Jerry Léonide: «J’ai voulu collaborer avec Linzy Bacbotte pour mon deuxième album»

Avec le soutien de

Jerry Léonide, pianiste mauricien, lauréat du célèbre Parmigiani Montreux Jazz Solo Piano Competition de 2013, sera en concert ce soir et demain soir à 20 heures, au Conservatoire national François Mitterrand.

Vous êtes de retour dans l’île après un an. Qu’avez-vous fait durant ce temps ? 

Il s’en est passé des choses. J’ai travaillé sur un second disque, qui est appelé à sortir en septembre. L’enregistrement s’est fait en 2015 et 2016 a vraiment vu l’éclosion de ce projet. J’ai fait de belles rencontres musicales avec des musiciens français, américains et réunionnais et j’ai collaboré avec l’harmoniste Olivier Ker Ourio de La Réunion et Christopher Cross, chanteur américain.  J’ai beaucoup voyagé aussi, notamment en Asie et en Amérique.

Vous êtes à Maurice pour des ateliers avec des jeunes et également pour un concert. Parleznous de ces événements. 

Les ateliers se sont étalés sur trois jours, soit lundi, mardi et mercredi derniers et ils se sont  très bien passés. J’ai eu un bel échange avec les jeunes Mauriciens, qu’ils soient professionnels ou pas. C’était intéressant de voir leur évolution, en particulier parce qu’il y avait pas mal de personnes qui ont participé au premier atelier l’année dernière. La plupart d’entre elles appréhendent aujourd’hui la musique différemment. Ces participants m’ont posé des questions, beaucoup plus pertinentes. Je me suis retrouvé à la limite face à des gens qui ont quasiment l’ouverture d’esprit des Européens. Ils ont posé des questions par rapport à la professionnalisation de la musique. Ce sont des questions très pointues. Il y a eu également plus de participants cette année.

Vous allez être en concert ce soir et demain à l’auditorium Francis Thomé au Conservatoire national François Mitterrand. L’intitulé de ce concert est «Fantezi ek Tradision». Pourquoi ce titre ? 

Je ne pourrai malheureusement pas présenter le second disque. C’est pourquoi nous avons mis sur pied ce concept, qui me paraît intéressant. Nous l’avons appelé Fantezi ek Tradision, qui est un peu la continuité de mon travail. J’ai pris des standards de la musique mauricienne. Des morceaux, qui datent des années 40-50, des morceaux de Ti Frer qu’on va réinventer et faire découvrir avec un fort accent de jazz et montrer au public la valeur de cette musique. Ce sont des mélodies extraordinaires et des histoires très tristes et c’est ce côté-là que je veux mettre en avant. Ce sentiment dégagé par Roseda de Ti Frer ou encore la tristesse qu’on ressent à l’écoute de Mo Capitaine de Michel Legris.

Et qu’en est-il de cet album qui arrive bientôt ? 

Ce second disque s’intitule Sources of the Ocean. C’est une métaphore. Le travail de ce disque est d’essayer de remonter à la source du jazz et forcément, dans mon cheminement, j’arrive en Afrique, mais c’est comme retrouver la source de l’océan et qui paraît impossible. En fait, la musique jazz est aussi vaste que l’océan. Essayer de trouver sa source est métaphorique mais c’est un travail intéressant et on découvre pas mal de choses. On a un morceau interprété par Linzy Bacbotte que j’ai composé, qui sera chanté en créole. Il y a aussi les titres Chagos et  Gris Gris  qui font un peu le lien avec mon premier album The Key.  Il y a aussi la participation du guitariste béninois  très plébiscité, Lionnel Loueke, qui travaille avec plusieurs grandes stars du jazz. Il y a des accents très africains dans ce disque. Sources of the Ocean sortira sur plusieurs supports… plateformes téléchargeables, en physique et peut être qu’il sera distribué à Maurice, cette fois-ci. J’y travaille.

Quel est le titre que vous avez travaillé avec Linzy Bacbotte ? 

Et comment s’est passé cette collaboration ? Le morceau s’appelle The Other Side, soit de l’autre côté, avec toujours cette image métaphorique : de l’autre côté de l’océan. C’est une histoire assez triste au fait. C’est un problème dont nous, Mauriciens, ne sommes pas forcément conscients parce que cela ne nous touche pas directement mais l’histoire des migrants, qui s’échouent inlassablement sur les côtes de l’Europe, en essayant de s’installer clandestinement dans un pays plus paisible et avoir un avenir meilleur, est bouleversante. La chanson parle de ce voyage, qui se termine bien souvent tragiquement. L’enregistrement avec Linzy Bacbotte s’est fait l’année dernière, au cours de la première édition de Mama Jaz.  On a eu l’occasion de se rencontrer plusieurs fois mais on n’avait jamais eu l’occasion de travailler ensemble et là, nous avons tissé des liens. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup en raison de sa sincérité et pour l’artiste qu’elle est. Je voulais une voix forte comme celle de Linzy pour chanter un texte aussi dramatique.

«Le travail de ce disque est d’essayer de remonter à la source du jazz et forcément, dans mon cheminement, j’arrive  en Afrique...»

«The Key», votre premier album, s’est classé parmi les dix meilleurs albums de Jazz par «The Telegraph » en 2014. Est-ce que cela ne vous met pas la pression pour votre second disque ? 

Cela a été un honneur, pour le petit Mauricien de Pointe-aux Sables que je suis, de voir l’impact de cet album. Il y a eu plus de 100 chroniques en 25 langues différentes. Les critiques ont tous été positives. The Key a été très bien reçu. Nous avons eu la chance de jouer ce répertoire sur les scènes des plus grands festivals en Europe. Je ne pouvais pas rêver mieux, surtout pour un premier disque. C’est sûr que la pression est là. Dans l’élaboration de mon second disque, c’est une donnée supplémentaire. On a l’impression que les gens attendent que quelque chose se passe. Mais c’est une bonne pression parce que du coup, on a envie de bien faire et faire mieux. 

Vous êtes un peu l’instigateur de la manifestation «Mama Jazz». Quel regard jetez-vous sur cette seconde édition, qui se  termine bientôt ? 

Je suis toujours sidéré par l’ambition et la vision de Gavin Poonoosamy. Au départ, quand il m’a parlé de ce fameux mois du jazz, je lui ai demandé s’il était sûr de son coup car là, c’est quand même lourd. Mais après les discussions, j’ai compris son idée et j’ai essayé d’apporter mon expertise. Ce qui m’a vraiment plu, c’est que cet événement est le premier dans l’hémisphère Sud à traiter du jazz pendant un mois. Ce qui est historique. Et maintenant, nous avons une dimension internationale avec la venue des musiciens sud-coréens et américains, qui ont participé à cette seconde édition. Cela augure de bonnes choses pour la suite. Je pense qu’on a jeté les bases pour une troisième édition. Mon rôle à moi est plus celui de rabatteur. J’en parle autour de moi. Les gens sont surpris, puis c’est la curiosité qui prend le pas et ils aimeraient bien venir voir. Le festival a été homologué par l’UNESCO. C’est quand même une grande fierté pour Maurice. Je pense que d’ici quelques années, nous pourrons faire de la promotion touristique avec ce festival. Mama Jaz a la capacité de faire la promotion de Maurice pour un tourisme culturel. Comme à Cape Town où les gens viennent pour le festival mais aussi pour voir l’Afrique du Sud.

Quel est votre agenda  après «Mama Jaz» ? 

Je me rends à La Réunion où j’animerai des Masterclass dans des écoles publiques. Je vais partager mes expériences avec les jeunes musiciens réunionnais puis retour  en Europe. Mais dès que je rentre, je n’aurai pas de répit.  Je pars en tournée avec Christopher Cross durant un mois et demi en Europe. C’est un artiste que j’aime beaucoup et qui est une usine à tubes. Après ce sera les vacances.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires