mois que Sylvio est à l’hôpital. Le 28 février, il a obtenu sa décharge. Mais, il n’a nulle part où aller. «Momem mo vev, mo pa kapav pran so sarz. Ti rod enn home pou li, mé laba banla veg’. Li pé rod al dan enn home kot manz la viann.» Et d’ajouter d’une voix railleuse : «Gouvernman ti kapav ed bann dimounn koumma mo tonton olié fer Métro Express.»

Extrait du rapport soumis par le Ward Manager de l’hôpital Candos datant du 10 mai.

Derrière nous, un attroupement d’infirmiers. Ils tiennent à voler au secours de la réputation de l’hôpital. «Avan fer skandal, bizin fer lanket. Dimounn pou krwar nou tret pasian koumma lisien isi… Al guet responsab lopital, li pou dir ou, nou pa gagn drwa donn plis linformasion.» Il était 15 h 55. Le responsable de l’hôpital était déjà parti. Nous avons essayé de le joindre hier, à plusieurs reprises, en vain. Il était en réunion, selon sa secrétaire.

Du côté du ministère de la Santé, on ne s’est pas endormi. Un rapport autour de cette affaire a été soumis. Il stipule que Sylvio souffre d’incontinence. Qu’il a fallu, en l’espace de quelques mois, changer son matelas pas moins de huit fois. «On essaie actuellement de trouver un home pour l’accueillir, sur une base humanitaire», souligne Djameer Yeadally, l’attaché de presse du ministre Husnoo.

Pourquoi n’a-t-on pas essayé de lui placer une sonde ? «Il l’a arrachée, il est plutôt turbulent. Il est faux de dire que les infirmiers ont fauté, son matelas séchait effectivement quand la photo de la discorde a été prise.» A-t-il fallu attendre le tollé et la preuve sur smartphone pour enfin lui donner un matelas ? «Non. Cela  fait quand même plusieurs mois qu’il est à l’hôpital. D’autres personnes l’auraient vu si tel était le cas.»

À en croire ses dires, l’hôpital ne se fout pas, cette fois, de la charité.

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