Manifeste pour une île Maurice où il fait mieux vivre

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La kermesse des fonctionnaires au Gymkhana l’an dernier.

La kermesse des fonctionnaires au Gymkhana l’an dernier.

Manifeste pour une île Maurice où il fait mieux vivre (PART I)

«Maurice vit aujourd’hui une crise sérieuse.» Plus qu’un constat, l’auteur offre, en trois parties, des propositions pour remédier à l’instabilité politique et économique du pays.

Assurer l’indépendance et l’efficience des institutions constitutionnelles

Il faut que soit rendue réelle l’indépendance des postes constitutionnels. Il faut que ces fonctions inspirent le respect de par leur indépendance, le sens profond de probité de leurs titulaires et le sens évident de l’État de droit et de justice. Les fonctions de commissaire de police, du directeur de l’Audit, du chef juge et des juges puînés, du commissaire électoral, des commissaires de la Public Service Commission, de la Disciplined Forces Service Commission, entre autres, sont de telles fonctions constitutionnelles. 

Assurer l’indépendance de ces fonctions et des institutions implique trois conditions: (a) que la sélection et la nomination soient faites par une entité non politique, (b) que les mandats soient sécurisés et (c) que les conditions de la destitution du titulaire, si cela s’avère nécessaire, soient bien définies et actées par la même institution indépendante qui l’a nommé.
 
Pour assurer cette indépendance, il faut donc amender la Constitution et enlever la responsabilité des nominations par des responsables politiques. Une Constitutional Appointments Commission (CAC), composée d’anciens juges et d’anciens titulaires de fonctions constitutionnelles, devrait être mise en place pour assumer la responsabilité des sélections, nominations et destitutions des personnes à ces postes. Les nominations seront, en termes formels, la prérogative du président sur recommandation de la CAC.

Pour une gouvernance plus professionnelle et efficiente du secteur public

Il faut amener tous les fonctionnaires à travailler pour le public dans le cadre des politiques du gouvernement du jour et non pour le parti politique du jour. Afin d’assurer une plus grande indépendance et plus de professionnalisme dans la fonction publique, celle-ci doit être autonome. Cela se fera par la dépolitisation des nominations et les promotions. Cela passe par un retour au système de nomination pré-1982 pour la nomination des Permanent Secretaries, à savoir que la nomination soit faite par la Public Service Commission (PSC) sans consultation avec le Premier ministre. Donc abroger l’article de la Constitution qui donne le pouvoir de sanction au Premier ministre pour ces nominations par la PSC. 

Afin de promouvoir un très haut niveau de compétence au sommet de la fonction publique, il est nécessaire qu’il y ait un examen pour l’accession aux trois postes les plus importants dans la hiérarchie de la fonction publique et aux postes de Deputy Permanent Secretary. La PSC ferait des appels à candidature deux ans avant les nominations. Les postulants choisis après l’examen et autres critères de sélection rigoureuse devront suivre des cours de haut niveau en Public Policies et Public Sector Management dans les meilleures universités en Grande Bretagne, à Singapour ou en Inde. 

La pratique du recrutement par delegated powers dans la fonction publique doit être abolie. Cette pratique donne lieu au clientélisme et au favoritisme politique (donn jobs nou dimounn) et constitue une grande discrimination envers ceux qui choisissent de ne pas être des partisans politiques. Cette pratique donne lieu aussi à la discrimination géographique et ethnique. 

Les corps parapublics sont des institutions clés pour l’exécution des projets du gouvernement. Dans beaucoup de cas, ils sont même des locomotives du développement économique. La gouvernance de ces corps parapublics a été trop longtemps polluée par l’ingérence politique permanente dans leur gestion alors que les ministres sont censés ne leur donner que des directives stratégiques et programmatiques. Une réforme de la gouvernance des corps parapublics est urgente et doit se faire selon les principes suivants:
 
- Que la nomination des Chairpersons soit faite par le gouvernement du jour, mais en assurant que les personnes nommées sont fit and proper et ont les compétences et l’expérience pour assumer les responsabilités qui leur sont confiées. Les Chairpersons sont après tout porteurs de la politique du gouvernement du jour. 

- Que les contrats des Chairpersons soient pour la durée d’un mandat du gouvernement avec l’obligation de quitter leurs fonctions au plus tard un mois après les résultats des élections législatives. 

Cependant, les CEO et les directeurs doivent impérativement être des professionnels. Que les CEO et directeurs donc soient nommés par les conseils d’administration, après appel public de candidatures, et recrutés dans la transparence. Leurs contrats devront être de trois ans renouvelables sur la base d’une évaluation de leurs performances dûment approuvés par le conseil d’administration. 

Il ne faudrait pas plus de 40 % de fonctionnaires siégeant aux conseils d’administration et aucun fonctionnaire ne devrait siéger à plus de cinq conseils d’administration. 

Il est impératif que les institutions de l’État et plus particulièrement celles qui doivent assurer la délivrance des services au grand public publient des objectifs de performance annuelle. Il faudrait également que des rapports d’évaluation de leurs performances soient soumis annuellement au Parlement et rendus publics.

Préambule

Ce manifeste est ma contribution à la quête d’une majorité de Mauriciens pour une île Maurice où il fera mieux vivre. S’il est vrai qu’une majorité (quoique décroissante) de citoyens sont prêts à faire un vote de rejet pour éjecter l’un et prendre l’autre, les citoyens sont de plus en plus conscients qu’un simple changement de gestionnaires à la tête du pays ne suffira pas pour aboutir à ce à quoi ils aspirent. Cela fait plus de 20 ans qu’ils attendent. 

S’il est vrai que les Mauriciens ne connaissent de manifeste que ceux venant des partis politiques, un manifeste n’est pas l’apanage des partis. Il peut être l’expression d’un citoyen ou d’un groupe de citoyens sur un thème ou toute question qui concerne des intérêts d’un collectif social ou de l’ensemble d’une société. 

Ce manifeste est le résultat de quatre ans d’écoute et de conversation structurée que j’ai menées à travers le pays, dans toutes les couches sociales, toutes les communautés et tranches d’âges avec quelques centaines de familles, complétées par une enquête quantitative réalisée en 2014.Par ce manifeste, j’apporte une cohérence aux réponses entendues et aux perspectives ouvertes par la quête profonde de mes concitoyens. Ce manifeste est ma réponse à tous ces jeunes qui en ont marre et qui veulent changer l’ordre établi.

 

Le constat

Des débats et des commentaires dans les médias, dans la rue, dans les bureaux, dans les salons et sur Facebook sont déjà nombreux. Ils sont, cependant, longs sur le constat, court ou absent sur le «que faut-il faire» ? Le constat reste sur les symptômes, très peu sur les racines du mal. Futile et gaspillage d’encre pour moi d’en rajouter sur ce point. Je serais donc très court sur le constat et plus long sur les propositions de ce qu’il faut impérativement faire. L’île Maurice vit aujourd’hui une crise sérieuse. Et cette crise ne date pas de décembre 2014. La crise est profonde car elle affecte de multiples dimensions de la vie ordinaire de chaque citoyen. Crise du modèle économique qui n’arrive pas à surmonter le «middle income trap», crise de la gouvernance. Crise de l’élite qui, dans sa majorité, ne fait que se lamenter de ce qui va mal et dans la réalité n’hésite pas à tirer avantage d’un système tordu. Crise de la société civile qui se lamente aussi, devenue cynique «zot tou parey» et cherche «so bout» en se justifiant «bé ki pou fer, lézot fer, bé mwa osi mo bizin… sinon tasé». 

Il y a une pénurie d’alternatives, de programmes de politiques fortes. Les politiciens qui surfent sur l’incompétence, la bêtise, la voracité de ceux qui sont au pouvoir et la colère populaire ne font qu’exploiter l’instabilité sans apporter de perspectives sérieuses. À tel point qu’un nombre grandissant de citoyens refusent d’exercer leur droit et leur devoir de choix des dirigeants du pays. Une enquête réalisée en décembre 2016 indiquait que 37 % étaient indécis quant au choix d’un parti traditionnel s’ils avaient à voter à ce moment-là. Plus concrètement, en décembre 2014, l’abstention était de 26 %, un record depuis 1982. Plus éloquent encore le fait que dans les quatre circonscriptions de Port-Louis pour les dernières élections générales, il y avait non seulement 32 % d’abstention, mais aussi 15 % des électeurs qui avaient rejeté les deux grandes alliances. 

En fait, beaucoup dans l’establishment politique n’ont pas pris la mesure de la profonde transformation sociale qui s’est opérée dans la société mauricienne, du fait que la nouvelle classe moyenne, qui constitue une catégorie sociale très importante, a des aspirations bien plus élevées que la génération précédente, ou encore que des dizaines de milliers de diplômés sont frustrés de voir leur espoir de carrière entravé par le copinage, le clientélisme et le favoritisme. 

Ce n’est pas qu’une question de parti politique, il s’agit d’institutions, ce socle fondamental autant de la vie politique que de toutes les fonctions de la vie en société. Les institutions doivent être gages de stabilité, de valeurs, de récurrence dans l’interaction, de transparence, de prévisibilité au-delà de la teneur des rênes du pouvoir par tel ou tel parti et de tel ou tel leader. 

Ce manifeste vient donc se focaliser sur les réformes institutionnelles et donner quelques perspectives sur quelques autres questions de fond. Il ne prétend pas être exhaustif. Certaines ont déjà été promises, mais ne restent que promesses.

 

Manifeste pour une île Maurice où il fait mieux vivre (PART II)

Des stratégies économiques innovantes, le développement de filières agricoles plus rémunératrices, un nouveau modèle entrepreneurial, des institutions vraiment indépendantes : voilà ce qu’attend entre autres le citoyen mauricien.

1. Rendre indépendantes les institutions de lutte contre la corruption

La lutte contre la corruption dans les institutions de l’État doit être sans relâche. En principe, c’est l’engagement de tous les gouvernements. Pourtant, si la loi mettant en place l’Integrity Reporting Services Agency (IRSA) et l’Integrity Reporting Board (IRB) pour enquêter sur l’enrichissement non expliqué est dans l’esprit une avancée importante, certaines dispositions, et notamment le mode de nomination des membres du board, ne confirment pas une volonté du gouvernement d’assurer son indépendance.

Pour assurer son indépendance réelle, les postes du directeur de l’IRSA et des membres du board devraient être des postes constitutionnels. Et ils devraient donc encore une fois être nommés par une Constitutional Appointments Commission. Idem pour poste du directeur de l’Independent Commission against Corruption (ICAC). La commission anticorruption n’aura jamais de crédibilité tant que la fonction de directeur sera une nomination et la mise à pied du titulaire sera la prérogative d’un Premier ministre.

Le Parliamentary Committee sur l’ICAC est devenu une arène de luttes politiciennes. Ce comité devrait être placé sous la responsabilité du Sénat.

2. Renforcer le système constitutionnel et réformer le système politique

Le régime politique mauricien a fait ses preuves en assurant une stabilité dans la gouvernance du pays. Dans cette optique, il faut maintenir la base fondamentale qui est le système présidentiel et premier ministériel actuel dans un régime parlementaire. Cependant, il est bon et nécessaire qu’il y ait des réformes dans un esprit d’ouverture, d’approfondissement de la démocratie, d’inclusion et de modernisation.

La plus importante de ces réformes doit se faire au niveau du système électoral afin d’assurer une représentation politique plus équilibrée au Parlement tout en assurant la stabilité politique. Cet objectif peut être atteint avec 63 élus sur la base du First Past the Post et 20 sièges à être alloués aux partis sur la base proportionnelle des votes obtenus mais avec un garde-fou en termes de minimum de votes obtenus afin d’éviter la fractionalisation de la représentation à l’Assemblée nationale, ce qui serait source d’instabilité pour le gouvernement.

Quant à la question de best losers, je suis de ceux qui pensent qu’un système électoral avec une dose de représentation proportionnelle donnerait une représentation adéquate à l’assemblée nationale aux quatre groupes inscrits dans la Constitution. Certes, il vaut mieux être réaliste et comprendre que la reforme électorale devra attendre Mathusalem tant chacun des leaders politiques veut tailler le drap à sa taille sans compter des lobbies dans l’ombre qui n’en veulent pas de peur de perdre le pouvoir de l’État.

La question de la représentation adéquate des femmes fait déjà consensus au niveau des partis politiques. Il faut légiférer pour la transcrire dans la réalité. Il faut aussi légiférer pour réglementer les dépenses électorales et le financement des partis politiques.

Que la Constitution soit amendée pour permettre que le Premier ministre puisse nommer sept personnes non élues (le tiers du Cabinet) comme ministres, assurant ainsi que de hautes compétences puissent être mobilisées au service du pays. Elles pourront se focaliser sur la performance et les résultats dans le cadre des choix de politiques du gouvernement mais sans les considérations politiciennes auxquelles sont naturellement assujettis les élus.

Il est aussi nécessaire de limiter les mandats du Premier ministre à deux, qu’ils soient consécutifs ou non. Cette pratique aura le mérite d’ouvrir le système à l’émergence de nouveaux leaders politiques, même si ces leaders viennent des mêmes partis.

Il serait judicieux aujourd’hui de mettre en place un Sénat qui serait une chambre consultative pouvant apporter une réflexion libérée des impératifs politiciens liés aux échéances électorales. Le Sénat jouerait aussi un rôle de think tank de sages. La proposition de création d’un Sénat a été formulée dans le passé. Elle a été adultérée par la mise en place du National Economic and Social Council qui n’a jamais eu et ne pourra jamais avoir l’autorité et le poids nécessaire auprès des gouvernants et de l’opinion publique.

Ce Sénat de 40 sénateurs serait constitué de 40 % d’anciens élus. Ces derniers, s’ils acceptent d’être sénateurs, ne pourront plus briguer un suffrage parlementaire de 15 % de représentants du secteur privé, de 15 % de représentants du monde syndical, de 15 % de représentants de corps de métier professionnels libéraux (avocats, médecins, ingénieurs, etc.) et de 15 % de représentants divers de la société civile. Le Sénat serait élu non par catégorie, et ce pour éviter des représentations corporatistes, mais directement par un collège électoral qui pourrait être constitué à partir des représentants de quelque 11 000 associations de société civile dûment enregistrés et autres associations professionnelles. Aucun sénateur ne devrait obtenir plus de deux mandats.

Ce Sénat ne doit pas avoir le pouvoir de rejeter des lois votées par le Parlement. Il aurait plutôt un rôleconsultatif à propos des propositions de loi que le gouvernement pourrait lui soumettre, des «white» ou «green papers», il pourrait débattre de grandes questions de société afin d’apporter un éclairage avisé et non partisan et enfin agir comme chien de garde pour veiller au bon fonctionnement des institutions.

Les pouvoirs de la Commission électorale doivent être renforcés sur la base du modèle de la Commission électorale de la République indienne.

Le Freedom of Information Act doit devenir une réalité le plus tôt possible.

Une Press Standards Commission doit être mise en place pour donner aux citoyens un recours à tout manquement journalistique à l’éthique. Cette commission serait composée de cinq commissaires choisis par vote des journalistes après appel à candidatures.

La Constitution doit être amendée pour permettre que soit soumise au référendum toute question qui serait d’intérêt national et votée par les trois quarts de l’Assemblée nationale.

3. Pour une économie plus performante et plus inclusive

L’économie du futur, celle des jeunes d’aujourd’hui, ne peut se construire
avec les outils d’hier, selon l’auteur.

Durant les quatre dernières décennies, l’économie du pays a progressé tant bien que mal et nous sommes aujourd’hui un pays à revenus moyens. En dépit souvent des hésitations, des dysfonctionnements institutionnels, des blocages corporatistes et d’intérêts très étroits, la richesse a été créée dans le pays. Et les Mauriciens ont bénéficié d’un enrichissement croissant. Le grand secteur privé, les petites et moyennes entreprises, les micros entrepreneurs, les indépendants et même les informels ont contribué à la création de cette richesse et à faire tourner la machine économique.

Cependant, des citoyens, notamment ceux de la génération post 76, éprouvent de la frustration car ils savent que le pays aurait pu et peut faire mieux, que la nation mauricienne devrait être plus riche et que les Mauriciens peuvent vivre mieux encore. La classe moyenne sent qu’en termes relatifs, elle s’appauvrit. L’écart entre les riches et les pauvres se creuse. Les épargnants traditionnels se désespèrent du faible taux de rémunération de leurs épargnes et ne se retrouvent pas dans les instruments sophistiqués que leur offre le marché. Et les plans Marshall successifs où des milliards de roupies ont été dépensées ne sont pas arrivés à assurer l’inclusion des plus vulnérables et des plus pauvres.

Le pays a aujourd’hui besoin de politiques et de stratégies économiques innovantes, téméraires, prenant des risques certes calculés et acceptant que l’économie du futur mauricien ne puisse se construire avec les outils d’hier. Une politique économique avant-gardiste doit être moins une affaire de macro-économie mais davantage une démarche catalyseur de création de richesse et de création d’emploi par des piliers forts et compétitifs tout en maintenant les secteurs existants.

La croissance ne peut plus venir du modèle des années 80 et 90 où le capital contribuait à 34 % de la croissance, 32 % par la productivité et 52 % par la main-d’oeuvre. Les facteurs de création de la richesse qui ont produit une croissance moyenne de 5 % et apporté plus de bien-être aux Mauriciens s’épuisent.

La démographie mauricienne avec un taux de fertilité en fort déclin, une population vieillissante, qui sera de 20 % dans quelques années, nous imposera d’une part d’avoir recours à la main-d’oeuvre importée et d’autre part à pousser à la création d’activités économiques à forte intensité de savoir et de technologie pour nos jeunes aujourd’hui plus éduqués.

Beaucoup de ces secteurs et créneaux de développement économique qui amèneraient Maurice à être un pays à hauts revenus ont déjà été énoncés et adoptés dans le programme de divers gouvernements mais n’ont soit pas été mis en chantier soit ont été si mal engagés que le plein potentiel n’a pas été réalisé. Ce n’est ici donc qu’une réaffirmation de leur importance.

Le développement de la filière agroalimentaire, fortement rémunératrice, se fait par les high value cash crops, les produits niches. Plus de 5 000 ardents de terres agricoles ont été abandonnés durant les dix dernières années par les petits planteurs de cannes. Population vieillissante, faisant face aux contraintes d’une main-d’oeuvre elle-même vieillissante et une production agricole peu rémunératrice, ces petits planteurs ont apporté leur contribution au pays mais leurs pratiques ont fait leurs temps. La promesse de la valorisation des terres par le biais des RES n’a été qu’un miroir aux alouettes.

Pourtant, certains des jeunes issus de cette communauté de planteurs pourraient trouver de l’emploi et une source de richesse du capital foncier agricole que leur ont légué leurs parents s’ils étaient aidés à développer de nouvelles filières agricoles et agro-alimentaires plus rémunératrices. Il faudrait pour cela démontrer la voie aux potentiels et catalyser l’émergence de nouveaux entrepreneurs agricoles, reformer et moderniser les institutions de soutien technique, mettre en place les instruments de soutien financiers et investir dans l’accompagnement de prospection des marchés.

Il faudrait concrétiser la stratégie qui n’a jamais réellement été traduite sérieusement dans la réalité de faire de Maurice un hub de la formation tertiaire. Avoir rien que les 5 000 étudiants étrangers qu’on s’était fixé comme objectif pour 2015 (!) mettrait Rs 2 milliards dans la consommation domestique par an, avec un effet multiplicateur de création d’emplois, de dynamique commerciale, de location résidentielle sans compter l’impact de l’émulation auprès des jeunes Mauriciens.

Développer un secteur du digital et du créatif comme un nouveau pilier économique, c’est ouvrir de vastes perspectives à une nouvelle génération d’entrepreneurs, des jeunes qui baignent dans le digital et la création. Il faut pouvoir créer les conditions qui soutiendraient l’émergence de ces entrepreneurs qui opèrent dans un modèle différent du modèle classique de la sous-traitance et du marché préférentiel que notre économie a connu jusqu’ici.

On pourrait énumérer ainsi d’autres créneaux pour l’investissement local et étranger comme l’économie bleue, mais tout cela a déjà été dit et décidé. Toutefois, il faut un changement de paradigmes pour en faire des réalités, des moteurs qui tournent à fond. D’abord, comprendre qu’il faut faire de la création de la richesse nationale la priorité et le focus de toute stratégie économique, plutôt que de la création d’emplois. Créer les conditions pour la création de la richesse et en conséquence créer de l’emploi, plutôt que créer de l’emploi pour créer de la richesse.

Ensuite, comprendre qu’un gouvernement doit prendre des risques, certes calculés, pour des résultats à moyen terme. Créer Ébène d’un vaste champ de canne fut une prise de risque qui aujourd’hui donne des résultats incontestables. Jin Fei fut une décision à risque qui a été un échec lamentable parce que des incompétents ont mal négocié un contrat de bail, pas parce que le concept était mauvais. Quelques dizaines de propositions d’investissements étrangers et locaux pour des entreprises de production, de services et de logistique dorment depuis quelques années dans les tiroirs du Board of Investment.

Si nous voulons catalyser l’émergence de nouveaux et jeunes entrepreneurs aujourd’hui, il faudra prendre le risque de mettre en place un vrai fonds de capital-risque pour soutenir les nouveaux entrepreneurs dans les nouveaux créneaux à forte valeur ajoutée. Mais tout cela demande que l’on dégage les bureaucrates pense-petit et plus enclin à gérer leurs fauteuils que le progrès. La croissance économique ne peut plus reposer sur la consommation domestique et le développement immobilier comme principaux moteurs. Il faut soutenir le développement des secteurs de biens et de services tournés vers l’exportation.

4. Pour une société où les citoyens se sentent en sécurité

Une «passing out» parade. La population compte sur une police fiable et intègre.

Il est impératif d’assurer, voire de renforcer, l’ordre et la discipline dans le pays. Mais en assurant à tout instant la primauté de l’État de droit, non seulement dans l’esprit et la lettre, mais surtout dans la pratique de chaque instant et de sauvegarder chaque citoyen contre tout pouvoir arbitraire et abusif de la police et des hommes politiques. Il faut que la peur soit du côté des méchants et des bandits, non chez le citoyen respectueux de la loi et qui vit tranquillement sa vie.

Pour cela, il est indispensable que l’intégrité et le respect des forces de maintien de l’ordre et de la protection des citoyens soient rétablis. Tout manquement aux règles de bonne conduite des membres de la force policière doit être sévèrement sanctionné et tout acte criminel de leur part doit être considéré comme une offense aggravée et devra être plus sévèrement puni que pour un civil. Le recrutement et les promotions au sein de la police devront être totalement hors de toute sanction formelle ou informelle du Premier ministre.

La lutte contre le trafic de drogue doit être renforcée. De véritables moyens doivent être mis en place pour assurer la réhabilitation des drogués dans le partenariat avec des organisations non gouvernementales sous le contrôle des compétences professionnelles dans la réhabilitation des personnes victimes d’abus de substances. De même, il faudra mettre tous les moyens pour permettre la désintoxication, quitte à ce que ce soit une contrainte quand ces personnes arrivent en prison pour d’autres offenses.

Il faut renforcer les capacités, les compétences et rehausser le statut de la National Human Rights Commission afin qu’elle puisse agir aussi comme un Police Complaints Bureau et comme le chien de garde par rapport aux écarts de la police vis-à-vis des citoyens.

5. Assurer la primauté de la compétence au-delà de l’appartenance politique ou ethnique

Autant dans le secteur public que privé, il est impératif que le recrutement des ressources humaines du niveau le plus bas jusqu’au plus haut reflète la primauté de la compétence au-delà de l’appartenance politique ou ethnique. C’est à ce prix que nous développerons chez nos concitoyens la volonté de la performance, que nous rendrons nos jeunes la fierté d’être Mauricien et que nous donnerons aux jeunes qui sont partis l’envie de retourner servir leur pays.

Le secteur privé ne convainc plus de ne pas pouvoir recruter même dans la diaspora les compétences dont elle a besoin et le recrutement trop européocentriste met beaucoup mal à l’aise. Les compagnies listées en Bourse devront publier dans leur rapport annuel un indice de leur inclusivité en termes de pratique de recrutement.

L’Equal Opportunities Commission est une institution indispensable. Ici aussi comme pour d’autre, il faudra que la nomination et la fonction du président de la Commission soient libres d’influence politique. Il/Elle devrait être nommé(e) par le président de la République sur recommandation de la Judicial and Legal Service Commission.

(À suivre…)

Manifeste pour une île Maurice où il fait mieux vivre(Part III)

Pour l’auteur, l’école publique n’inculque pas les principes de la citoyenneté et du savoir-vivre citoyen aux enfants.

Dans ce troisième et dernier volet, l’auteur conclut sa réflexion sur les réformes à apporter pour une île Maurice meilleure. Il plaide notamment pour une éducation publique de meilleure qualité.

Assurer la production d’une ressource humaine de plus grande compétence et l’employabilité.

L’école publique, durant les récentes décennies, a échoué à donner aux enfants de ce pays une éducation qui inculque les principes de la citoyenneté et du savoir-vivre citoyen, la connaissance qui ouvre l’esprit à la capacité de réflexion autonome et aux compétences et outils nécessaires à l’employabilité.

La bourgeoisie et la classe moyenne supérieure se reproduisent aujourd’hui par le biais des écoles privées. Cela, parce que la qualité des écoles publiques a été en déclin constant. Ainsi est maintenue, même renforcée, une situation d’inégalité entre les classes sociales, même si quelques écoles publiques (star schools) produisent une petite élite. Là aussi, l’accès est biaisé par la triche au niveau des catchment areas pour le cycle primaire et le placement des enseignements faiseurs de top scorers.

La réhabilitation et le rehaussement du niveau des écoles publiques passent par l’instauration de la rigueur au niveau de l’administration des écoles, le renforcement de la qualité du corps enseignant, une meilleure reconnaissance des enseignants, le renforcement du contrôle de qualité du travail de ces enseignants et l’instauration d’une discipline rigoureuse au sein de l’école.

Ne nous leurrons pas, même si le pourcentage des enfants scolarisés est bien moins qu’à Maurice, les écoles des pays comme le Kenya, le Ghana, le Sénégal ou la Namibie produisent un niveau d’éducation bien supérieur. Pourquoi ne pas introduire le Programme for International Student Assessment, autant pour évaluer le niveau de performance des élèves à mi-parcours que pour être un catalyseur pour que ces derniers visent plus loin et plus haut ?

Afin d’assurer que l’éducation supérieure prodiguée à Maurice dispense une formation de plus haut niveau, il faut s’assurer que les meilleures institutions privées sont autorisées à dispenser la formation au niveau de l’enseignement supérieur et que les institutions médiocres sont éliminées. L’île Maurice doit favoriser un écosystème qui garantit le meilleur ni- veau de formation possible. Changer la politique de production de masse de diplômés pour une orientation de produire des diplômés de top niveau.

Cela impliquerait que l’université de Maurice mette plus d’accent et offre plus de places aux matières scientifiques et technologiques.

C’est dans l’enseignement supérieur que se joue pour une bonne part l’avenir de la société et de l’économie. L’université doit être toujours davantage une chance pour le développement des savoirs fondamentaux, pour la recherche et pour notre développement économique, tout en assurant l’employabilité de ceux qui en sortent avec succès. Afin d’assurer que les universités jouent pleinement ce rôle, de même qu’elles deviennent un pilier économique attirant de plus en plus d’étudiants étrangers, il est impératif que l’institution régulatrice et de supervision qu’est la Tertiary Education Commission soit des plus performantes, inspirant le respect par la qualité des hommes et des femmes qui y sont employés. Il est aussi nécessaire que soient éliminées les institutions privées de qualité médiocre et que soient attirées à Maurice les meilleures institutions d’enseignement supérieur de renom.

2. Positionnement sans ambiguïté mais réforme sur le concept de l’état providence

 L’île Maurice a été exemplaire dans le développement graduel mais soutenu de l’État providence. L’État providence doit être maintenu. Cependant, il est temps de déplacer l’accent sur les dotations universelles pour le recentrer sur les dotations ciblant les situations de vulnérabilités évidentes telles que les orphelins, les femmes seules chefs de famille, les handicapés et les personnes âgées, surtout celles ayant un besoin d’accompagnement. Des familles pauvres et de la classe moyenne inférieure ont aujourd’hui plus besoin d’une subvention pour payer un garde-malade pour un handicapé ou un vieux grabataire afin que le couple puisse lui-même aller travailler pour assurer les revenus de la famille. Par ailleurs, une modernisation par des moyens de crédits électroniques des instruments de dotations permettrait une meilleure gestion des budgets de ces dotations et une vraie responsabilisation des récipiendaires.

3. Une politique démographique pour la régénération de la nation

Notre pays est en train de vivre un très sérieux problème démographique qu’il refuse de voir en face à cause des tabous de la société, des positions rétrogrades de certains lobbies et du populisme des forces politiques dominantes.

Ce problème démographique se caractérise par un vieillissement de la population, une dénatalité avec un taux de croissance démographique de seulement 0,3 pour cent en moyenne sur les dix dernières années et une population anormale de handicapés se chiffrant à plus de 52 000. Ajoutons à cela une population de 12 000 à 20 000 personnes en situation de dépendance de la drogue.

Sur le plan économique, les progrès accomplis au niveau de l’accès à l’éducation, d’une part, et un niveau de confort qui a connu un bond important sur les 20 dernières années, d’autre part, ont eu pour conséquence normale une réduction de la disponibilité de la main-d’œuvre pour certains métiers manuels. Tous les petits planteurs vivent le problème du manque de travailleurs pour leurs plantations, de même que peu de boulangeries pourraient fonctionner si elles ne dépendaient que de la main-d’œuvre locale.

Deux politiques complémentaires sont aujourd’hui nécessaires pour assurer une démographie plus saine, une régénérescence de la qualité génétique de la population, la disponibilité des ressources humaines pour le moteur économique et une croissance du marché domestique. C’est, d’une part, une politique déterminée mais planifiée et contrôlée d’immigration et, d’autre part, une politique d’incitation à la natalité dans une période déterminée.

4. Renforcer l’esprit civique et d’unité nationale par le service national civique

 Le développement de la citoyenneté responsable passe par l’introduction d’un Service national civique (SNC) obligatoire pendant les vacances d’hiver pour tous les jeunes âgés de 14 à 16 ans. L’éducation civique à l’école ne suffit pas. Le SNC servirait non seulement à développer l’autonomisation des jeunes, leur résilience, le renforcement du sens de la discipline, de la gestion personnelle, de l’esprit civique, mais aussi à créer un espace de rencontre avec les autres, dans l’esprit d’unité nationale et au-delà des barrières de classes sociales.

5. Promouvoir l’explosion de l’expression culturelle, de la créativité et de l’innovation

Il est temps que les gouvernements cessent de considérer l’expression culturelle comme un à-côté et dans le cadre étroit des fêtes religieuses et autres manifestations socioculturelles.

Il faudrait un ministère de la Culture fort, doté de ressources conséquentes, avec un personnel compétent et ouvert à la création pour soutenir l’explosion de l’expression culturelle tous azimuts qui existe déjà chez les Mauriciens.

De même, il est important que les conditions et l’écosystème nécessaire soient créés pour rassembler l’existant et catalyser la créativité et l’innovation qui alimenteraient le développement d’une industrie de la création comme réel pilier économique.

Un programme de renaissance du patrimoine bâti de Maurice doit être mis en place. Trois actions pour un tel programme :

 

  • Faire un recensement de tous les bâtiments publics et privés, de valeur patrimoniale autant pour la qualité du pays que pour l’Internet touristique, y inclus des bâtiments en usage ou en décrépitude ;
  • Mettre certains de ces bâtiments (comme le théâtre de Port-Louis) à bail au secteur privé par le biais d’un appel à propositions pour le meilleur usage ;
  • Allouer des contrats de rénovation et de maintenance sur quatre ans à de petits entre- preneurs ou des équipes d’ouvriers pour les petits bâtiments tels que les anciennes gares ferroviaires. Ce programme aurait le bénéfice de créer quelques centaines d’emplois et de relancer certains corps de métiers dans le bois et la pierre.

Comme expliqué dans l’introduction, ce manifeste offre à tous ceux qui se sentent concernés et aux citoyens mauriciens une perspective impliquant souvent des changements de paradigmes radicaux et des ré- formes institutionnelles pour aboutir à une île Maurice avec une gouvernance plus rassurante, une croissance de la richesse à la mesure de nos aspirations. Bref, une île Maurice où il fera mieux vivre. À charge à chacun et à tous de le porter.

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