Olivia: trois localités incrustées dans le passé

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Les habitants de ces trois agglomérations doivent parcourir plus d’un kilomètre pour avoir accès aux transports publics.

Les habitants de ces trois agglomérations doivent parcourir plus d’un kilomètre pour avoir accès aux transports publics.

Le temps semble s’être arrêté dans trois localités voisines d’Olivia. Camp Jackerie, Camp Beau-Bois et Plaine-Bananes sont situées dans une des artères de ce village bordé de champs de cannes d’Alteo.

Un grand chemin qui tient lieu de route principale à côté de l’église d’Olivia est une invitation à la découverte. Ces trois patelins situés l’un après l’autre sont à des années-lumière de la routine et de la vie au centre et des activités du village. Dépourvus de nombreuses aménités et de facilités, ils ont aussi un sérieux problème, celui du transport. Les habitants n’ont accès ni au service de taxis ni à celui d’autobus et sont forcés de couvrir environ 1,5 km à pied, matin et soir, pour aller jusqu’au centre.

Après avoir marché environ 1 km dans le chemin entre les champs de canne, on arrive à Camp Jackerie. On pénètre dans une rue qui n’incite pas à aller plus loin ; il est difficile à croire qu’il y a des habitations là. Pourtant, cette localité compte une centaine de maisons. Plusieurs tours et détours après, on se rend compte que les ruelles sont complètement désertes.

 Mais la chance nous fait rencontrer Kiran Jhukoree, natif de cette localité, qui est âgé de 38 ans. Les habitants de Camp Jackerie, Camp Beau-Bois et Plaine-Bananes sont considérés comme les «malheureux» du village, déplore-t-il. «Depuis mon plus jeune âge, je sais que les habitants ont fait plusieurs démarches afin qu’on ait un moyen de transport ici. Mais rien n’a été fait. Non seulement au niveau du transport, mais aussi dans d’autres domaines, comme les loisirs, entre autres.» Il donne ensuite libre cours à la frustration qui habite les laissés-pour-compte.

Durant son enfance, il a été marqué par ce long trajet qu’il devait faire tous les matins et les après-midi pour aller et retourner de l’école. «Ce n’était pas facile du tout, surtout pendant l’hiver et le temps pluvieux. C’est pour cette raison que j’ai acheté une voiture afin que les membres de ma famille n’en souffrent pas comme moi

 Mais contrairement à Kiran, tous les habitants n’ont pas les moyens de posséder une voiture. «La majorité des habitants sont issus de familles modestes et ils font face à beaucoup de difficultés au quotidien. Je trouve triste que nos enfants, les femmes, ainsi que d’autres habitants, doivent couvrir une aussi longue distance avant d’arriver à la route principale», ajoute Kiran.

À un carrefour à l’entrée du village, on se retrouve devant un bâtiment, qui était autrefois utilisé comme baitka, centre où des leçons en langue orientale étaient dispensées. Il est heureux pour les habitants que l’association Real Academy de Montagne-Blanche et le conseil de district de Flacq aient pris l’engagement de rénover ce bâtiment et de le convertir en un Sub-Hall, afin que les habitants aient un lieu pour des activités. Les travaux sont toujours en cours et Kiran confie que les habitants attendent avec impatience l’ouverture du centre.


 

Va-et-vient incessant

 Poursuivant notre trajet, on tombe dans un deuxième chemin qui conduit à Camp Beau-Bois. Là, les rues grouillent de chiens, alors que cette localité compte seulement sept maisons. Dhanwantee Sawdagur est assise dans sa cour avec ses deux petits-enfants.

C’est sans hésitation qu’elle s’exprime. «Le plus gros souci pour nous, c’est le transport. Nous ne cessons de faire des démarches depuis plus de 12 ans. En plusieurs occasions, des cadres du conseil de district de Flacq et des personnes attachées au Citizen Advice Bureau (CAB) sont venues recueillir des signatures mais une fois qu’elles sont reparties, rien ne se passe» déplore la sexagénaire.

Son fils, Bramsing, confirme qu’effectivement, ces trois localités sont d’anciens camps sucriers et il trouve dommage que les autorités les aient oubliées. «Les enfants n’ont rien pour se distraire. Sauf un terrain de foot, qui appartient à la propriété et son état n’est pas satisfaisant.»

Quelle surprise va nous réserver la visite de la troisième localité, Plaine-Bananes ? D’abord, pour y avoir accès, il faut passer à travers la cour de la propriété, où sont situés les bureaux d’Altéo. Ici, c’est un va- incessant de véhicules et d’employés.

 Sur un terrain pas trop éloigné des bureaux se trouve un petit bâtiment, baptisé Lakase lespoir, qu’occupe Caritas. À l’arrière du bâtiment, deux petites filles, qui ne semblent pas avoir peur, même si l’endroit est isolé, jouent tranquillement dans un petit jardin.

Après être passé entre les bureaux, on arrive à Plaine-Bananes. Cette localité porte bien son nom car on ne voit que des plantations de bananes. La localité compte environ une cinquantaine de maisons et, heureusement pour les habitants, il y a une boutique. Même si elle ne paie pas de mine, elle les dépanne.

Mais à Plaine-Bananes aussi, il n’y a aucune infrastructure convenable qui soit à la disposition des habitants. D’ailleurs, la semaine dernière, alors que les enfants étaient en vacances, ils étaient nombreux à errer sans but. Pendant que certains passaient leur temps à jouer au foot, d’autres allaient çà et là, sans but précis.

Lorsque nous prenons congé de ces localités voisines, on ne peut qu’être imprégné du sentiment de frustration et de dégoût qui habite leurs résidants.

 Et pour cause, depuis un nombre incalculable d’années, alors que d’autres connaissent et jouissent du développement, celui-ci semble leur avoir tourné le dos.
 

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