Les oubliés de cité longère

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Au départ, il ne s’agissait que d’habitations temporaires pour une vingtaine de familles. Elles ne devaient y loger que six mois au maximum. Sauf que les promesses ont vite été oubliées. Tout comme ces hommes et femmes. Aujourd’hui, ils sont plus d’une centaine à vivre en ce lieu. Certains depuis 23 ans. Bienvenu à cité Longère Blanc, en plein centre de Baie-du-Tombeau, là où ont été casés les sinistrés des divers cyclones qui ont frappé le pays. Nous sommes le 11 février 1994. Le cyclone Hollanda est passé à 20 kilomètres au nord-ouest de Maurice et a causé de nombreux dégâts lors de son passage. Le nord est le plus affecté. C’est ainsi que la cité Longère Blanc voit le jour. Aux sinistrés, une vingtaine, on promet qu’il s’agit d’une solution «temporaire»… 

Huit ans après, plus précisément le 20 janvier 2002, le pays subit les rafales et autres pluies torrentielles du cyclone Dina. Celuici passera à 50 kilomètres au nord. Une fois de plus, le nord de Maurice essuiera des dégâts importants. Et une fois de plus, les sinistrés sont relogés «temporairement» à cité Longère Blanc. C’est le cas de Joanne Bavastro, qui quitta le centre de réfugiés de cité Vallijee pour Longère Blanc, avec la promesse de ne rester là-bas que pour six mois.

Aujourd’hui, cette centaine de familles dit se sentir rejetée et exclue par le gouvernement. Elles expliquent vivre une misère noire depuis leur relogement dans ce lieu : «Partou pé fer lakaz, pé fer NHDC, pé donn later mé pou longère péna narnié !» Quid des maintes promesses du gouvernement ? «Népli krwar aster.»

Fourniture irrégulière d’eau et d’électricité 

Pour l’électricité, les habitants la partagent. Un compartiment connecté au réseau du CEB alimente plusieurs maisons à la fois. Les habitants nous informent que la National Empowerment Foundation avait tenté de régler le problème, l’année dernière. Des formulaires avaient même été circulés par le Central Electricity Board. Depuis, silence radio.

Idem pour la fourniture d’eau. «Dézer ou katrer dimatin dilo koulé isi, bizin atann sa ler-la pou bwar enn tigit ek pou viv dan prop», lâche Joanne Bavastro, qui habite là depuis 15 ans. 

Impossible d’avoir une bonne hygiène de vie dans ces conditions. D’autant plus qu’ils utilisent tous les mêmes toilettes. Et il faut aussi ajouter à cela les rats qui infestent leurs abris et cuisines.

Chômage 

Autre problème majeur : les habitants ont du mal à trouver du travail car ils n’ont pas de preuve d’adresse. Et puis, il y a aussi le fait que «pa pran dan travay kan donn ladres longère». De quoi rendre plus difficiles les demarches des habitants pour sortir de cet enfer. Car c’est bel et bien un travail qui leur permettra d’avoir une vie respectable et éventuellement sortir de la cité.

Les habitants relogés d’ici fin 2017 

Le ministère du Logement et des terres se dit au courant du problème à la cité Longère Blanc. D’expliquer que les habitants devraient d’ici la fin de l’année ou au début de l’année prochaine, être relogés à la NHDC de Baie-du-Tombeau. Au ministère, on dit souhaiter régulariser la situation des «squatters», d’où la raison pour laquelle un recensement a été mené.

Présence d’amiante 

Une longère est une habitation étroite et en longueur. Ces habitations de fortune n’ont jamais été ni retouchées ni rénovées depuis leur installation. Qui plus est, ces abris ont été construits avec des feuilles de tôle pour le toit et des murs en amiante. 

L’amiante, selon le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, présente de gros risques pour la santé des personnes exposées. Une exposition à long terme peut causer des fibroses pulmonaires ou de la plèvre ou l’amiantose. En d’autres mots, cela peut affecter les fonctions respiratoires et à terme, entraîner la mort. D’après les experts de ce centre : «Une inhalation à long terme des fibres d’amiante augmente également le risque de cancer du poumon...» 

Pourtant, les habitants de cité Longère Blanc y sont exposés depuis plus de vingt ans. Une mère de famille nous fait part que beaucoup d’enfants de cette communauté souffrent effectivement d’épilepsie et d’asthme. «Kan zanfan malad zot tous disan.» 

L’asthme et la présence de sang dans les crachats sont-elles des signes de problèmes liés aux poumons ?

Inondations fréquentes 

Et comment font ces familles en temps de grosses pluies ou de cyclone ? Réponse : «Galoupé al dan centre.» En effet, ces habitations ne sont pas résistantes aux caprices de dame nature. D’ailleurs, il n’y a même pas de drains pour évacuer l’eau de pluie. Ce qui fait que ces foyers ont souvent perdu mobilier et nourriture pendant les grosses pluies. Ils ont droit à une compensation de Rs 165 pour les pertes de denrées périssables…

Une publication du quotidien bonZour!

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