Mare-Chicose: vivre dans le paradis perdu

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La route devient souvent le terrain de jeu des enfants dans ce village où ne vivent que 22 familles.

La route devient souvent le terrain de jeu des enfants dans ce village où ne vivent que 22 familles.

Mare-Chicose est presque un village fantôme, avec ses 22 familles restantes. Anciennement connu comme un village agricole, il n’est aujourd’hui que l’ombre du centre d’enfouissement, qui a fait sa triste renommée. Rencontre avec ceux qui y vivent.

Un lieu qui avait tout pour être un paradis. Et pourtant, en moins d’une décennie, la vie à Mare-Chicose est devenue un enfer pour les 22 familles étendues qui y vivent. Odeur nauséabonde des tonnes de déchets enfouis, problèmes de transport, d’approvisionnement en pain… Autant de choses qui empestent leur quotidien. N’ayant pu être relogées à Marie-Jeannie, comme d’autres familles, elles patientent toujours, en attendant le «move» du gouvernement, bravant tous les jours des difficultés que seuls ceux vivant dans un tel isolement peuvent comprendre.

«Nous attendons depuis plus de six ans. 90 % des familles sont déjà parties. La vie est difficile ici. Nous nous sentons complètement isolés avec les problèmes de transport ou encore d’approvisionnement en pain… Il est difficile d’envoyer nos enfants à l’école», se plaint un des habitants, qui refuse de nous donner son nom. Il nous conseille plutôt d’aller interroger les autres habitants qui pourront nous en dire plus.

Sur plusieurs mètres, il n’y a pas âme qui vive. Autour, de grandes maisons… Certaines dont le style de construction moderne laisse voir qu’on y a mis le paquet. D’autres encore offrent un mélange entre un style ancien et plus récent, témoignant du passage de plusieurs générations. Pourtant, ces maisons sont vides. Les cours envahies par des buissons s’ajoutent à cet air de désespoir.

En cette fin d’après-midi, Mare-Chicose est presque désert. C’est donc sans la moindre hésitation que nous suivons un groupe de jeunes qui se dirigent vers un espace boisé. Alors que nous nous attendions à les voir aller kas enn poz au bord de la rivière, c’est sur le terrain de football qu’ils se retrouvent. La route s’ouvre sur une pelouse plutôt bien maintenue, clôturée et équipée de gradins.

Plus loin, une petite promenade avec des bancs. Anil Calloo, un autre habitant, avance, d’emblée, que tout aurait été pour le mieux à Mare-Chicose sans le centre d’enfouissement, qui s’est étalé comme une gangrène au pied du Mont-Vernon depuis 1997. «Ce terrain de football est désormais notre seul rempart contre l’oisiveté et les fléaux chez les jeunes», confie ce père de famille.

Problème de transport

«Cela fait trois ans que le village hall n’a pas ouvert ses portes. J’emmène donc les jeunes jouer au foot pour qu’ils ne sombrent pas», ajoute Anil Calloo. C’est avec une pointe d’humour qu’il dit que ce terrain s’avère presque trop grand pour eux : «Il nous manque même des gens pour former une équipe», sourit-il.

Si depuis quelque temps l’odeur est devenue plus supportable, la vie dans le village a singulièrement empiré. Un problème majeur : le transport. Avec cette poignée de personnes qui y vivent, les autobus ne prennent même plus la peine de faire le détour par Mare-Chicose. «Le bus de la ligne 87, reliant Curepipe à Saint-Hubert, passe tout droit. Les travailleurs comme les étudiants sont alors pénalisés», confie Atish Auree, un autre habitant.

Amit, la vingtaine et étudiant, confie qu’il se voit souvent contraint, comme d’autres habitants, de demander un lift aux chauffeurs de camions bennes pour s’arrêter à la station-service d’Indian Oil à Union-Park. Ce n’est que là, dit-il, qu’il pourra avoir un bus. Dhanveer Cheetoo, également étudiant, a, lui, choisi de quitter la maison tôt tous les jours, peu importe l’heure à laquelle débutent ses cours. «Même si mon cours commence en début d’aprèsmidi, je prends le premier bus de la CNT qui quitte le village. Le soir, c’est souvent mon père qui vient me chercher à moto.»

Au manque de transport s’ajoute l’insécurité. «Avec le nombre de maisons vides et de terrains à l’abandon, des gens louches commencent à rôder dans les parages. Nous avons peur pour nos familles», lâche Atish Auree. La seule solution pour ces quelques âmes qui luttent au quotidien, «c’est de partir au plus vite».

Ces habitants demandent donc au gouvernement de ne pas les laisser aux oubliettes… Et surtout de donner un coup d’accélérateur au dossier afin de mettre fin à leur calvaire.

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