Lobbying à $ 15 000: Choomka s’explique timidement, l’opposition sort l’artillerie lourde

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Youshreen Choomka a prêté serment en 2012.

Youshreen Choomka a prêté serment en 2012.

Faisant l’impasse sur les sept questions que l’express lui a posées par e-mail à la mi-journée de mercredi, Youshreen Choomka a présenté un communiqué payant, au service des petites-annonces du journal, pour s’expliquer sur l’enquête «Choomka, courtière à plein-temps qui l’a ciblée, jeudi 4 mai. Communiqué qui n’a finalement pu être publié. Dans cette ébauche, la directrice de l’Independent Broadcasting Authority (IBA) prétend que le seul but de l’article est de la pousser à démissionner de son poste sur la base d’allégations gratuites.

Selon elle, les faits ont été déformés et ceux-ci n’ont absolument rien à voir avec l’IBA. De plus, pour elle, toute l’affaire concerne sa profession privée en tant qu’avocate, puisqu’à l’époque, elle n’était que la présidente de l’IBA.

Mais cette explication est très sommaire face au volume du dossier que l’express a exposé hier. L’enquête s’était appuyée sur des e-mails et des chats WhatsApp, où Youshreen Choomka a dit à des investisseurs potentiels que le gouvernement leur donnerait des avantages exclusifs «grâce à moi». Elle demande ensuite $ 10 000 (Rs 350 000 environ), alors que selon elle le tarif normal est de $ 15 000 (Rs 523 000 environ), pour traiter avec différents ministères. Elle évoque même la possibilité d’accorder, grâce au bureau du Premier ministre, un statut de diplomate à un des investisseurs.

Dans l’ébauche de son communiqué, Youshreen Choomka ne dit rien à ce sujet. Pas un mot non plus sur l’argent qui a été transféré sur son compte bancaire personnel ($ 10 000 par Jeremy Brassfield, un investisseur ghanéen, et $ 35 000 par le Dr Lee Soo Song, un Coréen). C’est l’omerta également sur le fait que son époux, un architecte,  agisse comme consultant sur le projet du Coréen qui a effectivement signé un Power Purchase Agreement avec le Central Electricity Board. Quant à l’argument «my private practice as barrister» qu’elle avance dans son communiqué, les avocats de l’opposition le qualifient de «ridicule»

Baloomoody portera plainte au Bar Council

Veda Baloomoody  a fait savoir qu’il demandera au Bar Council d’enquêter sur cette affaire au plus vite. «Je suis choqué. Est-ce que Mme Choomka a agi en tant qu’avocate ou lobbyiste ?» se demande l’avocat parlementaire.

Après qu’il a pris connaissance du contenu des échanges d’e-mails entre Youshreen Choomka et ses clients, ses interrogations sont encore plus nombreuses. «Est-ce le rôle d’un avocat d’ouvrir les portes du ministère à son client ? Car selon les échanges publiés, il est clair que c’est le rôle qu’elle a eu. Elle a discrédité la profession légale.» Il ajoute que la directrice de l’IBA n’a pas agi comme avocate, mais bien comme porte-parole de ses clients. Pratique qu’il juge contraire à l’éthique. Le député de la circonscription n° 1, Grande-Rivière-Nord-Ouest-Port-Louis-Ouest, maintient que le rôle d’un avocat s’arrête après avoir agi comme  conseil légal.

Ce sont autant de questions et de réflexions qu’il transmettra au Bar Council dans les jours qui viennent. «C’est la seule manière pour que les choses avancent. Je ne fais aucunement confiance à l’ICAC.» Le député mauve était à l’origine de la question parlementaire portant sur l’accession de Youshreen Choomka au poste de directrice de l’IBA après son passage à la présidence de la même institution.

 Même son de cloche du côté de Shakeel Mohamed. Le député travailliste précise que le paiement d’un avocat est un contrat entre lui-même et son client et, de ce fait, la somme est à leur discrétion. «Toutefois, elle a agi comme avocate dans une affaire où elle était dans une position privilégiée. Elle était en contact avec l’exécutif. C’est sur ce point qu’il faut qu’elle réponde.» Par ailleurs, il réclame des explications sur le rôle de Pravind Jugnauth et de Dev Pokheer dans ces transactions.

 Shakeel Mohamed exprime aussi sa surprise quant au silence du gouvernement sur toute cette affaire. «Le fait qu’elle soit toujours en place est révoltant. Il est grand temps de venir avec une loi pour moraliser le rôle des ministres, députés, conseillers et responsables de corps parapublics.

Problème de communication…

  À la suite de l’article paru dans l’édition du 4 mai de «l’express» portant sur les interrogations qu’ont suscitées les demandes de Youshreen Choomka face à des investisseurs, un communiqué portant son nom est parvenu au département publicité du journal. Elle répond partiellement à l’article. «L’express» a essayé de joindre la directrice de l’IBA par divers moyens avant et après la publication de l’article, sans succès. Sa seule réponse est parvenue à travers ce communiqué non publié. Celui-ci a atterri aux petites-annonces dans l’après-midi d’hier. C’est le chauffeur de Youshreen Choomka qui l’a déposé et a demandé un devis pour sa publication. Estimation qui lui a été donnée. Par la suite, le département concerné n’a eu aucun retour. Sollicité, le chauffeur a fait savoir qu’il attend la confirmation de la directrice de l’IBA. Le département marketing, qui gère le paiement et la publication des communiqués, avait déjà fermé les caisses et la réponse de la directrice n’était toujours pas parvenue.


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De brillante jeune avocate à la première femme présidente du board de l’Independent Broadcasting Authority, Youshreen Choomka avait un avenir prometteur devant elle. Mais la chute a été dure avec une commission d’enquête instituée sur elle. Voici une compilation de textes sur toute cette polémique qui s'était ensuivie.

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