Tailler pour l’au-delà

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Sa renommée n’est plus à faire. Cela fait 68 ans que vel exerce comme «tombaliste». Mais le travail n’est plus ce qu’il était, constate-t-il.

«Kan mo mor, bril mwa, mo pa oulé antéré.» Propos surprenants venant d’un «tombaliste». Et pourtant, Jagambaram Vayavory, plus connu comme Vel, 81 ans, est catégorique.

La renommée du bonhomme comme tailleur de pierre n’est plus à faire. Soixante-huit ans déjà qu’il bâtit, en pierre taillée ou en granite, la dernière demeure des défunts. «C’est un business très prospère», lance-t-il, pince-sans-rire.

Nous avons rencontré Vel à son atelier dans la région des Salines, à côté du bureau de fleurs juste en face de trois cimetières, ceux de l’Ouest, St-Georges et Gébert. Posées à même le sol, des pierres taillées en forme rectangulaire, un cercueil à l’intention d’un habitant de Rodrigues, une grotte, un caveau et une croix en granite. Ceux-ci sont prêts à être livrés.

C’est à l’âge de 13 ans que Vel, qui habite aux Salines, fait ses premières armes, comme apprenti, chez Paul Domrah. Le métier lui plaît et le jeune garçon qu’il était alors s’applique. Tant et si bien qu’il se bâtit une solide réputation au fil des années.

Ses caveaux sont construits en pierre naturelle. Vel constate toutefois que cette matière n’est plus aussi disponible qu’avant. Autrefois, raconte-t-il, ces pierres se vendaient à Balaclava et à Jinfei. Il peut actuellement en trouver à Bois-Marchand. «Je débourse Rs 25 000 pour un camion transportant dix tonnes de roche.»

Le prix d’un caveau varie entre Rs 350 000 et Rs 650 000. «Il y a deux ans de cela, j’ai construit un caveau qui a coûté Rs 450 000. Cela m’avait demandé environ trois mois de travail.»

Quid des tombes ? Le prix varie entre Rs 10 000 et Rs 25 000 selon la qualité du matériau.

Ses réalisations

L’aide de Vel avait été sollicitée par le défunt architecte M. Lagesse. Ce dernier avait été chargé de réparer l’arc-boutant en pierre de l’entrée de l’église Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Trou-D’eau-Douce. Il devait être une réplique de celui de l’église de Cassis.

Le tombaliste a également réalisé le piédestal de la statue de sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR), au Caudan. Et il n’est pas peu fier d’avoir fait partie des ouvriers qui ont érigé la statue de Manilal Doctor. Laquelle se trouve au Jardin de la compagnie.

Sa plus grande satisfaction reste, toutefois, d’avoir fabriqué le monument Silambou, qui pèse plusieurs tonnes, pour marquer l’arrivée des tamouls à Maurice. Ledit monument se trouve dans la cour du Plaza. Sans oublier sa contribution pour bâtir le monument du père de la Nation, érigé à proximité du Samadee de SSR, au jardin de Pamplemousses.


«Travay inn tonbé boukou»

Dans le passé, Vel employait une quinzaine d’ouvriers. Aujourd’hui, il n’en a plus que deux. C’est avec regret qu’il observe que les jeunes rechignent à faire ce métier, malgré le développement d’équipements dernier cri pour tailler la pierre. «À mon époque, il fallait tailler la pierre à la main.»

Tandis que nous parlons à Vel, son ouvrier, Vivian Adolphe, retouche, lui, une croix en granite. Marié et père d’un enfant de sept ans, il compte une vingtaine années d’expérience comme «tombaliste». L’homme fait ressortir qu’avec l’incinérateur, «travay inn tonbé boukou».

Justement, comment font-ils lorsqu’il n’y a pas de commandes ? «Mes ouvriers et moi acceptons des commandes pour la construction de mur en pierre taillée», répond Vel.

Une publication du quotidien bonZour!

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