Drogue de synthèse: «On triche avec la mort…»

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«Ris trwa dam, fratéy apré kofré…» Ravi (prénom modifié) s’en rappelle comme si c’était hier. C’était les instructions de l’homme à qui le jeune garçon de 15 ans qu’il était à l’époque, venait d’acheter de la drogue de synthèse.

Sauf que les choses ne se passent pas exactement comme prévu. Ravi fait un «bad trip». Dans le jargon des toxicomanes, cela veut dire «met enn lipié dan tomb». Ravi, aujourd’hui âgé de 21 ans, se rappelle qu’il avait des sueurs froides, que son cœur battait la chamade.Tellement qu’il pensait que celui-ci allait se décrocher de sa poitrine… Jusqu’à ce qu’il s’évanouisse.

Nous l’avons rencontré au Centre de solidarité de Rose-Hill. Ainsi que Jonathan (prénom modifié), 19 ans. Les deux jeunes hommes ont touché à la drogue de synthèse, pour la première fois, à 15 ans. Ils ont accepté de nous raconter leur histoire.

Ravi

Le cannabis, il y a touché, comme presque tout le monde. Et bien avant qu’il n’ait 15 ans. «Ti enn nisa.» Mais la descente aux enfers commence lorsqu’il se met à fumer de la drogue de synthèse. À l’époque, le jeune garçon se rend souvent dans une maison de jeux en particulier. C’est là qu’un dealer l’approche et lui propose de fumer de la drogue de synthèse, gratuitement.

«Ris trwa dam. Fratéy (NdlR, inhale) ek cofré (garde dans ton estomac) pandan dis ségonn», lui dit le dealer. Bien que sa première fois se passe mal, Ravi recommence. Encore. Et encore. Jusqu’au point de se retrouver en esclave.

Il fait l’école buissonnière et se rend à la maison de jeux pour se droguer. Il offre ses services, en échange d’un salaire. L’argent lui servira à s’acheter de la drogue.

En l’espace de six ans, Ravi se détruit. Il n’a plus d’appétit. Perd 25 kilos. Il est tellement accro que son comportement change. Lorsqu’il est en manque, il perd le sommeil. Est sur les nerfs. «Swa ou vinn fou ou bien ou trouv lamor…»

Cela fait une semaine que Ravi ne se drogue plus. Il veut s’en sortir. A des projets. Il se dit ravi du traitement et de l’accueil qu’il reçoit au Centre de solidarité de Rose-Hill.

Jonathan

Assis à côté de Ravi, Jonathan, 19 ans, semble attendre quelqu’un. De temps à autre, il jette un regard en direction de la porte d’entrée du Centre de solidarité. C’est sa mère qui l’a accompagné en ce jeudi 6 avril. Marié et père d’un enfant, le jeune homme veut changer de vie. Être un bon père, un bon époux, un bon fils.

Il l’avoue. Il a détruit sa famille de son plein gré. Pendant plusieurs années, il s’est drogué malgré les supplications de ses proches. À l’époque, il est en Form III et il a 15 ans. Ses amis et lui commencent à fumer de l’héroïne et de la drogue de synthèse : White Widow, C’est pas bien, Bat dan Latet, Dé Dam, Souval pa Bouzé…

Jonathan est fils unique. Il est «pourri gâté». Un jour, pour se procurer de la drogue, il vend, pour Rs 200, le téléphone portable que sa mère lui avait offert. Le cellulaire avait coûté environ Rs 30 000… L’adolescent qu’il était à l’époque est accro. Et n’hésite même pas à voler la bonbonne de gaz de sa mère pour la vendre...

Il a vu un «ami» s’écrouler devant lui après avoir fumé de la drogue de synthèse. Plongé dans ses souvenirs, Jonathan explique que, paniqué, il a tout fait pour le réveiller, en vain. Ce n’est qu’après plusieurs heures que son «ami» a repris connaissance.

Revenir à la vie…

Selon Ravi, fumer de la drogue de synthèse, c’est comme «tricher avec la mort». On a cette sensation d’aller vers la mort et de revenir à la vie, explique-t-il, tandis que Jonathan acquiesce.

Les deux sont catégoriques : les marchands de drogue tournent surtout autour des jeunes qui ont 15 ans. Il n’y a qu’à constater le fait que la plupart des toxicomanes sont aujourd’hui âgés entre 19 et 21 ans. Cela ne fait aucun doute qu’ils ont commencé à fumer bien avant, soulignent Ravi et Jonathan. Raison pour laquelle ils demandent aux parents de bien surveiller leurs enfants. Et, dans la foulée, de lancer un appel aux autorités afin qu’elles mettent un terme à ce trafic.

Centre de solidarité

Le Centre de solidarité pour une nouvelle vie accueille actuellement 16 pensionnaires, qui ont soit une addiction à la drogue, soit à l’alcool. Il leur est proposé un traitement de sevrage et de réhabilitation.

Lydia Oudin, la responsable d’accueil, indique que ces personnes doivent passer trois semaines au centre de Rose-Hill avant de poursuivre leur traitement, et ce pendant une durée de quatre mois, au Centre de solidarité de Solitude. La cure, précise-t-elle, peut durer jusqu’à deux ans. Le centre a également une unité de prévention à Curepipe.

Une publication du quotidien BonZour

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