Affaire Vijaya Sumputh: Le ML risque-t-il d’imploser?

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Ivan Collendavelloo aux côtés de l’ancienne directrice du Cardiac Centre, Vijaya Sumputh

  Ivan Collendavelloo, aux côtés de l’ancienne directrice du Cardiac Centre, Vijaya Sumputh  

L’affaire Sumputh ne cesse de faire des vagues. Au sein même du Muvman Liberater, Anwar Husnoo croisera le fer avec ses détracteurs lundi.

Le Muvman Liberater (ML) fait face à une de ses plus graves crises depuis sa création en 2014. Son implosion serait d’ailleurs, selon certains, plus qu’une question de jours ou de semaines. Cela, depuis que le salaire de Vijaya Samputh a été révélé et que celle-ci a démissionné du Cardiac Centre. La réunion du bureau politique (BP), lundi, promet, elle, d’être mouvementée et on prévoit d’intenses discussions au sein de ce parti.

Le tandem Gayan-Sumputh, n’ayant pas digéré le coup que lui a porté Anwar Husnoo, compte lui réclamer des explications, ainsi qu’au leader du ML. Libérée de ses fonctions, l’ex-directrice du centre cardiaque, qui n’a pas la langue dans sa poche, voudra dire ses quatre vérités au ministre. Et ce dernier, bénéficiant du soutien du Premier ministre, Pravind Jugnauth, donnera la réplique à ses détracteurs.

Le leader du ML, Ivan Collendavelloo, et son Deputy Leader, Anil Gayan, ne seraient plus en odeur de sainteté auprès du Mouvement socialiste militant (MSM). S’ils parlent tous de relations normales entre les deux partis de l’alliance gouvernementale, il nous revient que le MSM est fortement embarrassé par les événements survenus ces derniers mois. Soit l’affaire Sobrinho, la recherche d’un partenaire stratégique pour la Central Water Authority, les emplois proposés, en grande partie, aux résidents des circonscriptions  19 et 20 et surtout l’affaire Sumputh.

Mercredi après-midi, lors de l’anniversaire de sir Anerood Jugnauth au château de Labourdonnais, au moins deux ministres du MSM ont confié qu’ils étaient embarrassés après les réponses d’Anwar Husnoo sur le salaire de Vijaya Sumputh. «Le gouvernement a été acculé. Bizin koné kouma pou sorti ladan», a déclaré un de ses membres influents. Cela, avant l’annonce du Premier ministre, qui s’est lui-même dit choqué que ses directives n’aient pas été suivies.

Le MSM a-t-il besoin du parti d’Ivan Collendavelloo pour poursuivre son travail ? Pour un dirigeant orange, si les leaders du ML décident de quitter le gouvernement, tous ne le suivront pas. «Avec nos 36 députés, les deux de l’OPR et ceux du ML qui nous suivront, nous n’avons pas peur d’un éventuel départ de ce parti du gouvernement», a-t-il indiqué.

Soutien du Premier ministre

Notre source avance également que le leader du MSM n’était pas souvent d’accord avec les décisions prises par Anil Gayan au ministère de la Santé et digérait mal certaines de ses déclarations au Parlement. Parmi celles-ci, «we are government and government decides!» ou encore ses reproches à l’opposition pour s’être attaqué à Vijaya Sumputh. Des mots qui ont mis mal à l’aise certains membres du gouvernement.

La dernière initiative d’Anil Gayan, en tant que ministre de la Santé, concernant l’interdiction de la double pratique aux médecins du public n’était pas non plus au goût du leader du MSM. Une fois qu’Anwar Husnoo l’a remplacé, cette décision a été revue. Et il a sans doute bénéficié du soutien du Premier ministre sur cette question, tout comme sur celle concernant Vijaya Sumputh.

Pravind Jugnauth ne prend pas de décisions hâtives et n’a pas fait de déclarations sans réfléchir. Il a dit attendre la fin de l’enquête initiée pour situer le ou les coupables. Mais il semble qu’il veut se débarrasser au plus vite de ce «boulet» qu’est devenu Anil Gayan. Reste à savoir combien au sein de son parti lui seront solidaires?

Plusieurs secousses en moins de trois ans

C’est l’un des plus jeunes partis politiques. Depuis sa création, le 14 juin 2014, le Muvman Liberater (ML) a connu plusieurs secousses, avec des départs et des suspensions. Déjà, avant même les élections générales de décembre 2014, le leader, Ivan Collendavelloo, ne s’entend pas avec la présidente du parti d’alors, Sheila Bunwaree. Cette dernière décide ainsi de quitter le ML. Débute ensuite le recrutement de nouveaux membres. Jim Ramen, ancien membre fondateur du ML, indique que «c’est dans le bureau d’avocats d’Ivan Collendavelloo que le premier recrutements se faisait». De ce fait, le ML approche des membres du Mouvement militant mauricien qui ont pris leurs distances des Mauves, dont Eddy Boissézon. Et au fil des semaines, d’autres politiciens, comme Anil Gayan, rejoignent le parti. «Mais d’autres, notamment Anwar Husnoo et Sangeet Fowdar, ont été parachutés au ML car ils ne pouvaient figurer sur la liste du MSM pour les élections.» Une fois au pouvoir, les déclarations de Sangeet Fowdar déclenchent une vague de mécontentements au sein du ML. En effet, le député du nº 6 n’hésite pas à dénoncer, sur les ondes d’une radio privée, des «ministres incompétents», la colère de la population quant au taux de chômage et à la politique des «petits copains». Le bureau politique (BP) du parti n’appréciant guère ces propos, Sangeet Fowdar est vite suspendu avant de regagner, un peu plus tard, les rangs du ML. Toutefois, cela ne l’empêche pas de continuer à s’exprimer, comme il l’entend, sur ce qu’il pense du gouvernement et des scandales, dont les affaires Sobrinho et Sumputh. Cependant, son parti n’ose pas l’expulser. Selon un membre du BP du ML, ce parti n’a pas réellement de «constitution et fonctionne au petit bonheur». «Les dirigeants ne consacrent pas assez de temps au ML, étant pris avec leurs engagements ministériels. Il ne sera pas surprenant de voir des départs du parti d’ici quelques semaines», soutient-on.

Casseroles et contradictions

  • Services publics

Les dossiers de la Central Water Authority (CWA) et du Central Electricity Board (CEB) ont été source de tiraillement entre le ML et le MSM, notamment entre Bashir Jahangeer et Ivan Collendavelloo. Les questions du député orange sur la privatisation de la CWA et le réaménagement de la centrale St-Louis ont irrité le leader du ML. Le 21 avril 2016, lors d’un congrès du ML, ce dernier s’en est pris à Bashir Jahangeer : «Mo donn li enn warning, li pa koné ki mwa.» La réaction du député MSM ne s’est pas fait attendre : «Collendavelloo s’est indirectement attaqué au leadership du MSM.»

  • Recrutements

Les recrutements dans les hôpitaux et au CEB ont été vivement critiqués. Car la majorité des individus recrutés habitent les circonscriptions 19 et 20, circonscriptions d’Ivan Collendavelloo et d’Anil Gayan respectivement. Le recrutement de helpers, cleaners, entre autres, a provoqué de vives réactions en février 2016. Le recrutement de 66 meter readers en mars 2016 a aussi fait la polémique, avec 30 des 66 recrues provenant de la circonscription n°19.

  • Clash Collendavelloo-Bhadain

En septembre dernier, les attaques se sont succédé entre le leader du ML et Roshi Bhadain, alors ministre des Services financiers. Ivan Collendavelloo a déclaré à la presse que Roshi Bhadain ne savait pas travailler en équipe. L’ex-ministre MSM a alors répliqué sur Facebook en traitant son collègue de «sleeping chihuahua».

  • Affaire Sumputh

L’affaire Vijaya Sumputh est loin de rapprocher les deux partis du gouvernement. Le salaire de cette dernière a causé pas mal de remous et a choqué plus d’un, dont Pravind Jugnauth et le ministre de la Santé, Anwar Husnoo.

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