Quand le Parlement amuse la galerie

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Ibrahim Kala, 73 ans, se rend tous les mardis au Parlement pour assister au «concert».

Ibrahim Kala, 73 ans, se rend tous les mardis au Parlement pour assister au «concert».

L’on aurait pu penser que la retransmission des débats parlementaires à la télé, et en direct, aurait vidé la galerie réservée aux citoyens qui veulent assister aux échanges entre nos Honourable members. Mais il n’en est rien. Quelques diehard font de la résistance. Parmi ceux-là figurent – outre quelques hauts fonctionnaires, des attachés de presse et des étudiants – des spectateurs qui sont là «pour le plaisir».

Ibrahim Kala est du nombre. À 73 ans, il se rend à l’Assemblée nationale tous les mardis. C’est devant le portail fermé que nous l’avons rencontré. Habillé sobrement, sans oublier la cravate exigée par le décorum, le retraité fait le décompte des raisons qui le poussent à y aller en personne, plutôt que de se contenter de la télé. «Vous voyez la différence entre assister à un match de foot sur le terrain, avec les joueurs devant vous et regarder le même match à la télé ? C’est pareil.» L’ambiance n’est pas la même. Assister aux joutes verbales entre parlementaires, c’est mieux «en vrai», dit-il.

Ibrahim Kala fréquente la galerie du public depuis de nombreuses années. Avant sa retraite, il était enseignant d’économie au collège Bhujoharry. «Comme l’économie et la politique sont indissociables, il fallait bien que les élèves sachent où et dans quelles conditions les décisions sont prises», explique-t-il. D’ailleurs, il ne cache pas sa fierté en faisant remarquer qu’en plusieurs occasions, ses élèves sont passés des bancs de sa classe au front bench du gouvernement. Un ancien Grand argentier a été son élève. «Il y avait aussi d’autres enseignants qui, par la suite, se sont tournés vers la politique», ajoute le septuagénaire.

Mais ce n’est pas parce qu’il fait le déplacement vers l’Hémicycle chaque mardi qu’Ibrahim Kala se montre tendre envers les politiciens. D’ailleurs, il affirme que cela l’amuse de les voir se lancer fleurs et noms d’oiseaux. «Un jour ils sont ici, un jour de l’autre côté de la Chambre. C’est plus drôle d’assister à cela en vrai qu’à la télé», lâche-t-il avec le sourire.

Par contre, certaines choses l’agacent au plus haut point, ce qu’il appelle «la nouvelle mode» : les «alliances historiques» entre «alliés naturels». Deux termes qui le font rire jaune. «Du n’importe quoi», selon lui.

Philosophe, le retraité a choisi d’en rire. Malgré tout, il ne peut s’empêcher de regretter les anciens parlementaires. «J’ai commencé à m’intéresser à la politique à l’âge de 12 ans. J’ai grandi avec les débats de politiciens comme Jules Koenig. J’ai connu sir Gaëtan Duval, alors leader de l’opposition. Rien de comparable avec ce qui se passe aujourd’hui.»

Ayant été témoin de l’évolution des débats, il soutient que la retransmission en direct n’a rien changé au comportement et à l’attitude des élus. «Bann kaméra-la pann anpess prémié minis sap lor kal mardi dernié», ironise-t-il. Pour lui, télé ou pas, «Alan Ganoo tient des discours aussi laborieux, Danielle Selvon a toujours sa verve». Les caméras n’ont pas modifié «l’humour de Shakeel Mohamed» ni «l’insistance» avec laquelle Aadil Ameer Meea pose les questions.

Et celui qui l’épate le plus, c’est Paul Bérenger. «Il connaît bien ses dossiers et il  est un bosseur. Que ce soit en vrai ou à la télé, sa prestance ne peut être égalée.»

Avant la rentrée parlementaire de cette année, Harry Oodunt faisait partie de ce petit groupe de passionnés qui assistaient régulièrement aux débats au Parlement. Il se contente à présent de la télé. «J’ai 82 ans, et je suis un peu fatigué», explique-t-il. Lui, il a «tout de suite noté la différence». Il voit et entend les discours, l’ambiance en moins. «La sonorisation, la lumière, le fauteuil du Speaker, la cérémonie d’entrée du Sergeant-at-arms… Tous ces éléments contribuent à l’atmosphère et malheureusement, la télé ne peut pas recréer tout cela», analyse le retraité. Selon lui, seul le strict minimum est retransmis à la télé. «On ne voit que celui qui parle, pas les autres. Nous ne voyons pas leurs réactions, nous n’entendons pas leurs commentaires, nous ne voyons pas qui cross talk Pour lui, la séance a quelque peu perdu de son charme.

Et qu’en est-il du comportement des élus ? Il marque une pause. A du mal à répondre. «Comme nous ne voyons que celui qui parle, je ne sais pas si leur comportement a changé.» Et s’il devait élire celui qui passe le mieux à la télé ? Réponse : Pravind Jugnauth. «Le Premier ministre sait parler et arrive à faire face aux caméras.» 

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