Mahen Seeruttun : «Nous n’étions pas prêts à faire face à la fièvre aphteuse»

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Mahen Seeruttun, ministre de l’Agro-industrie.

Mahen Seeruttun, ministre de l’Agro-industrie. 

Le «Fact-Finding Committee» (FFC) a soumis un rapport accablant contre des fonctionnaires, notamment le directeur adjoint des services agricoles, Balraj Lutchmeea, et le chef vétérinaire, Deodass Meenowa, concernant la fièvre aphteuse. Mais ce n’est pas plutôt tout le ministère qui doit être blâmé ?

J’ai pris note du rapport. Le document indique que Balraj Lutchmeea, qui a présidé le comité de crise, was the wrong person in the wrong place. Mais ce fonctionnaire est le directeur adjoint des services agricoles. Il est le n°2 après Veer Punchoo, qui, je le rappelle, était à l’étranger. Donc, il était tout à fait évident que c’est Balraj Lutchmeea qui devait présider ce comité de crise.

Je vous rappelle également qu’autrefois, il y avait un Chief Agricultural Officer qui était le seul responsable de tous les services agricoles. Ce poste a été aboli à la suite d’une restructuration de plusieurs services. Je ne veux blâmer personne, mais je veux mettre en perspective la hiérarchie au niveau du ministère.

Les critiques pleuvent aussi sur le chef vétérinaire, Deodass Meenowa…

Je vous le répète. Ce sont des personnes qui sont responsables de leur département respectif. Ce sont eux qui doivent être nommés, soit pour présider des comités, soit pour donner des consignes. Ils ont déjà fait leurs preuves dans d’autres circonstances.

Donc, selon vous, il n’y a aucun reproche à faire contre les fonctionnaires de votre ministère ?

Ce n’est pas ce que je veux dire. Le FFC a interrogé toutes les personnes concernées par cette épizootie, moi y compris, et il a soumis un rapport que je concède est critique envers les fonctionnaires. Mais je précise que nous n’étions pas prêts à faire face à la fièvre aphteuse. Les fonctionnaires ne sont pas formés pour faire face à de tels problèmes. La dernière fois que le pays a été frappé par la fièvre aphteuse remonte à très longtemps…

Mais gouverner, c’est prévoir…

Absolument. Je ne dis pas le contraire. Mais je répète que cela fait des décennies que Maurice n’a pas été affecté par une telle épizootie. Il y a des leçons à tirer. Et je souhaite que des cas similaires ne se répètent pas.

Vous avez prévu des sanctions contre les coupables ?

Il y a un comité qui a été mis sur pied. C’est surtout pour étudier les recommandations et voir comment les mettre en pratique. Déjà, je peux vous dire que même avant les conclusions du rapport du FFC, nous avions mis un comité sur pied pour suivre de près l’évolution de la fièvre aphteuse.

Les dispositions prises depuis l’éclatement de cette épizootie ont vite porté leurs fruits. La crise a été très bien gérée par les fonctionnaires de mon ministère, dont ces personnes qui ont été blâmées dans le rapport. Nous avons aussi bénéficié de l’expertise étrangère.
 
Vous ne répondez pas à ma question…

Non. Je préfère attendre les conclusions du comité avant de réagir. Je ne suis pas le genre de personne qui prend des décisions hâtivement. En temps et lieu, on annoncera ce que l’on compte faire.

C’est de la viande surgelée de l’Inde qui serait à l’origine de cette maladie. Vous le soupçonniez, n’est-ce pas ?

Je l’avais déjà dit, même à l’Assemblée nationale, que l’origine de cette épizootie devait provenir d’un pays asiatique. Maintenant, c’est plus clair. Mais je précise que le FFC parle d’une forte probabilité.

Donc, quelque chose ne tourne pas rond au niveau de la surveillance de la viande importée ?

Maurice consomme la plus grosse partie des cargaisons de viande qui sont importées. Ce n’est qu’une petite quantité qui est exportée vers Rodrigues. Sauf que tout produit importé fait l’objet de contrôles stricts.

Certainement, il y a des améliorations à faire. Et c’est le comité qui fera des recommandations pour rehausser le niveau de surveillance de l’importation de la viande surgelée.

Est-ce là «to be wise after the event» ?

Vous savez, c’est plutôt de la douane que je ne suis pas satisfait. Je ne parle pas ici de la viande importée, mais plutôt par rapport aux fruits et plantes qui entrent sur le territoire sans être contrôlés. Et pourtant, quiconque qui prend l’avion sait qu’il est interdit de transporter des plantes, par exemple. Sauf que certains passagers passent entre les mailles du filet des autorités concernées à l’aéroport. Ces produits non contrôlés sont dangereux parce qu’ils peuvent facilement propager des maladies.

Donc, vous pensez qu’il faut tout revoir au niveau des contrôles ?

Absolument. Même si je ne me suis jamais rendu en Australie, je suis au courant que les protocoles mis en place au niveau de l’aéroport sont très stricts. Ce n’est pas facile de faire entrer sur le sol australien des plantes, des animaux ou autres choses qui peuvent causer du tort au pays. C’est aussi le cas en Nouvelle-Zélande. Donc, à mon avis, ces pays peuvent nous servir d’exemple.

Rodrigues a été sévèrement affecté par la fièvre aphteuse. Que comptez-vous faire pour y améliorer l’élevage ?

Il faut avant tout repenser le système d’élevage à Rodrigues. On ne peut poursuivre avec la même pratique qui date de plusieurs décennies. Cela prendra un peu de temps. Mais il faut le faire car il y a de nouveaux défis au niveau de l’agro-industrie.

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